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Ambigüités de la transition démocratique dans les pays du printemps arabe

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Avant la vague de "démocratisation" qui a touché quelques pays de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, les partis uniques et leur règne avaient engendré un régime que la doctrine qualifia de présidentialiste. Dés lors, tout débat intellectuel était clos car la différence se jouait non pas sur la nature mais sur les degrés d'ouverture ou de verrouillage des systèmes politiques.

Néanmoins, l'instauration du pluralisme politique a permis, depuis un bon moment, la re-classification de quelques régimes politiques arabes dans les catégories classiques que sont le régime parlementaire et le régime présidentiel car les leviers du régime présidentiel tout comme ceux du régime parlementaire étaient inactifs durant l'ère des partis uniques.

Donc, le pluralisme politique et son corollaire immédiat qu'est le jeu politique concurrentiel, donnent un sens aux mécanismes prévus par les textes de lois en les réactivant. Ainsi, l'exécutif, selon les pays, est plus ou moins partagé entre le chef de l'État et le chef du gouvernement, surtout s'il est chef de la majorité parlementaire. De même la responsabilité du gouvernement devant le parlement et la possibilité de destitution du président de la République ne relèvent plus d'une fiction juridico-politique, puisqu'elles ont été mises en œuvre dans certains cas.

C'est vrai qu'il reste difficile de déterminer la nature de beaucoup des régimes politiques arabe issus de la vague de "démocratisation" mais depuis l'introduction, aussi minime soit-elle, de la dose démocratique, ces derniers affichent une tendance à la déprésidentialisation. Aujourd'hui, trois ans après le déclenchement de cette vague révolutionnaire dans un certains nombre de pays de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, il ressort de la pratique politique à la fois une volonté de démocratisation de l'ensemble de la société qui a entrainé de réelles avancées, mais également de nombreux freins à cette aspiration en raison de bavures, de blocages, de manœuvres, et même de tentatives de restauration.

En effet, la portée de telles avancées s'apprécie notamment par rapport à la situation qui prévalait dans le monde arabe avant le début des mouvements révolutionnaires. Ainsi en tenant compte de ce passé politique et si on se réfère aux aspects fondamentaux de la démocratie, le paysage politique et institutionnel arabe été fortement bouleversé. Des élections pluralistes ont été organisées en Tunisie et au Maroc. Des parlements où cohabitent majorité et opposition, des radios et des télévisions privées et une presse écrite dynamique, malgré un taux élevé d'illettrisme, font désormais partie du nouveau décor politique arabe. Mais à côté de ces avancées notables, le processus connait également de nombreux obstacles que les réussites citées plus haut ne doivent pas occulter. Au-delà de ces progrès indiscutables, bien des obstacles entravent le processus de transition démocratique.

Dans beaucoup de cas, des appareils d'État sont accaparés, directement ou indirectement, par le parti au pouvoir. Une telle situation hypothèque toute émergence d'une administration non partisane. La radio et les télévisions publiques sont contrôlées comme au temps du parti unique et la justice donne rarement des signes de réelle indépendance et d'anciens réflexes autoritaristes persistent ou ont tout simplement refait leur grand retour dans la vie publique.

Assurément, l'historicité de la consolidation du processus de démocratisation dans les pays du printemps arabe" apparaît à première vue comme un scénario dramatique avec une chute des maigres acquis politiques durant la période transitoire. Le résultat aujourd'hui fait apparaître un échec d'une réelle démocratisation des mentalités qui est symbolisé par ce retour "triomphant" des dirigeants des Anciens Régimes au centre de la politique arabe alors que toutes les contestations et toutes les revendications politiques se sont faites contre leurs pratiques.

Ce retour s'est fait en deux phases distinctes: l'une, d'initiative et de repositionnement, a permis à ces anciennes formations et à leurs leaders tant décriés de remonter la raide "pente politique" pour assurer les recompositions de leurs anciennes attributions contestées. L'autre plus offensive, dénote certainement de l'accommodement des anciens partis dictatoriaux au vent nouveau qui ne les pas finalement emportés, contrairement aux prévisions de nombreux observateurs de la vie et du climat politiques arabes.

Au-delà de la place et du statut des détenteurs du pouvoir dans la région, ce sont les moyens usuels qu'ils mettent en œuvre pour s'accrocher au pouvoir qui plombent tout le jeu politique arabe postrévolutionnaire. Ces moyens, fait nouveau, s'incarnent dans les ruses employées pour rester près pouvoir par un simulacre de démocratie donnant un vernis de légitimité. Or toute la stratégie que l'on retrouve dans la perversion du jeu démocratique par le recours systématique à la fraude est orientée vers un seul objectif souvent non avoué : donner à quelques partis et à leurs camps les moyens de concentration de tous les pouvoirs de l'État, sans partage.

C'est pourquoi, la restauration des autoritarismes est d'abord passée par la perversion du circuit électoral et par le repositionnement de quelques leaders dans leur environnement politique exclusif et dominateur. C'est donc principalement à partir de la mise en échec des règles de dévolution du pouvoir que, dans plusieurs pays arabe, la tendance à la démocratisation s'est essoufflée.

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