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L'enseignement au Maroc, la réforme de façade

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ÉDUCATION - Le problème de l'enseignement au Maroc ne réside pas seulement dans l'inadaptation des curricula à l'environnement socioculturel des apprenants, encore moins dans l'infrastructure (délabrée) des établissements scolaires où l'intégration des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) reste souvent une chimère, mais aussi et surtout dans la gestion des ressources humaines, les hommes de terrain (enseignants, directeurs d'écoles, encadrants, etc.) qui sont, cela va de soi, les piliers de tout système éducatif.

Prenons l'exemple de la direction provinciale de l'éducation d'Assa-Zag (relevant d'une province du Sud du Maroc), où j'exerce en tant que professeur de français (primaire) depuis une vingtaine d'années déjà, et parlons de prime abord des moyens dont dispose cette province, qui reste l'une des plus pauvres en ressources naturelles et économiques du royaume, et dont l’évocation chez la plupart des enseignants est synonyme de punition.

Une seule librairie et des enseignants "épuisés"

La province d'Assa-Zag fut créée, en 1991, au lendemain de la visite de feu Hassan II dans la région. Une petite bourgade planquée au fin fond du Sahara, au climat sec et qui s'étend sur une superficie de 27.000 km2, abritant un peu plus de 30.000 habitants. On y trouve une dizaine de cafés relativement bien entretenus, mais aucun espace vert digne de ce nom, aucun cinéma, l’ombre d’une librairie…

Pour ne pas faire dans le nihilisme, disons qu’il s’y trouve une papeterie qui s’occupe des manuels d'élèves et autres fournitures. Les titres de la presse francophone ont, quant à eux, déserté ses rayons depuis des lustres. Le temps est révolu où l'on pouvait y acheter des titres phares de la presse marocaine (hexagonale aussi), comme le Journal Hebdo, Tel Quel, Paris Match, Le Point, etc. Pire encore, pour se procurer des livres, il faut faire au moins 200 km, la plus proche librairie (pour de bon) se situant à Tiznit…

Si vous assistez, à Assa-Zag, à une formation, une manifestation culturelle, un séminaire (ces types d'activités ne sont d'ailleurs qu'occasionnels) et si (quelle chance!) l'occasion d'écouter s’exprimer le corps enseignant se présente à vous, vous vous rendrez compte qu’on est loin, très loin du personnel d’antan qui maîtrisait (chose normale) la matière qu’il enseignait.

Un tas de circonstances derrière cet état de fait

Toutefois, ce problème épineux est loin d'être local ou régional, c'est plutôt un phénomène qui touche le pays dans son ensemble. Il faut dire qu'un tas de circonstances se sont conjuguées, tout au long des années, pour nous donner un corps de cette eau-là.

D'abord, le système éducatif marocain, basé essentiellement sur la transmission du savoir, ne produit que des citoyens très peu enclins à la chose culturelle. Ensuite, les critères de présélection des enseignants sont à revoir. Il y a une sorte de laxisme qui a entouré (et entoure) le choix d'un grand nombre de professeurs qui ont été recrutés au cours de la dernière décennie, pour combler le vide laissé par leurs prédécesseurs, chevronnés (eh oui!), qui ont largué les amarres (si je puis dire) en bénéficiant de l'opération Intilaqa (départ volontaire, initié au début des années 2000).

Enfin, les conditions de formation des futurs profs et instits au Maroc sont des plus déplorables, on se contente même dans bien des cas de deux ou trois jours, un record qui n'a été enregistré jusqu'ici qu'au Maroc et nulle part ailleurs! En témoigne le triste cas des récents contractuels.

Jusqu'aujourd'hui, les responsables du secteur de l'enseignement n'ont entrepris que des réformes de façade (au sens propre et figuré!). La vraie réforme du système éducatif doit (forcément au prix de commettre un pléonasme) commencer par la réhabilitation de l'image de l'enseignant. C'est là une priorité, une urgence pour parler le langage des chirurgiens!

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