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Les oublis de Hamid Grine: des sites des médias publics si "parfaits" sont hébergés à l'étranger

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HAMID GRINE
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Hamid Grine exige l'hébergement en Algérie des sites internet de la presse électronique. Outre l'aspect archaïque et autoritaire de cette mesure qu'il veut imposer, le ministre de la Communication semble ne pas bien maîtriser son sujet : les médias publics, qu'il a déjà qualifiés de "parfaits", possèdent des sites web hébergés à l'étranger.

La domiciliation et l'hébergement en Algérie font partie des exigences à venir de la loi devant "régir" la presse en ligne, selon Hamid Grine. Le ministre a tendance souvent à mettre en exergue "l'exemplarité" des médias publics qui seraient plus responsables que ceux du secteur privé.

Soit. Que nous dit cet exemple, même si aucun média public n'est exclusivement électronique, en faisant un petit tour en ce lundi 28 novembre des outils disponibles sur le net ?

Que les sites web de la radio et la télévision algérienne, de l'agence de presse officielle et même du vénérable El Moudjahid sont tous hébergés à l'étranger. Bien sûr, cela est tout à fait banal, c'est juste monsieur le ministre qui a tendance à croire le contraire ou à le faire croire.

Etre hébergé à l'étranger - où c'est plus simple, moins bureaucratique - ne fait pas des sites des agents de l'étranger. Cela vaut aussi pour les médias publics qu'il ne nous vient pas à l'idée de leur reprocher. Et si on en parle, c'est juste parce que le ministre semble suggérer qu'un hébergement à l'étranger est quelque chose de coupable ou de menaçant.

Donc revenons à l'exemplarité du secteur public. Entv.dz, le site de la télévision algérienne, est hébergé à Paris, en France, par le webhost français OVH. De même pour la radio algérienne dont le site se trouve chez le même hébergeur (radioalgerie.net) et qui est miroité en Algérie via l'adresse radioalgerie.dz.

Le site de l'agence Algérie Presse Service (aps.dz) est lui localisé à Kansas City aux Etats Unis chez l'hébergeur Codero. Elmoudjahid.dz, le site du quotidien public, anti-impérialiste et très patriotique est lui aussi situé dans un data center à Chicago.

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Sites des médias publics algériens
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Une loi à contre-sens de la réalité

C'est banal. En réalité, presque tous les sites internet des médias algériens, publics ou indépendants, sont hébergés à l'étranger. A l'image de la quasi-totalité du contenu numérique algérien, les journaux, les chaînes de télé et les web-radios tentent d'exister en ligne en faisant face à ces problèmes : la pauvreté de l'infrastructure locale et la bureaucratie paralysante.

Cette situation est le résultat, au mieux, de l'absence d'une politique de promotion du secteur et au pire, d'une méfiance frôlant la paranoïa découlant souvent d'une ignorance de la part des autorités publiques.

Pour ne pas changer et en mettant en place cette loi, le ministre de la Communication semble beaucoup plus soucieux de savoir contre qui porter plainte en cas de "diffamation", réelle ou supposée, que de l'avenir de la presse en ligne. Ses récentes déclarations sur le sujet donnent écho à la charge du président Abdelaziz Bouteflika contre la "menace" des journaux électroniques.

Il reste à connaître le contenu intégral de cette loi, mais il faut dire que la presse électronique pouvait parfaitement être régie par un code de l'information mis à jour, comme cela se fait ailleurs. Dans la logique de M. Grine, le site d'un journal papier dépendra-t-il du code de l'information ou de la loi de la presse en ligne ?

Si comme l'a déclaré Hamid Grine, le pouvoir algérien se sent parfois "attaqué sans savoir par qui ni d'où" sur internet, ce n'est pas la faute de la presse en ligne. Des blogs, des pages Facebook ou des comptes twitter qui ne caressent pas les officiels algériens dans le sens du poil continueront d'exister avec ou sans cette loi.

Les journaux électroniques sérieux, adossés à des entreprises domiciliées en Algérie et payant leurs impôts, ont d'autres soucis. Les droits d'auteur sur le net, l'accès à l'information, l'open data, l'évolution rapide et constante des modèles de diffusion et de rentabilisation, etc. Des points jamais évoqués par le ministre.

L'hébergement en Algérie est un détail répondant à une logique économique qui échappe au contrôle des éditeurs en ligne. Mais quand on est déconnecté ou qu'on ne veut pas voir, cela semble être une question "centrale".

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