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Exclusion, mépris et accusations: Comment ne pas réagir à la vidéo de DZjoker (et aux "jeunes" qui s'y identifient)

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DZJOKER
Youtube/Chemsou DZjoker
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Les réactions des politiques à la vidéo à grand succès "mansotich" de DZjoker se suivent et se ressemblent, passant à côté d'une opportunité de comprendre, de se remettre en question.

Des candidats et des ministres ont renforcé par leurs accusations, leur mépris le message du comédien. Ils ont réconforté la position d'abstention de ceux qu'ils appellent avec une certaine condescendance "les jeunes" qui se sont identifiés au message "mansotich".

Lors d'une conférence de presse samedi 30 avril, le ministre des Affaires religieuses et des wakfs, Mohamed Aissa, a qualifié la vidéo de "campagne violente", ajoutant sur un ton moqueur : « wallah la sota !» (qu'il ne saute donc jamais !).

De son côté le porte-parole du RND et tête de liste à Alger de ce parti, Seddik Chihab, a estimé que Chemseddine Lamrani, le comédien derrière le surnom DZjoker, est "manipulé" vu la bonne qualité de sa vidéo, sous-entendant qu'il a probablement été financé ou aidé par on ne sait qui.

Même Salima Ghezali, la candidate la plus respectable de ces législatives aux yeux de l'auteur de ces lignes, a eu une réaction regrettable. Tout en faisant la distinction entre les différents "jeunes", militants et conscients d'une part et autres "inconscients", selon elle, d'une autre part, la militante du FFS a qualifié le message de DZjoker de "beni non-non", un clin d'œil aux partisans zélés du pouvoir en place, les "beni oui-oui".

Est-ce si compliqué de dire à DZjoker, et à travers lui, aux millions d'Algériens qui s'identifient à son message, que leurs préoccupations sont légitimes, et que leur décision de ne pas voter reste compréhensible compte tenu de la donne politique du pays ? Est-ce si difficile de leur suggérer une autre voie sans les exclure, de leur proposer de faire de la politique ensemble sans les mépriser ?

DZjoker ou les autres youtubeurs qui se sont moqués des élections ou qui ont appelé au boycott ne sont pas seuls. Ils sont le porte-voix d'une majorité des Algériens en âge de voter. En témoignent le nombre de vues que leurs vidéos ont réalisé, les hashtags et les commentaires qu'ils ont inspiré. En témoignent aussi les taux de participation des récents scrutins où l'abstention a été majoritaire. Le bon sens politique voudrait qu'on aille vers ces électeurs au lieu de se les aliéner.

Cette majorité apolitisée ou politisée à sa manière boycotte les scrutins pour sanctionner des politiques qui ne s'intéressent à elle qu'en période électorale. Car elle considère, à juste titre, que son choix des représentants lors des législatives du 4 mai importe peu, que le seul enjeu reste le taux de participation avec à la clé la pérennisation de la même classe politique qui la méprise.

Mais cette majorité finira par se donner un autre choix que l'abstention. Elle s'organisera un jour ou l'autre autour de "son" projet politique pour prendre les commandes de l'Etat. Son mouvement commencera probablement par ne pas les appeler "les jeunes", un terme infantilisant qui sonne comme une insulte dans les bouches de ceux qui veulent les exclure.

Son approche aura pris en compte l'évidence que le vote d'un Algérien de 18 ans compte exactement autant que celui d'un quinquagénaire. Elle aura assimilé l'idée que l'opinion d'un "jeune" n'est pas à prendre de haut, qu'il est aussi informé, aussi responsable et aussi citoyen qu'un "ancien". Ses candidats ressembleront à son électorat, pas nécessairement par leur âge mais par leur message. Elle aura compris qu'une alternative politique se construit par et avec ces "jeunes", non pas contre eux.

Quand ce moment sera venu, la majorité placera effectivement au musée les politiques actuels et leur paternalisme. En attendant, les abstentionnistes continueront à s'intéresser à l'offre politique qui leur parle le plus et de prendre à leur compte des messages comme "mansotich".

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