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Libye: chaos ou renaissance?

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Nous étions, en 2011, pendant l'intervention de l'Otan en Libye, quelques-uns, trop rares, parmi lesquels notamment, Michel Onfray, Claude Lanzmann, Rony Brauman, à regretter que le "militarisme humanitaire" se soit substitué au "pacifisme diplomatique" et à prédire la destruction du pays si, rapidement, n'était pas mis autour de la table des négociations et sur la base du plan de paix du Club des 5 de l'Union Africaine, les différentes parties libyennes au conflit.

A contre-courant des "biens pensants" et des sachants médiatiques conduits par l'éphémère "ministre des Affaires libyennes" de Nicolas Sarkozy, Bernard-Henry Lévy, ceux qui, comme nous, dénonçaient "juste une guerre" et non pas une "guerre juste", furent inaudibles.

Or que disions-nous?

D'abord que l'élimination des partisans de Kadhafi et la victoire des islamistes allaient conduire à la guerre civile une société libyenne marquée par l'absence d'un Etat et la prééminence d'une fédération de tribus dont Kadhafi n'était que le point d'équilibre.

Ensuite, que l'effondrement des kadhafistes et l'émergence des katibas islamistes allaient provoquer une déflagration au Sahel dont la première conséquence serait la déstabilisation de l'Afrique de l'Ouest et de l'Afrique Centrale.

Il est pathétique de constater que "la politique de la canonnière" d'un président français -Nicolas Sarkozy- a eu pour résultat deux guerres dans la zone d'influence française : le Mali et la Centrafrique. Incohérence de notre politique extérieure qui voit le Président François Hollande, depuis 2012, réparer les erreurs de son prédécesseur.

Ce conflit libyen restera dans l'histoire comme un formidable accélérateur de croissance de l'islam radical en terre d'Afrique. L'argent et les armes -en quantité massive- récupérés par les djihadistes leur ont données une puissance de frappe militaire remarquable ainsi qu'une influence financière certaine dans une zone sahélienne ou tout s'achète.

Les milices de Misrata dont BHL fut le propagandiste ainsi qu'Ansar al Charia sont au cœur de cette guerre civile, soutenus par les Turcs et les Qataris, principaux pourvoyeurs de fonds et armuriers de cette ancienne enclave ottomane en Libye.

Aujourd'hui, si le constat est amer, que faire pour que cesse cet embrasement général qui détruit chaque jour d'avantage le pays ? Soit, continuer à être spectateur d'un incendie dont nous avons été les pyromanes ; soit être acteur du futur libyen. Comment? En ayant le courage de prendre parti!

Malgré les positions parfois "déroutantes" de notre diplomatie depuis 7 ans, il parait improbable que nous apportions notre soutien aux groupes islamistes que par ailleurs nous combattons frontalement au Sahel et dans d'autres pays africains.

La seule espérance -fragile- d'un rétablissement de la paix et de la construction d'un éventuel Etat démocratique, repose sur le Général Khalifa Haftar. Cet ancien officier de Kadhafi qui a rejoint les rebelles, en 2011, a osé dire non à la chienlit et a lancée l'opération "Dignité" en créant l'Armée Nationale Libyenne (ANL) pour éliminer les différents mouvements islamistes.

Depuis 3 mois, il a su fédérer autour de sa personne les forces spéciales, l'Armée de l'Air, la police, les milices du Djebel Nefousa et de Zintane et une majorité de tribus mais sa reconquête du territoire national s'oppose, actuellement, durement aux brigades de Misrata et aux milices islamistes appuyés par la Turquie et le Qatar.

S'il peut compter, à terme, sur une aide de l'Egypte et de l'Algérie, rien de décisif ne se fera sans une intervention de l'Otan. La même aviation qui a protégé les populations civiles de Benghazi, en 2011, suffirait pour neutraliser les forces islamistes dont un très fort contingent est composé de combattants non libyens et qui veulent instaurer un califat en Libye.

En échange de ce soutien aérien, l'Otan pourrait obtenir de ce qui reste des autorités libyennes, l'autorisation d'intervenir au Fezzan, devenue depuis la chute de Kadhafi, une immense base de repli pour les groupes djihadistes qui combattent dans l'ensemble de la région.

Sécuriser le Fezzan, c'est sécuriser le Sahel ! Nous serions alors dans un accord gagnant-gagnant avec le Général Haftar: le rétablissement de l'ordre en Libye contre la sécurisation du Sahel.
A Malabo, lors du 23e sommet de l'Union Africaine, les pays frontaliers de la Libye ont engagé une médiation. La France et l'Union européenne pourraient proposer l'organisation d'un sommet de la paix et de la réconciliation réunissant les actuels belligérants mais aussi des personnalités de l'ancien régime.

Dans ce cadre, pourquoi notre pays ne demanderait-il pas à la personnalité libyenne la plus influente dans le Fezzan, Béchir Saleh, aujourd'hui en exil, de revenir en France contre garanties. Ce francophone reconnu pourrait demain faciliter la "pacification" du Fezzan et participer aux négociations de paix et à l'indispensable réconciliation nationale sans laquelle, la LIBYE, n'a aucun avenir.

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