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Le dialogue des cultures et des civilisations est un fait

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Le dialogue des cultures et des civilisations est un fait bien connu.

Il fut pratiqué entre l'Orient et l'Occident dès la très haute Antiquité: l'Egypte, la Mésopotamie et l'univers mycénien. L'histoire a bien enregistré un dialogue riche et fécond entre la Phénicie et la Grèce. La romanité réussit à ménager un très vaste champ pour la connaissance et la reconnaissance de l'autre et pour l'osmose ethno-culturelle. Au temps des Abbassides, il y eut également un véritable dialogue entre l'Orient arabo-musulman et l'Occident chrétien. A ce propos, deux figures emblématiques: Haroun Al-Rachid et Charlemagne. Pour le Moyen-âge, il faut évoquer l'Andalousie arabo-islamo-judéo-chrétienne qui a généré des merveilles dignes de se joindre aux sept merveilles du monde.

Le dialogue interrompu

Malheureusement, ce dialogue entre les cultures et les civilisations fut, sinon interrompu, du moins fort perturbé par les guerres de religions, notamment par les Croisades, bien qu'il faille cependant reconnaitre que la circulation ethno-culturelle put se faire à travers l'épaisseur des murailles et les embûches de l'anthropologie.

Le dialogue interculturel fut également gêné par la récession du savoir dans le monde arabo-islamique et surtout par l'expansion violente des impérialismes, notamment en Afrique et en Asie.

Aujourd'hui, les carences dont souffre le dialogue des cultures et des civilisations se trouvent fâcheusement renforcées et, pour ainsi dire, enrichies jusqu'à la provocation et l'explosion. Au crédit de ce constat on peut rappeler:

  • Depuis leur indépendance, les Etats d'Afrique, du monde arabe, d'Asie et même d'Amérique latine, nourrissent un regard de méfiance et de suspicion envers l'Occident.
  • Par l'exaspération et la perversion de la conscience identitaire, les ethnies, prisonnières de leurs cultures respectives, se transforment en foyers de tensions et de jalousies, voire d'antagonismes violents.

Peut-être faut-il s'interroger sur les agents qui favoriseraient cette exaspération et ces antagonismes ethnoculturels. La conscience identitaire constitue certes un facteur positif, puisqu'elle peut conduire à une prise en charge de soi et qu'elle permet de se situer, de se connaître et de se reconnaître. Mais cette conscience identitaire, exaspérée, peut, hélas, receler de l'indifférence, de la méfiance, de l'incompréhension, voire du mépris et du rejet. Il y a donc des démons à conjurer. Le dérapage ou la déviation ou encore les effets pervers de cette conscience identitaire exaspérée sont parfois, pour ne pas dire le plus souvent, d'origine exogène.

A tout cela s'ajoutent d'autres faits à résonance universelle.

Géopolitique et ignorance

Une croissance financière due au pétrole notamment dans les pays du Golfe et en Iran, une croissance démographique dans les pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, l'invasion du désert, la réduction des potentialités hydrique, la pollution physique et morale, la chute du mur de Berlin, l'écroulement du bolchevisme: avec l'éclatement de l'empire soviétique, c'est la fin de la guerre froide, certes, mais aussi la chute de l'équilibre mondial. Aux deux puissances relativement égales pour garantir le maintien d'un équilibre précaire et permettre aux autres Etats de se situer et de trouver un refuge ou un allié circonstanciel, se substitue un monde bancal, unilatéral, asymétrique.

Les deux principaux antagonistes étaient longtemps capables de se faire dissuasifs et de se neutraliser. Mais le siècle dernier s'achève sur une très nette tendance au monocratisme et à l'unilatéralité. Dès lors les peuples dits non alignés se trouvent dans le désarroi, sans point d'appui.

Or, ces peuples ont peur de disparaître dans le moule proposé, voire imposé au nom d'une certaine démocratie fallacieuse ou de certaines valeurs humaines qui paraissent comme des boutures qu'on cherche à planter dans une terre stérile. En essayant de juguler les différences au profit d'un modèle séduisant mais trompeur, on crée des foyers de turbulences.

Il y a d'autres facteurs d'instabilité: l'ignorance, la pauvreté, l'exclusion, l'analphabétisme, le fanatisme, l'absence de valeurs, la désertification de l'imaginaire, l'absence de projet pour l'éducation et la culture qui se trouvent sur le banc des laissée pour compte, l'absence des compétences et le chômage des universitaires, etc..

Ceux, qui se sentent menacés par l'émondage ou le laminage, se protègent derrière leur vérité. Pour la sauver et au besoin l'imposer, ils peuvent recourir à la violence jusqu'au suicide. Exaspérée par le déséquilibre socio-économique et par la fracture technologique et numérique, par les injustices et des humiliations, cette conscience identitaire se trouve conduite à vouloir se poser en s'opposant dans le souci et l'espoir de s'en sortir et de se faire justice.

Le Sud n'a pas confiance, il y a danger pour tous

Voilà, à notre humble avis, comment naissent et se développent les terreaux de la violence, du fanatisme, du fondamentalisme et du terrorisme. Le monde occidental, longtemps indifférent à tous ces phénomènes, semble avoir pris conscience de la gravité de la situation après le 11 septembre 2001. On suspecte la mondialisation. Plus mystérieuse et bien plus insidieuse, la globalisation est perçue comme un phénomène dangereux; tout cela suscite la méfiance et la peur; on s'enferme; on se barricade, on se voile, parce qu'il y a risque d'atteinte à soi.

Le Sud n'a pas confiance parce que le Nord tord le cou à la justice et ne se gêne pas d'employer les deux poids et deux mesures. Le Sud dénonce la duplicité. Il se sent agressé par le regard de l'autre, méprisant parce que plus riche et plus fort. La situation se fait d'autant grave que la tendance est de valoriser le vénal et le matériel aux dépens des valeurs et de l'éthique.

Il faut, certes, regretter la réduction des espaces reconnus aux sciences humaines dans l'enseignement, notamment l'histoire, la philosophie, l'histoire des religions, l'anthropologie, la linguistique, la géographie et bien d'autres sciences humaines, sans lesquelles, on reste dans l'ignorance totale de soi et de l'autre. La méconnaissance de l'autre invite à le mépriser, à le dénoncer et peut-être même à essayer de le réduire et de le maîtriser. A l'arrogance s'opposent la suspicion et le refus.

Voilà donc un paysage plutôt sombre et peu séduisant. Il y a danger pour tous. Si la barque chavire, le sinistre est total et pour les riches et les pauvres.

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