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"The Night Of", il faut sauver l'avocat Stone

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john turturro the night of

"The Night of", diffusée cet été sur HBO, est une mini-série de 10 épisodes d'une heure chacun qui au premier abord n'offre rien d'original. Ce qui peut sembler surprenant pour la chaîne privée qui nous a habitués à des révolutions télévisuelles depuis The Wire en passant par The Jinx, True Detective jusqu'à l'incontournable Game of Thrones et j'en oublie certainement.

New York, extérieur nuit, mi-octobre, un jeune homme "emprunte" le taxi de son père pour se rendre à une fête à Manhattan. En chemin, une jeune fille monte par erreur dans son taxi et l'entraîne dans une nuit d'excès en toute sortes et de luxure. Au petit matin, notre protagoniste se réveille et trouve la jeune fille morte, sauvagement poignardée. Saisi par la panique, il prend la fuite et devient évidemment le principal suspect d'un crime que le téléspectateur ne l'a pas vu commettre.

En termes d'intrigue policière, on ne peut plus classique.

Le fait que le jeune homme s'appelle Nassir Khan et qu'il soit musulman d'origine pakistanaise complique bien évidemment les choses et les rend un tantinet plus intéressantes, il faut bien l'admettre. Le Podcast Serial, devenu culte aux Etats-Unis a certainement inspiré les auteurs de The Night Of. La journaliste Sarah Koening y retrace en effet l'histoire de Adnen Seyed, accusé il y a plus de vingt ans du meurtre de son ex-petite amie Hae Min Lee. Adnen est d'origine pakistanaise et la journaliste évoque avec subtilité la possibilité que l'enquête ait été bâclée en raison des origines et de la religion d'Adnen.

Mais l'Amérique nous ont habitués à regarder en face ses propres peurs et sait à travers ses séries brosser le portrait de criminels tout désignés. Point de surprise, ici non plus, le système juridique va d'autant plus broyer le pauvre Nassir, aka Naz qu'il appartient à la minorité la plus suspecte du moment. Celle qu'un certain candidat à une élection qui approche à grand pas rêve de bannir.

The Night Of peut donc se lire comme une énième série critiquant la machine judiciaire américaine. Elle rappelle en effet que le fait de bénéficier d'un procès juste et équitable reste impossible pour la grande majorité des citoyens et en particuliers pour les groupes défavorisés. La série documentaire "Making a murderer" diffusée sur Netflix s'est pour sa part chargée de montrer qu'être blanc, pauvre et ne pas avoir fait d'études, n'est pas non plus un atout face à la justice.

Certes, la photographie et la manière naturaliste de filmer New York, ses commissariats et les prisons de l'Etat ne sont pas pour déplaire au spectateur. La qualité du jeu des acteurs aussi n'enlève rien au plaisir. On retrouve avec délectation Michael K. Williams (Omar dans The Wire). On admire la justesse d'Helen Weiss en procureur lassée par le système, qu'elle ne trouve même plus la force de rechercher d'autres suspects. On songe avec un peu de tristesse à James Gandolfini qui aurait dû jouer le rôle de l'avocat Jack Stone et dont le nom apparaît néanmoins dans un le générique en tant que producteur.

Mais l'intérêt de la série réside ailleurs.

John Turturro au meilleur de sa forme (autant dire excellentissime) incarne Jack Stone. Ce personnage a tout du raté. Avocat médiocre, divorcé, il peine à garder l'affection de son fils et s'occupe exclusivement de défendre des petits voyous. Mais en croisant Nassir au commissariat la nuit du meurtre (The Night Of), il voit que ce tout le monde - y compris le spectateur - peine à discerner. Il est convaincu Naz est innocent. Il se laisse pas aveugler par des préjugés racistes et xénophobes.

Rien d'exceptionnel me direz-vous encore, si ce n'est cette trouvaille de génie: Jack Stone souffre d'eczéma et d'allergie en toute sortes qui le handicapent fortement et le relèguent encore plus clairement dans le rôle du paria et du raté. Mais ce que dit sa maladie qu'il essaye obsessionnellement de soigner, c'est à quel point ce monde qui l'entoure le dévore, combien il devient difficile de vivre simplement et honnêtement dans un monde où tous les individus ne sont plus obsédés que par eux-mêmes et par l'argent.

Métaphore d'une violence symbolique subie au quotidien, cette maladie de la peau qui est, faut-il le rappeler, aux antipodes de tous les diktats esthétiques imposés par nos sociétés contemporaines, signale ce que l'Amérique risque de perdre si elle ne se réveille pas bientôt. Non pas ses libéraux bien-pensants ou ses hipsters bon chic bon genre qui continueront de fournir à l'Amérique ses légions de bien pensants, si catastrophés par la montée de Trump et la multiplication de ses méchants supporters. Mais ses Jack Stone qui loin de toute posture ou de tout faux-semblant croient encore sincèrement à des valeurs simples comme l'égalité, la tolérance et la solidarité. L'Amérique ferait mieux de les sauver avant qu'ils ne se transforment en pierre.

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