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Le football de demain... aux States?

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au yankee stadium
Un samedi soir sur la terre. Je rentre du cinéma. Je me fais une petite tisane, rituel qui m'apaise avant de dormir. Distraitement, car je me détache de plus en plus de l'outil, je consulte Facebook. Un statut attire mon attention. Une présence à New York. L'ami d'enfance. L'ami de toujours. Le voisin, le confident. Celui qui s'inquiète. Celui avec qui on rit de tout. Celui qui se souvient de mille anecdotes. Celui dont on ne pouvait pour rien au monde rater le mariage. Il est avec son épouse et ses trois enfants à New York.

Cela me revient maintenant, il avait bien parlé de son jeune beau-frère installé en Amérique. Ce dernier se marie, toute la famille a fait le voyage. Un clic, un like. Je souris en pensant à la joie qu'ils doivent avoir de découvrir New York. Je compte ma première visite de cette ville comme l'un des moments les plus heureux de ma vie.

Quelques minutes plus tard mon téléphone sonne. C'est entendu, bien sûr que nous allons essayer de nous voir. Pourquoi pas à Boston ? C'est à mi-chemin. Et puis zut, je vais moi-même aller à New York pour le weekend. Une nouvelle ligne de bus relie directement Portland (Maine) à New York. Six heures de trajet. C'est l'occasion de l'étrenner. Et puis j'ai à New York des amis chers, des amis proches, une petite famille d'adoption et un week-end loin du campus me fera certainement le plus grand bien.

yankee stadium pirlo

Au Yankee Stadium, le 26 mars 2016, Andrea Pirlo(NYFC) à la bataille avec Teal Bunbury (New England Revolution)

Entre deux échanges sur mes dates et heures d'arrivée je demande à l'ami d'enfance, ce qu'il a envie de faire de particulier ? Voir une comédie musicale à Broadway ? Visiter Long Island ? Le Metropolitan museum ? Voir un match au Madison Square Garden ? Il a cette réponse qui me fait sourire car elle est bien de lui : "j'irais bien voir jouer Pirlo ". Je ne savais même pas qu'Andrea Pirlo jouait pour le Football Club de New York. Je ne prends plus le temps depuis que je vis en Amérique de suivre l'actualité du foot. Il faudrait que je le fasse, je suis certaine que cela adoucirait mon exil.

Après vérification, New York joue bien ce samedi 30 avril à 16h au Yankee stadium contre l'équipe de Vancouver. L'affiche me fait sourire, ce n'est pas exactement le classico du siècle, mais un journaliste et chroniqueur de mes connaissances, grand amateur de football à ses heures perdues me détrompe : c'est le football de demain, me dit-il. Je lui fais absolument confiance même s'il a le tort de supporter le FC Barcelone.

Après quelques péripéties dans le métro New Yorkais, qui me font penser qu'être les parents de trois enfants -certes adorables- est un véritable sport de combat et un exercice de zénitude de tous les instants- nous voilà arrivés dans le Bronx, au Yankee Stadium.

On nous signale à l'entrée que le selfie stick est interdit. Mais en Amérique, on le sait, à tout problème une solution. Payante, bien évidemment. On nous indique un bar, le Stan's, qui met à disposition des casiers pour la modique somme de 15 dollars. C'est sans compter sur la gentillesse du barman qui dans un grand sourire nous assure qu'il est inutile de payer et nous dit de revenir après le match. J'aime de plus en plus ce pays.

Nos places sont au soleil, et c'est bien agréable, mais on s'inquiète pour la petite dernière. A peine 17 mois, la peau bien blanche de sa maman, des yeux bleus à tomber, un sourire ravageur. Mais elle n'a que faire du soleil, elle sourit, elle applaudit. Elle reste sagement dans les bras de ses parents et parfois les miens. Ses frères et son père arborent fièrement leur maillot de la Juventus de Turin.

Je me surprends à penser pendant que retentissent les hymnes canadiens et américains, que je n'aurais jamais pensé voir un match de football à New York et je me mets à rêver que tous mes amis d'enfance, tous ceux qui me manquent puissent être là près de moi en Amérique. C'est certainement que je m'américanise un peu et me laisse porter par l'émotion, toujours la même, je dois bien l'admettre, cette ferveur communicative du public, ce frisson qui traverse les gradins lors des deux derniers vers « the land of the free and the home of the brave ». Ah ! l'Amérique! Game on.

L'ambiance est bonne enfant mais cela n'empêche pas New York de se prendre un but dès la première minute de jeu, sous les yeux consternés de l'entraîneur du club, Patrick Viera. Des supporters de Vancouver se mettent à chambrer. Rien de méchant mais ils se font entendre et cela dure une longue demi-heure, jusqu'à ce que Khiry Shelton dépossède élégamment Andrew Jackson de la balle, la passe à David Villa sur la droite qui marque le but d'égalisation.

Explosion de joie. On se tourne vers les supporters de Vancouver placés un peu plus haut. On chambre en retour et encore davantage lorsque Villa marque un deuxième but sur un corner de Pirlo. La reprise de volée de l'Espagnol est d'une grande pureté.

C'est la mi-temps et comme il nous faut vivre l'expérience américaine pleinement, on fait le plein de ravitaillements, grands verres de coca et de citronnade, une immense portion de pop-corn. On sourit des seaux - littéralement, oui, des seaux - de chicken wings que s'offrent certains spectateurs. Le pays de l'abondance. De l'excès. Force et faiblesse de l'Amérique.

Avec ma chance, j'ai bien évidemment hérité sur ma gauche du spectateur qui ne va pas cesser de parler de tout le match. Dès le premier but de Vancouver, il m'a fallu subir une longue tirade : et bien au moins on aura vu un but, parce que parfois - dit-il avec aplomb à ses amis, tu peux te payer un match de 90 minutes sans qu'aucun but ne soit marqué !

Ça aussi c'est l'Amérique, l'obsession de la gagne, le succès qui se mesure au nombre de points. Un sport dont les scores sont autours de deux buts en moyenne ne vaut pas le déplacement, ne vaut pas le spectacle. Comment lui expliquer la beauté du jeu, qu'un match nul peut-être passionnant ? Mais comme pour le contredire- lui qui a osé traiter Pirlo d'idiot après un corner raté - le match n'a pas fini de nous surprendre. New York mène mais Vancouver n'a pas dit son dernier mot et égalise à une heure de jeu sur un pénalty concédé bêtement par Ethan White.

Le gardien newyorkais a presque réalisé l'impossible mais n'a pas pu stopper le tir de Bolanos, ce qui a évidemment provoqué une nouvelle remarque désobligeante de mon voisin. Comme j'ai une affection toute particulière pour les gardiens de but, j'ai failli perdre patience. Mais je me suis retenue car c'est le score qui m'ennuie davantage que la présence du bavard.

On est un peu sonnés mais on y croit encore. On applaudit, on encourage, on galvanise l'équipe du mieux qu'on peut. Et quelques minutes après son entrée sur le stade Mendoza marque le but de la victoire. Trois à deux. On n'aurait pu rêver plus beau match.

yankee stadium

Dernier petit moment d'émotion : la sortie de terrain de Pirlo cinq minutes avant la fin de la partie. Beaucoup de spectateurs se lèvent, les newyorkais apprécient leur star, toute la troupe d'Algériens est elle aussi debout, on l'applaudit à tout rompre. Pirlo sort en saluant le public et je sourie parce que je sens bien que mon voisin s'en veut un peu de l'avoir traité d'idiot. Il ne dit plus un mot. Il se rend compte peut-être de lui-même qu'il a encore un peu à apprendre sur le football. Il n'ose pas demander qui est ce type qui force tant de respect.

Il me fait penser à Lance Armstrong qui au début de sa carrière, encore tout jeune et poupin avouait ne connaître aucun nom des légendes du cyclisme : ni Coppi, ni Merckx, ni Hinault. Il ne manquait pas de talent, le jeune Lance, mais il venait du pays de l'abondance. De l'excès. Si le football de demain est bel et bien nord-américain, il faut tout de même espérer qu'il ne prendra pas de raccourcis.

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