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Thérapie de groupe

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POLITIQUE - L'idée m'est venue comme un grand éclat de rire à la face de l'univers, comme un scintillement d'étoiles, pour effacer l'absurdité que traverse notre pays, avec les turpitudes de la misère politique. Je vais vous la conter simplement, mais auparavant je présenterais de quelle façon cette idée s'est tellement installée dans ma tête qu'elle est devenue virale. Elle est basique pourtant, et je m'étonne encore que personne ne l'ait suggérée avant.

Le salon de madame Tazi n'a rien de celui décrit par notre brillant artiste national Gad Elmaleh. Madame Saloua Tazi est une écrivaine, qui anime un salon littéraire sur son mur Facebook, et qui m'a fait l'amitié d'accepter ma demande. Sur la toile, pour le moment, mais j'espère pouvoir la rencontrer un jour pour lui dire mon admiration de vive voix.

Ils sont plusieurs à faire cela d'ailleurs. Un formidable foisonnement de sessions culturelles se déroule actuellement sur internet. Cela va de la musique, à la peinture, l'écriture, la poésie... Des univers que je n'aurais pas pu toucher de près, même si j'habitais à Casablanca, parce que les manifestations ne sont pas encore suffisamment mises en avant. Et à propos de cela, j'en profite pour lancer un vibrant appel aux médias, afin qu'ils fassent un effort dans ce sens-là. Et pourquoi pas ? De créer une vraie radio culturelle. Je parle de radio, parce que je suis d'une génération qui écoute plus qu'elle ne regarde, et qui lit beaucoup. C'est donc également une façon de prêcher pour ce que j'aime.

J'en reviens au salon littéraire de madame Tazi qui a le courage d'ouvrir le dialogue et de lancer des débats, qui s'avèrent parfois houleux. Mais elle a cette élégance de savoir remettre chacun à sa place, de corriger, d'éviter les excès... Bref, c'est une réelle modératrice, dont le sens noble du terme.

Je vous assure que l'on y discute de choses très sérieuses. Cela n'a rien à voir avec ce qui se pratique dans certains vrais salons auxquels j'ai assisté, et où on commence par parler de l'œuvre d'un auteur et on finit par discuter de la nuance de couleur d'un vernis, et recette de petits gâteaux à la pistache.

Tiens, pour donner un exemple: la semaine dernière, elle a lancé un débat sur le port de foulards... C'est dire la façon dont la séance était passionnante.

Pour ma part, je ne suis pas intervenue. Mais le nombre impressionnant d'interlocuteurs qui ont pris la parole m'a laissé pantoise. Les gens exprimaient ce qu'ils pensaient d'une manière ou d'une autre, racontaient leur façon de voir la vie... Il y en a même qui répétaient ce qui était dit auparavant, parfois de manière lourde, et rebondissait sur une petite problématique déjà convenue... enfin, voilà. Ça n'en finissait pas, mais madame Tazi ne s'est jamais démontée, elle réagissait avec tout le monde, et on pouvait même deviner son sourire derrière ses réponses.
Pour certains, on sentait qu'ils avaient envie juste de s'exprimer. Faire entendre leur voix, écrire quelque chose sur cette toile au moins, pour que cela reste inscrit quelque part. En d'autres termes, j'ai considéré cela comme une manière différente de faire une thérapie de groupe.

On s'assoit en cercle, chacun dit ce qui ne va pas, et on essaye par ce moyen de trouver la meilleure solution. Parce que c'est connu, lorsqu'un problème est si complexe qu'il nous étouffe, et qu'on arrive à l'exprimer de vive voix, on le libère. Il a déjà moins d'importance. On arrive très souvent par ce moyen à le résoudre. Sinon, on recommence, on fait une nouvelle session, et ainsi de suite...

Ayant lu tout cela, et consulté d'autres blogs également, qui m'ont nourri l'âme de la médiocrité quotidienne et de certains comportements, j'ai eu une idée formidable. Pourquoi ne pas réunir tous les leaders politiques dans le salon de madame Tazi ?

On les met tous là, on les laisse discuter. Régler leurs petites chamailleries internes jusqu'à ce qu'ils sortent avec un résultat. Je propose même de laisser Madame Tazi diriger le débat. En matière de calmer les esprits, elle s'y connaît très bien.

N'est-ce pas malin ?

Parce que là on traîne, on traîne... Cela fait plus de quatre mois que le parlement est élu, et on ne voit pas le bout de la parcelle de la lueur d'espoir pour la constitution d'un gouvernement. Il n'est question que de chamailleries des uns et des autres, et de mauvaise foi. On se croirait dans une cour d'école. Je lis les journaux moi, et ces derniers temps, je ne vois rien qui puisse nous sortir de ce marasme.

Combien sont-ils en tout? Une bonne cinquantaine, une centaine même? Ils ne peuvent pas, au nom de l'intérêt national, se mettre autour d'une table et discuter comme de grandes personnes?

C'est dommage, ils ont raté le formidable village de la COP 22, ç'aurait été tout indiqué pour cela. Je propose même qu'on leur fasse monter un chapiteau géant. Au point où nous en sommes, c'est un moindre mal de dépense sur le budget de l'État.

L'avantage d'avoir tous les partis en même temps, c'est qu'ils peuvent déjà se séparer en deux clans. Deux groupes, comme une équipe de football. Toi tu vas à droite, toi à gauche, toi tu fais l'arbitre... et voilà.

Après cela, ceux qui choisissent d'être dans l'opposition s'en vont. Mais une fois pour toutes! Ce qui veut dire, ils ne partent pas un jour et reviennent le lendemain. Finis! On choisit son clan et on accepte de jouer le jeu. On est des grandes personnes, on est responsable de ses choix politiques.

Messieurs: vous prenez tout un pays en otage! Rien ne fonctionne, aucune loi ne passe, le parlement est au chômage et grassement payé par l'argent du contribuable... Autant dire, nos petites poches... etc., etc.

Wahhh! Vous nous prenez pour des poires ou quoi? On n'est pas des ballons de foot. Et si on l'était, il en faudrait trente-trois millions! Vous imaginez, trente-trois millions de ballons de foot en train de rouler par terre? Les rues seraient saturées, il faudrait trouver un moyen de les stocker...

Donc, je continue mon raisonnement. Une fois que l'opposition s'éclipse, là c'est plus tranquille. Ils se retrouvent entre personnes qui sont censées avoir des points de vue assez proches. Ils restent là, et on ferme la porte. Ils ne sortiront qu'une fois le gouvernement constitué, avec une distribution générale de tous les portefeuilles ministériels. On leur apportera tout ce qu'il leur faudra en nourriture et boissons, et même des lits de camp si la discussion dure plusieurs jours. Ce sera notre conclave.

Ce n'est pas formidable, ça?

Le Conclave des Partis Politiques Marocains. Ce qui fera en sigle CPPM. Un beau souvenir, que l'on pourra se rappeler au futur, avant de commencer à organiser les élections. On exigera que vous choisissiez vos camps et ensuite, nous voterons en étant sûrs d'être dans une tendance et pas dans une autre. Parce que là, c'est la pagaille.

Je continue donc. On va surveiller la cheminée de notre conclave, et tant que la fumée du soir sera noire, on patientera. Mais on sera rassurés, sachant que c'est pour la bonne cause. Le jour où ils émettront la fumée blanche, nous, on explosera de joie. Vous voyez l'image? Trente-trois millions de hourras!

Tiens, je viens d'avoir une autre suggestion, pour le cas où ils ne trouveraient pas l'idée bonne. Ce serait une manière de les sensibiliser un peu à cette proposition, un clin d'œil en quelque sorte. Pourquoi on ne se donnerait pas tous rendez-vous un dimanche, et on décide d'allumer tous nos braseros? Pas un grand rassemblement, juste des comités dans chaque rue, et quelques petites places.

Je vous assure, ce n'est pas bête du tout.

D'abord on pourrait appeler des sorciers pour désenvoûter le champ politique malsain. Leurs bonnes herbes peuvent être utiles il paraît, et sinon ça fera un formidable nuage de fumée âcre, qui va les atteindre et les faire tousser, afin qu'ils réfléchissent aux conséquences de leurs fâcheries sur nous.

Et puisqu'on y est, pourquoi ne pas faire un gros barbecue de l'amitié ?

Un dimanche, comme ça. Tout le monde sort son petit brasero et fait des boulfafs et autres spécialités de brochettes délicieuses de notre très bon terroir. Juste dans l'idée du partage et de la convivialité, on ne va rien revendiquer. On est des gens pacifiques et on aime bien la bonne bouffe.

Je suis sûre que si l'odeur les atteignait, ils rappliqueraient ventre à terre. C'est connu, pour appâter le Marocain, invite-le pour un succulent plat de viande. On adore la nourriture et la bonne chair, personne ne peut résister à cela.

Enfin, on attendra qu'ils se soient bien sustentés, on leur demande d'entrer dans le chapiteau pour une petite sieste. Et hop! On les enferme.

Ce ne sont pas des bonnes idées ça? Vous en pensez quoi?

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