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Le terrorisme, l'amateur de la snitra et les si belles lettres maghrébines

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FOUAD LAROUI
Getty
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Le hasard fait bien les choses tous comptes faits ! On commence, pour meubler son temps libre, en lisant d'une seule traite un roman. On enchaine, comme pour calmer les ardeurs d'une bibliophagie passagère, un second, puis un troisième, puis... Jusqu'arrive le moment où cet appétit, qu'on croyait insatiable, s'arrête net. On regrette alors d'avoir parcouru l'ultime roman jusqu'à son ultime page.

Quelques phonèmes d'une phrase, lus sur cette même page m'empêche d'aller au-delà, de poursuivre sur ma lancée, de consommer davantage de feuillets joliment...génialement noircis. "...qu'un jour on ira jouer de la mandoline à Cordoue... ". De cette bribe de phrase, Fouad Laroui aurait pu se passer, m'épargnant par là-même l'insomnie et sa solitude. Mandoline.

Parmi tous les instruments de musiques qui existent dans le monde, n'a-t-il trouvé que celle-ci pour garnir le souhait de son personnage ? Le choix des mots d'un auteur ne peut faire l'objet d'un procès. Si le lecteur butte en tombant dessus, la faute n'est nullement celle du producteur du discours mais celle de celui qui l'écoute, qui le lit. Une telle réflexion n'aurait jamais pu germer dans mon esprit s'il n'y avait pas eu "A quoi rêvent les loups" auparavant.

En effet, seize années séparent "Ce vain combat que tu livres au monde" de Fouad Laroui du best-seller de Yasmina Khadra, et pourtant nous pouvons lire les deux textes comme autant d'épisodes d'une seule et même saga. Mais que vient faire la snitra dans tout ça ? Pas grand-chose à part le fait que Khadra évoque parmi les figurants un "type à la mandoline", celui-là même qui ferait "naître des houris du bout de [s]es doits".

Doit-on être amateur de la snitra pour oser écrire un roman abordant un thème sur la gravité du terrorisme ? ou est-ce par pur hasard (celui-là même qui fait les choses correctement) que la mandoline se trouve coincée entre une querelle d'amoureux et une décapitation ?

Faire la critique des romans sus cités n'est pas le but de cet article. D'une, parce que je ne suis pas outillé pour le faire, et de deux parce que dans les œuvres de ces deux auteurs, je suis incapable de déceler autre chose que de la beauté. Mais il s'agit là de raconter une expérience de lecture, d'immersion dans un univers qui, quoique macabre, demeure fascinant, un méta-discours donc.

Il est vrai que le sujet du terrorisme est à la mode. Dans la sphère intellectuelle, cuisiné à toutes les sauces. Les rayons de bibliothèques pullulent de volumes savamment conçus. Entre thèses, chroniques et analyses traitant de la question, on n' a que l'embarras du choix. Les lettres et les arts, pour leur part, ne dérogent pas à la tendance. Des films sont produits, des chansons sont composées, tout cela dans une tentative (souvent vaine) de comprendre, d'analyser le phénomène ; de sensibiliser contre ses méfaits ; de glorifier et/ou de justifier l'enrôlement dans le "jihad" par moments. Et puis, il y la littérature.

Des dizaines et des dizaines de romans et nouvelles ont eu pour source d'inspiration cette folie meurtrière. Mais, rares sont ceux dont la pertinence et la beauté atteignent celles des romans de Khadra et de Laroui.

Deux épisodes d'une même saga ... Les deux textes abordent la question de la jeunesse, de son rapport à l'identité (en crise), à la religion (incomprise ou sue de manière très périphérique). Décrivent le processus de l'enrôlement dans les rangs du jihad islamique. Même si l'approche est quasiment la même, la différence par contre est une différence d'échelle et de temps.

Yasmina Khadra évoque la question du terrorisme dans son contexte local, soit l'Algérie des années 90. Fouad Laroui quant lui l'aborde à un niveau plus global et plus actuel. Qu'est-ce qui différencie le GIA de DAECH ? Même si la technique de recrutement a évolué avec l'évolution des moyens de communication, l'esprit, la philosophie qui sous-tendent la démarche restent pour leurs parts identiques. Investir dans le "creux", dans le non-sens, dans la perte des repères, dans la crise identitaire. Et ce, tout en proposant une version de l'islam, meilleure que celle qu'on croit détenir, plus authentique.

Un islam livré dans un nouvel emballage (les marketeurs vous le diront, le packaging c'est important !), quoique fait avec du vieux. "Le nôtre, d'Islam, n'a pas besoin d'élection qu'on dit démocratique, seul Dieu est apte à élire ceux qu'ils le représentent, les plus pieux et les plus digne de confiance, d'entre ses sujets. La démocratie ne fait pas partie de notre culture, c'est un concept de taghout (comme l'avançait les camelots algériens du fascisme dans sa forme pieuse, des années 90), de kouffar. Nous, ce que nous vous proposons c'est une khilafa et des imarate, du nec plus ultra en matière d'organisation socio-politique. Nous faire allégeance, reviendrait à faire allégeance à Allah. Venez nous voir, vous ne serez pas déçus, enfin si la volonté du Tout Puissant y est. Le paradis est au bout du voyage !".

Et c'est ainsi qu'un pseudo acteur de ciné, qui se rêvait devenir star du showbiz, et un informaticien ne ressentant aucune gêne à fleureter avec le proscrit (haram) se voient embarqués dans cette galère nommée jihad. Nafa (personnage principal du roman de Khadra) et Ali (de celui de Laroui), sont deux jeunes gens, dans la fleur de l'âge, sans histoires avec des rêves, pourtant, plein la tête...

Un beau jour leur chemin "se crucifia" à celui de l'extrémisme religieux. Se retrouvant ainsi séquestrés, et à jamais, dans la nébuleuse de l'horreur.

Alors, pourquoi donc, à un certain moment, ai-je été rebuté par ce passe-temps ô combien favori, qu'est la lecture ? Ces deux romans, quoique sublimes, n'ont-ils pas fait remonter en moi un trop plein de mauvais souvenirs ? N'est-ce pas la raison de mon blocage ? Ces images qui me reviennent des attentats à la bombe, des gorges tranchées qu'on exhibait au JT sans aucun égard à la sensibilité de l'enfant que j'étais... Il est grand temps pour moi d'aller sur Youtube, saisir le nom de Mustapha El Hassar (Bahar de son vrai nom).

En voilà un de virtuose de la snitra, capable de faire naître des houris du bout de ses doigts.

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