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Pour qui tu te prends?

Publication: Mis à jour:
TUNISIAN HIGH SCHOOL
FETHI BELAID/AFP/Getty Images
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Je voulais partager mon expérience encore fraiche de bachelier sur l'éducation, ce sujet que j'estimais connaître, au moins par expérience. C'est en discutant avec différentes personnes que je me suis rendu compte à quel point ce serait difficile de communiquer ce que je pensais être un avis important, qui manque au débat actuel sur l'éducation: celui de l'élève.

"Chkounek enti? Chemdakhlek? Chaandek chheyed bech tahki?" (Tu es qui? En quoi ça te concerne? Quels diplômes as-tu pour en parler?) sont les trois phrases que j'ai chaque fois entendu, et qui ont failli me convaincre que j'étais bien con de vouloir parler de manière sérieuse et réfléchie. Je compte aujourd'hui vous raconter ces trois phrases magiques des Tunisiens, qui font d'une idée une insulte, et d'un penseur un idiot.

1. Chkounek enti? (Qui es-tu?)

Très belle allocution, un des "tais-toi" préférés des membres de l'establishment de manière générale. Apparemment, pour s'exprimer au sujet de l'éducation, il faut avoir au moins 25 ans de carrière.

La seule expérience d'élève ne veut pas dire grand-chose; ben oui, ce n'est pas comme si les élèves étaient les principaux concernés et les plus à même d'évaluer leur propre vécu.

Parfois, le "chkounek enti" peut aussi souligner un trop jeune âge ou un manque évident de pilosité faciale, la marque des hommes sages.

Le nombre d'années affecterait-il, sans que je le sache, la pertinence de mes opinions? Seul le temps me le dira. En attendant, je commence à douter de la pertinence de mon vote aux prochaines élections. Après tout, "chkouni ena" (Qui suis-je)?

2. Chemdakhlek? (En quoi ça te concerne?)

Littéralement "qu'est ce qui t'a fait entrer"; utilisé pour signifier que le sujet en question est une propriété privée, et que tu as mal fait d'y mettre les pieds.

En effet, pour avoir le droit de parler, de dénoncer ce qui va mal, il faut avoir été introduit par quelque chose/ quelqu'un. L'envie d'améliorer l'expérience des prochaines générations n'est pas une justification suffisante, et malheureusement la langue avec laquelle je m'exprime ainsi que le lycée où j'ai étudié m'excluent encore plus d'un débat déjà fermé.

N'est-il pas temps de dépasser ces considérations d'appartenance, de langue et de région, pour travailler tous ensemble à la réforme?

3. Chaandek chheyed bech tahki? (Quels diplômes as-tu pour en parler?)

Cette phrase met en évidence une erreur, un raccourci logique trop ancré dans la culture Tunisienne: en effet, contrairement à une idée très répandue, le diplôme ne rend pas intelligent!

S'il faut être intelligent pour l'obtenir est une autre question, à laquelle vous aurez le plaisir de répondre vous-même. Ce qui est certain, c'est que deux avocats ou deux médecins, titulaires du même diplôme, ne sont pas aussi bons l'un que l'autre.

Aucun lycéen n'a de diplôme, et pourtant tous ont une expérience d'au moins 9 ans dans cette éducation qui a besoin qu'on en parle. Cela veut-il dire qu'ils n'ont pas le droit de s'exprimer à ce sujet?

A vous (nous) les lycéens et étudiants, peu importe l'âge, peu importe la région. Il ne faut plus attendre qu'on nous tende la main. Lançons nos propres clubs, nos propres associations, nos propres start-ups. Parlons-en, et faisons changer les choses - dès maintenant!

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