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Il compare l'incomparable : Amara Benyounès veut rendre le vote obligatoire !

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AMARA BENYOUNES
Getty Images
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Les Algériens votent peu. Faute de crédibilité de l'offre politique dans le cadre du système, certains politiciens veulent forcer les choses et incitent les autorités à rendre le vote obligatoire. Bref à sanctionner de ce fait les abstentionnistes au lieu de prendre acte du message qu'ils ne cessent d'envoyer. Amara Benyounes, président du Mouvement populaire algérien (MPA), a ainsi demandé le samedi 18 mars 2017 que "le vote soit obligatoire en Algérie afin que tout le peuple sorte et vote en force...".

Et le président du Mouvement populaire algérien (MPA) se prête toujours au même argumentaire pour appuyer ses déclarations. Relayé par El Watan, il prend argument du fait que "dans certains pays démocratiques, le vote est obligatoire". En clair, il n'y a aucune honte à obliger les Algériens à voter puisque des pays démocratiques le font.

Amara Benyounès n'a pas détaillé les sanctions qu'il imagine pour punir les abstentionnistes récalcitrants.

Mais on le sait depuis longtemps, comparaison n'est pas raison. Des pays démocratiques européens comme les Pays-Bas, le Danemark, l'Autriche ou la Belgique luttent bel et bien contre l'abstention et parfois depuis plus d'un siècle. Les résultats semblent concluants ces dernières décennies puisque le taux d'abstention chez ces nations a considérablement baissé selon des chiffres de l'Union européenne.

Mais le caractère obligatoire du vote n'est pas le plus déterminant, c'est la crédibilité du système politique et du scrutin qui le sont. Comparer -encore une fois- le système politique algérien à ceux de ces pays relève d'une forme cynique de malhonnêteté intellectuelle de la part de l'ex-ministre du Commerce.

En Belgique par exemple, un électeur qui ne se rend pas aux urnes ne sera pas privé de ses droits constitutionnels.

En Algérie, des citoyens qui s'étaient abstenus lors des élections de 2014 ont subi une forme de chantage scandaleux : on leur a exigé leurs cartes d'électeurs, cachetées par un bureau de vote pour bénéficier de leur droit aux logements, énoncé par l'article 67 de la Constitution.

Les abstentionnistes belges les plus démunis ne risquent non plus d'être privés de leurs aides sociales contrairement à une certaine catégorie d'Algériens qui sera visiblement privée de couffins de ramadan.

Les abstentionnistes belges seront, au pire, soumis à des amendes de 30 à 60 euros pour une première abstention et plus de 137 euros en cas de récidive. Certains belges pourraient dire que cela vaut la peine de payer pour marquer une éventuelle défiance s'ils jugent que le système politique est déficient.

Mais même dans ces pays, la mesure a toujours eu ses opposants, qui estiment que le vote obligatoire est plutôt ... anti-démocratique puisque le boycott ou l'abstention comme comportement politique sont des droits démocratiques.

L'abstention en Algérie exprime un réel désengagement chez la majorité des jeunes à l'égard du jeu politique. C'est donc une opinion et un comportement politique qui a du sens. La suggestion du président du Mouvement populaire algérien (MPA) a une teneur totalitaire car elle entend obliger au vote, par la coercition, tous ceux, très nombreux, qui ne font que rejeter un système politique opaque et "ses règles du jeu".

Amara Benyounes a oublié de signaler que les pays suscités ont des parlements qui exercent un vrai contrôle sur l'exécutif et ne sont pas des chambres d'enregistrement où une majorité lève la main pour dire "oui" même quand elle n'est pas d'accord.

Benyounes s'attache au symptôme - l'abstention - pour faire oublier que le mal est dans le discrédit du système politique qui a créé une distance béante entre les algériens et les institutions et jeu politique.

L'abstention n'est qu'un reflet du discrédit du système politique et rendre le vote obligatoire ne lui donnera pas plus de crédibilité.

Mais il est vrai que le président du MPA aime comparer l'incomparable. Fin 2016, il avait comparé le quatrième mandat du président Bouteflika à la candidature de Angela Merkel, chancelière (et non pas présidente) allemande. Avec un "Ina3lbou limayhabnach" qui n'a fait rire qu'à ses dépens.

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