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En élisant Moushira Khattab à sa tête, l'Unesco se tournerait vers l'avenir

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UNESCO
Facebook/Moushira Khattab
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Dans quelques jours, l'Unesco s'apprête à prendre une décision capitale pour son avenir, lors de l'élection de son nouveau directeur général. Devant l'impérieuse nécessité de se réinventer, l'agence des Nations unies peut voir dans la candidature de l'Égyptienne Moushira Khattab l'opportunité de basculer dans une nouvelle ère, placée sous le signe de l'apaisement politique et de l'action de terrain.

Vendredi 13 octobre 2017, l'Unesco connaîtra le nom de son futur directeur général au terme de la 202e session du Conseil exécutif. Pour l'organisation, créée au lendemain de la Seconde guerre mondiale, l'heure est au renouvellement au moment de désigner le successeur de la Bulgare Irina Bokova, en fonction depuis 2009. Durant ses huit années d'exercice, l'Unesco s'est heurtée à d'importants obstacles politiques, structurels et financiers, qui l'ont éloignée d'un cœur de mission dont l'importance n'a peut-être jamais été aussi grande qu'en cette période d'incertitudes économiques et sécuritaires: contribuer à la paix par le développement et la promotion de l'éducation, de la science et de la culture à travers le monde. Critiquée pour ses tendances bureaucratiques, son manque d'impact en matière d'éducation et sa politisation régulièrement assimilée à de l'instrumentalisation, l'organisation aux 195 pays-membres cherche, sous la baguette de son prochain chef d'orchestre, un souffle nouveau pour jouer pleinement son rôle de pacificateur universel.

En 72 ans d'existence, l'Unesco a vu passer 10 directeurs à sa tête, parmi lesquels cinq Européens, trois Américains, un Africain et un Asiatique. S'il a fallu attendre 2009 pour voir une femme enfin siéger dans les locaux parisiens du palais de Fontenoy, aucun représentant du monde arabe n'a encore été aux commandes de l'organisation, pourtant engagée à servir l'Humanité dans toute son universalité et sa diversité. Il y a huit ans, l'Égyptien Farouk El Hosni avait échoué de peu, éliminé au cinquième et dernier tour de scrutin face à Irina Bokova. L'élection d'une figure arabe au poste de directeur général s'avèrerait pourtant particulièrement pertinente, tant la situation géopolitique aux Proche et Moyen-Orient cristallise nombre d'enjeux s'inscrivant dans les missions de l'Unesco.

Le choix d'une femme, arabe et musulmane telle que la candidate égyptienne Moushira Khattab semble d'autant plus indiqué qu'elle, plus que quiconque, est à-même de comprendre de l'intérieur les enjeux auxquels est confrontée l'agence onusienne: lutte contre l'islamisme radical, préservation du patrimoine dans les pays où sévit le terrorisme, émancipation des femmes ou encore respect des droits de l'Homme.

Moushira Khattab: plus de 50 ans de carrière sur les cinq continents au service de l'intérêt général

Créée en 1969 dans le but de défendre les libertés fondamentales à travers l'enseignement et la recherche, la Fondation René Cassin que je préside rejoint en de nombreux points l'ambition de l'Unesco de "construire la paix dans l'esprit des hommes et des femmes" à travers des actions éducatives, culturelles et scientifiques. Étroitement attachée à ces valeurs, notre fondation a décidé d'apporter son soutien total à Moushira Khattab dans sa candidature au poste de directeur général.

Le choix de Mme Khattab constitue pour nous une évidence pour ses compétences diplomatiques et son expertise en matière de géopolitique internationale. En tant qu'ancienne ambassadrice et consul, elle a représenté l'Égypte durant de longues années dans plusieurs pays d'Europe, d'Afrique et d'Océanie. Ses missions auprès de l'ONU et de l'ONUDI l'ont également amenée à implémenter des programmes à travers le monde, si bien qu'elle peut aujourd'hui se targuer d'avoir exercé sur les cinq continents de la planète. Ce multiculturalisme rare n'a toutefois pas entamé sa volonté d'agir pour son propre pays, l'Égypte, où elle a mené d'importantes actions de terrain et conduit de multiples réformes sociétales. Lors de ses mandats de ministre adjoint des affaires étrangères, de secrétaire générale du Conseil national pour l'enfance et la maternité puis de ministre de la famille et de la population, elle a courageusement promu les principes d'une société universelle, mais aussi combattu l'extrémisme, les abus sexuels, les mutilations génitales féminines, le mariage des mineurs et obtenu des résultats probants dans l'alphabétisation de la population.

En tant qu'Égyptienne, Moushira Khattab jouit en outre d'une position d'interlocutrice privilégiée entre Israël et les pays arabes. Faut-il rappeler qu'en 1979, l'Égypte fut la première nation arabe à reconnaître officiellement l'existence de l'État hébreu ? Si les deux pays ont depuis connu certaines tensions, les relations diplomatiques se sont réchauffées ces dernières années, comme l'indique la réouverture de leurs ambassades respectives en 2016. De par ses racines égyptiennes et africaines, son parcours exemplaire et sa faculté à rassembler, Mme Khattab est, selon moi, la candidate idéale pour soigner les blessures du passé en rapprochant l'ensemble des nations-membres, afin de concentrer leur énergie sur une ligne de projets ambitieux.

Après plus d'un demi-siècle d'une carrière au service de l'intérêt général en Égypte et à travers le monde, la recherche de solutions pacifiques par le dialogue est aujourd'hui une seconde nature pour Mme Khattab, qui accorde également aux questions environnementales la place qu'elles méritent. Puisque que le poste de directeur général mérite historiquement de revenir à l'un des quatre candidats arabes, pourquoi ne pas choisir celle qui rassemble le plus d'atouts pour conduire l'organisation vers un avenir moins politisé, davantage orienté vers ses aspirations originelles? Au sein de notre fondation, nous sommes intimement convaincus que Moushira Khattab doit incarner ce futur.

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