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Brexit : une séparation, pas une rupture

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ASSOCIATED PRESS
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EUROPE - Observateurs et hommes politiques ont interprété les leçons du référendum sur le Brexit de façons très diverses. La libre circulation des personnes a de toute évidence été un facteur déterminant. Mais, je refuse l'idée que le résultat soit un mandat pour sacrifier l'accès au marché unique sur l'autel de la "migration". Car, à mes yeux, le résultat est avant tout un symptôme de l'inégalité sociale, de la stagnation des salaires et d'une classe moyenne qui se sent menacée et dont les préoccupations n'ont pas été prises en compte. Il est aussi le fruit d'un clivage entre zones rurales et urbaines, d'une fracture générationnelle et géographique. Le référendum n'a rien fait pour combler ces fossés. Il les a approfondis.

La principale leçon à tirer de ce référendum pour l'UE est que nous ne pouvons pas gagner la confiance des citoyens en continuant à présenter une vision idéaliste de la mondialisation. La mondialisation est perçue comme la cause d'un nivellement par le bas et de l'érosion de nos valeurs fondamentales, et non pas comme l'ouverture d'une multitude de possibilités. Elle est aussi considérée comme une menace pour l'emploi, les finances publiques et les régimes sociaux. C'est pourquoi nous devons faire bloc pour protéger les citoyens de l'Union.

"Je refuse l'idée que le résultat soit un mandat pour sacrifier l'accès au marché unique sur l'autel de la "migration". Car, à mes yeux, le résultat est avant tout un symptôme de l'inégalité sociale, de la stagnation des salaires et d'une classe moyenne qui se sent menacée et dont les préoccupations n'ont pas été prises en compte."

Nous ne pouvons y arriver qu'en étant unis et en dotant l'Union des instruments nécessaires. Prenons un exemple récent: la décision de la Commission européenne dans l'affaire concernant Apple. Pour mieux régner, les grandes sociétés s'efforcent de susciter la division entre gouvernements nationaux. Elles les menacent de délocaliser leurs activités là où les règles et la surveillance fiscales sont moindres. La solution est simple: ce n'est qu'en prenant des mesures fermes et communes au niveau européen que nous pourrons éviter de telles pratiques abusives. La Commission tient ses engagements. Dans cette affaire comme dans tant d'autres, les citoyens ne se demandent pas si la décision est supranationale ou intergouvernementale: ils veulent juste des résultats concrets.

Quelle mondialisation voulons-nous? La question est essentielle pour l'Union européenne, elle sera tout aussi importante pour le Royaume-Uni après le Brexit. Les responsables politiques de ce pays devront tracer la trajectoire qu'empruntera le navire britannique dans les eaux tumultueuses du XXIe siècle. Le Royaume-Uni a permis d'approfondir et de consolider le marché unique européen et de l'ouvrir à d'autres partenaires commerciaux. C'est le Royaume-Uni qui a décidé de quitter une Union qu'il a contribué à façonner, et non l'inverse. Le Royaume-Uni, une fois sorti de l'Union, restera-t-il le pays tourné vers l'extérieur que nous connaissons?

C'est en tout cas ce qu'espèrent la plupart de mes collègues, ici au Parlement européen. Je vous recommande de leur prêter une oreille attentive. Contrairement à ce que l'on entend, le Parlement européen n'est pas en ordre de marche en vue d'une expédition punitive -et je tiens à être clair sur ce point. L'institution que je préside aborde le Brexit posément, dans un souci d'équité, sans la moindre volonté de représailles. J'en veux pour preuve le vote de confirmation du nouveau commissaire britannique qui s'est déroulé sans heurt la semaine dernière. Le Parlement européen jouera pleinement son rôle dans l'établissement de la nouvelle relation entre l'Union et le Royaume-Uni -ne serait-ce que parce que le Parlement devra obligatoirement approuver tout traité de retrait et tout traité ultérieur.

"Le Parlement européen s'en tient au principe "pas de négociation avant la notification". C'est le Royaume-Uni qui a décidé d'organiser un référendum. Il n'appartient pas aux institutions de décider de ce que le Royaume-Uni doit faire du résultat du référendum. Il faut avant tout que ce pays fasse savoir quel est son projet pour l'avenir."

Le Parlement européen, tout comme les autres institutions de l'Union, s'en tient au principe "pas de négociation avant la notification". Cela peut en irriter certains, mais c'est une question de bon sens. C'est le Royaume-Uni lui-même qui a décidé d'organiser un référendum. Le Parlement européen respecte pleinement le résultat de cette consultation populaire. Mais il n'appartient tout simplement pas aux institutions de décider de ce que le Royaume-Uni doit faire du résultat du référendum. Il faut avant tout que ce pays fasse savoir quel est son projet pour l'avenir.

Il ne fait aucun doute que le déclenchement de l'article 50 du Traité sur l'Union européenne (TUE) est tout sauf une formalité. Cela étant, nous ne pouvons pas nous permettre de mettre l'Union sur pause alors qu'elle est aux prises avec une crise des migrants et des réfugiés et qu'elle doit achever l'Union économique et monétaire. En outre, si l'article 50 TUE est déclenché trop tardivement, nous courrons le risque de voir des élections européennes en 2019 au Royaume-Uni. Et ce alors même que le Royaume-Uni sera en train de négocier sa sortie de l'Union européenne! Comment expliquer cela aux citoyens britanniques et aux autres européens? C'est la raison pour laquelle j'engage la Première ministre Theresa May à notifier aussi rapidement que possible la sortie du Royaume-Uni de l'UE.

"Si l'article 50 du Traité sur l'Union européenne est déclenché trop tardivement, nous courrons le risque de voir des élections européennes en 2019 au Royaume-Uni. Et ce alors même que le Royaume-Uni sera en train de négocier sa sortie de l'Union européenne! C'est la raison pour laquelle j'engage la Première ministre Theresa May à notifier aussi rapidement que possible la sortie du Royaume-Uni de l'UE."

Il est dans l'intérêt des deux parties de parvenir à un accord équitable. Toutefois, je suis convaincu que le meilleur accord possible avec l'Union reste l'adhésion à l'Union. Tout autre arrangement comporte nécessairement des compromis et, soyons clairs, il n'y aura pas de menu à la carte pour le Royaume-Uni. Je constate aussi qu'une majorité nette au Parlement européen soutient que les quatre libertés fondamentales sont indissociables. Autrement dit, pas de libre circulation des biens, des capitaux et des services sans libre circulation des personnes. Je refuse pour ma part tout simplement d'imaginer une Europe où les camions et les fonds spéculatifs seraient libres de franchir les frontières, alors que les citoyens ne le seraient pas. Je ne peux envisager aucune hiérarchie entre ces quatre libertés.

Pour ce qui est de l'Europe et de la scène internationale, le dossier le plus important dans les négociations à venir sera le commerce. Je pense que nombreux sont ceux qui sous-estiment le temps et l'énergie dont le Royaume-Uni aura besoin pour nouer ses propres relations commerciales.

"Il est dans l'intérêt des deux parties de parvenir à un accord équitable. Toutefois, je suis convaincu que le meilleur accord possible avec l'Union reste l'adhésion à l'Union. Tout autre arrangement comporte nécessairement des compromis et, soyons clairs, il n'y aura pas de menu à la carte pour le Royaume-Uni."

Nous devons aussi mettre en place un dispositif permettant de continuer à promouvoir nos valeurs fondamentales en matière de droits de l'homme, de démocratie et d'état de droit vers d'autres blocs continentaux. Dans le domaine de la politique étrangère, nous devons rester des partenaires proches. Il en va de même pour la politique de sécurité et de défense: bien que l'Union européenne perde un État membre clé, cette séparation pourrait paradoxalement donner l'impulsion pour une plus forte intégration des États restants. Le Royaume-Uni pourrait être associé et contribuer à une nouvelle Union des 27 plus coordonnée, sans entraver une telle intégration.

Dans un contexte aussi fragile, la nostalgie ne peut nous servir de guide lorsque nous travaillons à un avenir européen: aucun d'entre nous, y compris le Royaume-Uni, ne peut ressusciter le passé. Le Parlement européen et moi-même voulons une Union européenne et des États membres prêts à relever les défis du XXIe siècle: pour renforcer les droits des citoyens, pour défendre leur liberté et pour assurer leur sécurité.

Je suis convaincu qu'une collaboration étroite entre l'Union et le Royaume-Uni est essentielle, mais nous avons besoin de clarté. La balle est dans le camp britannique.

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