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Nouvelles technologies: "l'innovation numérique est une réelle opportunité pour l'Afrique"

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NIZAR YAICHE
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INTERVIEW - L'an dernier en Afrique les investissements dans les start-ups dites high-tech ont bondi de 30% et ont été estimés à plus de 366 millions de dollars. Malgré ces financements conséquents, une volonté des entrepreneurs locaux d'innover et une hausse croissante de l'utilisation des nouvelles technologies disponibles sur le continent, l'Afrique peine à suivre la cadence imposée par les pays de l'hémisphère nord en ce qui concerne le développement numérique. Pour mieux comprendre cette situation, Nizar Yaiche, associé au sein du célèbre cabinet PwC France, Maghreb et Afrique francophone, nous livre son avis sur la question.

En 2017, c'est un fait, loin de l'Amérique et de l'Europe, l'Afrique est le continent le moins connecté du monde. A quoi cela est-il dû?

Nizar Yaiche: En effet, moins de 1% des connections haut-débit fixe mondiales sont en Afrique. Nous retrouvons les mêmes niveaux pour tout ce qui relève de l'usage d'Internet du type e-commerce et autres. C'est un constat décevant après plus de 20 ans d'initiatives engagées à travers tout le continent. Parler des raisons de ce constat nécessite une analyse pays par pays car les différences sont majeures en fonction du contexte, de l'étendue et du niveau de maturité de chaque pays. Cependant, d'une manière globale, les raisons sont nombreuses et les réduire à trois ou quatre serait forcément réducteur.

Je vais néanmoins vous en citer quelques-unes qui pourraient être distinctement classées dans deux catégories: la première étant le contexte socio-économique, notamment le faible niveau de vie, l'instabilité politique, les problèmes de sécurité, de corruption, etc. La seconde catégorie est directement liée au secteur des télécoms: mauvaise gouvernance des projets TICs, faible investissement sur la formation ainsi que sur le développement des compétences, mauvaise régulation du marché, absence d'une vision et d'une stratégie TIC, etc. Depuis trois ans, un autre facteur important s'est rajouté, celui de la santé financière de plusieurs opérateurs télécoms.

Comment ce continent du sud pourrait-il récupérer ce retard?

Malgré ce constat alarmant, il y a eu par le passé de multiples initiatives réussies dans plusieurs pays africains qui prouvent qu'un redressement est possible et envisageable. Pour cela, nous devons identifier clairement l'ensemble des raisons qui ont provoqué ce retard et les traiter une par une tout en intégrant la spécificité de chaque pays.

De nombreux experts déclarent que pour se développer, il faut innover. Dans ce sens, quelle place l'innovation numérique occupe-t-elle en Afrique?

L'innovation numérique est une chance, une réelle opportunité pour l'Afrique. Elle est même indispensable surtout face aux énormes défis du continent. Le numérique peut réduire les coûts, améliorer la transparence, faciliter l'accès à d'autres marchés, améliorer l'efficacité opérationnelle, rajouter de l'intelligence dans le processus de prise de décision et ce dans tous les secteurs économiques. Lorsque nous devons affronter des défis aussi importants que ceux auxquels fait face le continent africain, le numérique s'impose comme une partie structurante de la solution.

A son rythme et à sa manière, le continent se modernise chaque jour un peu plus. Selon vous, à quoi l'Afrique de demain ressemblera-t-elle?

Avec 2,5 milliards de personnes qui devraient vivre sur le continent en 2050 et un taux d'urbanisation de presque 50%, le challenge est immense. Les infrastructures actuellement sont très loin du compte et les résultats obtenus jusqu'à présent sont nettement en-dessous des attentes. Concernant le futur de l'Afrique, il y a deux options: soit nous réussissons collectivement et le continent deviendra alors une région du monde pleine d'opportunités de croissance, soit les retards et les échecs s'accumulent et dans ce cas les défis actuels seront encore plus importants, notamment dans les dizaines de mégapoles qui devraient se former dans les prochaines décennies. Aujourd'hui, je suis assez optimiste pour quelques pays africains et extrêmement préoccupé pour beaucoup d'autres. Agir est urgent.

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