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Hakima El Haité: "Le monde ne nous appartient pas, nous devons agir maintenant"

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HAKIMA EL HAITE
Youssef Boudlal / Reuters
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INTERVIEW - Construction de nouvelles infrastructures, développement obligatoire des pays du sud, transmission de savoir, sensibilisation de la population aux nouveaux enjeux environnementaux, régulation de l'émigration massive, enjeux politico-économiques des partenariats nord-sud, leadership avéré du Maroc dans la lutte contre le réchauffement climatique... Un peu plus d'un mois avant le lancement de la COP23, Hakima El Haite, ancienne ministre chargée de l'Environnement, a profité de la Climate Week qui s'est tenue à New York du 18 au 24 septembre, pour se pencher sur ces questions qui nous concernent tous.

Depuis la COP22 de Marrakech, le Maroc bénéficie d'une image de modèle à suivre dans la lutte contre le changement climatique à l'échelle internationale. Au-delà de cette réputation, quelles actions concrètes ont été menées sur le territoire marocain pour limiter la hausse constante des températures et réduire les émissions de gaz à effet de serre?

La COP22 a permis au Maroc de promouvoir ses engagements et ses actions dans la lutte contre le changement climatique à l'échelle internationale. Dernièrement, de nombreux projets ont vu le jour dans notre pays comme par exemple la construction de la plus grande centrale solaire du continent, des mosquées vertes, des villages écologiques ou encore des résidences bioclimatiques.

La COP de l'action a aussi contribué à sensibiliser un grand nombre de dirigeants clés à l'importance d'intégrer le plus rapidement possible l'élément "vert" à leurs stratégies de développement sur leurs territoires, de devancer de nombreuses initiatives sud-sud et d'enclencher des conventions nord-sud. Cette dynamique d'ouverture sur l'Afrique est liée à la vision stratégique de Sa Majesté le Roi qui souhaite renforcer le rôle du Maroc comme pays pivot entre le nord et le sud.

Le dérèglement du climat nous affecte tous. Agir est urgent. Dans ce sens, que fait le Maroc pour sensibiliser les nouvelles générations à l'importance de prendre plus soin de la planète?

Notre pays dispose d'une stratégie de développement durable qui repose sur un pilier transversal extrêmement important: l'intégration du climat comme facteur structurel au niveau des politiques publiques. De ce fait, depuis la promulgation de la loi sur l'adaptation de la stratégie nationale de développement durable, tous les ministères ont intégré à leurs politiques une dimension écologique. A l'époque où j'étais à la tête du ministère de l'Environnement, nous avions élaboré avec l'UNICEF et la GIZ un kit d'apprentissage, recensant des notions écologiques basiques, adapté et destiné aux plus jeunes.

Cette initiative avait par ailleurs été communiquée au ministère de l'Education nationale afin que l'aspect "protection de notre planète" soit intégré aux nouveaux programmes scolaires. A cette même époque et dans cette même dynamique, j'avais signé une convention avec le ministère de la Jeunesse et des Sports qui visait à former et à sensibiliser plus de 1,5 millions d'enfants marocains à l'importance du développement durable.

Chaque année, de nombreux projets concrets ayant pour but la sensibilisation des plus jeunes à l'importance de la lutte contre le réchauffement climatique voient le jour comme par exemple, récemment, la création des ateliers de formation Eco-Ecoles, le lancement du concours cinématographique Film4Climate ou encore la concrétisation du fabuleux projet participatif "Ma ville mon miroir" auquel j'ai eu l'honneur de participer.

Les problématiques dites environnementales poussent les peuples du sud à quitter leurs terres pour aller vers le nord. À l'heure où l'Afrique connaît une explosion démographique sans précédent, quelles sont les solutions à mettre en place pour lutter contre l'émigration massive du peuple africain?

La migration environnementale résulte de nombreux facteurs interdépendants en relation avec la disponibilité des ressources, la possibilité de leur valorisation, l'emploi, la sécurité et la paix. Sans aucun doute, dans les années à venir, la question des réfugiés climatiques va devenir un enjeu majeur planétaire. A l'heure où l'Europe et le reste du monde sont aujourd'hui dramatiquement fragilisés par le déplacement de 4 millions de réfugiés syriens, imaginez ce qu'il se passera en 2050 lorsqu'ils devront faire face à l'exil de 250 millions de réfugiés climatiques...

Pour ma part, je pense que pour limiter les migrations du sud vers le nord, les pays les plus vulnérables doivent se développer davantage. Si ces Etats arrivaient à se moderniser notamment grâce aux aides financières des pays les plus riches, alors ils pourraient plus facilement exploiter leurs ressources et retenir une grande partie de leur population qui représente l'une de leurs principales richesses.

Pour observer des résultats réels de la lutte contre le réchauffement de la planète, ce combat collectif doit être mené conjointement par les pays des deux hémisphères. Problème: l'actuel président des Etats-Unis, première puissance économique du monde, ne souhaite pas respecter l'Accord de Paris sur le climat. Sans sa volonté de coopérer, est-il possible d'accomplir les objectifs fixés lors de la COP21?

Je l'espère, notamment grâce au Marrakech Partnership for Global Climate Action qui est un véritable pilier des COP, celui qui représente les acteurs non-étatiques et l'action sur le terrain. Lors de la dernière COP, à l'annonce de l'élection du nouveau président des Etats-Unis, les acteurs non-étatiques se sont fortement mobilisés et se sont fait entendre par tous.

Cette dynamique s'est ensuite amplifiée lorsque Donald Trump a annoncé son souhait de se retirer de l'Accord de Paris. De nombreux acteurs non-étatiques et étatiques américains se sont alors manifestés pour souligner l'importance de respecter cet accord. Leur slogan témoignant d'un désaccord entre la présidence et eux était on ne peut plus clair: "The United States are out, the Americans are in".

Nous n'avons pas le choix. Nous nous devons tous de respecter l'Accord de Paris. Le monde ne nous appartient pas. Nous continuerons à négocier avec la première puissance économique mondiale mais la Terre, elle, ne négociera pas. Nous devons agir maintenant.

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