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Famine: "Un tiers de la production agricole mondiale est perdue ou gaspillée"

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STARVATION AFRICA
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INTERVIEW - Hausse des températures, baisse inquiétante de la quantité et de la qualité des ressources hydriques disponibles, assèchement des terres, dégradation des sols et des récoltes agricoles... À l'heure où le réchauffement climatique joue un rôle majeur sur l'accentuation de l'insécurité alimentaire dans les régions les plus arides de la planète, la famine continue de tuer des millions de personnes chaque année.

Lors de la deuxième Conférence internationale sur l'eau et le climat organisée le mois dernier à Marseille, Loïc Fauchon, actuel président du Conseil mondial de l'eau, avait pointé du doigt un fait très inquiétant: la famine est en hausse pour la première fois depuis des décennies. Quelques semaines plus tard, à l'occasion de la COP23, il se livre et nous donne plus d'informations sur cette crise humanitaire qui chaque jour prend un peu plus d'ampleur.

loic fauchon

- Comment expliquez-vous le fait que la famine gagne du terrain aujourd'hui?

D'abord par la croissance de la population mondiale face à la stagnation des terres arables. Et ce phénomène ne devrait pas s'améliorer dans les années à venir. La seule solution pour faire face à ce problème, c'est l'amélioration de la productivité des sols grâce à des technologies respectueuses de l'environnement. L'année qui vient de s'écouler a amplifié ce phénomène du fait de la période importante de sécheresse connue dans plusieurs parties du monde. Enfin s'ajoute à cela un grand nombre de crises dues à des situations de conflits militaires, le Yémen en étant la plus récente illustration, avec, selon l'ONU, 10 millions de personnes touchées.

- Quelles sont les régions du globe les plus touchées par cette intensification soudaine de l'insécurité alimentaire?

Ce sont globalement les régions en situation de stress hydrique. Ce stress n'a pas permis de développer la culture par irrigation, ce qui, bien évidemment, a provoqué de faibles rendements pour la majorité des cultures vivrières.

Quelles actions concrètes doivent être mises en place pour lutter plus rapidement et plus efficacement contre la faim dans ces zones géographiques vulnérables?

La première est d'améliorer la disponibilité des ressources en eau, qui est le premier frein à la prospérité agricole. La seconde réside sans doute dans une véritable politique de réduction du gaspillage alimentaire et des pertes tout au long du cycle production-acheminement-consommation. Il convient de rappeler que les études les plus récentes considèrent qu'un tiers de la production agricole mondiale est perdue ou gaspillée et que ces pertes représentent la troisième source des émissions de CO2.

- Quel budget serait à prévoir pour assurer la concrétisation de ces deux actions?

Au-delà des budgets très difficiles à imaginer, il s'agit davantage de la priorité qui sera donnée à ces questions dans les politiques nationales et locales, tant pour une production renforcée et des rendements plus importants que pour faire diminuer drastiquement les pertes et gaspillages dont nous venons de parler.

- Eradiquer la famine a un prix. Et vraisemblablement les fonds débloqués jusqu'à présent pour atteindre cet objectif ne suffisent pas. Quelle serait la solution pour que le financement de cette lutte soit à la hauteur des enjeux actuels?

La sécurité alimentaire a besoin, comme la sécurité hydrique, d'un pacte global comparable aux engagements pris pour le climat il y a deux ans à Paris. Cela signifie que les institutions internationales et les Etats, en termes d'investissements, doivent immédiatement s'engager sur des objectifs chiffrés à moyen terme.

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