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Famine: la communauté internationale ferme les yeux sur la crise alimentaire africaine

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FAMINE AFRICA 2017
Siegfried Modola / Reuters
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Photo: Des femmes portent des boîtes de nourriture fournies par le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM), dans le village de Rubkuai, Soudan du Sud, 16 février 2017.

ENVIRONNEMENT - Triste constat: la famine est de retour sur le continent africain. Cela fait plusieurs mois que le manque d'eau aggravant l'insécurité alimentaire continue de frapper chaque jour un peu plus durement de nombreux pays comme, entre autres, l'Ouganda, le Soudan du Sud, le Kenya, la Somalie, l'Ethiopie, le Nigéria ou encore la Tanzanie.

À l'heure où 20 millions d'Africains touchés par ce phénomène ressentent le besoin de recevoir une assistance humanitaire de toute urgence, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) avance dans une étude poussée que vingt-huit des trente-sept pays nécessitant une aide alimentaire externe dans le monde proviennent d'Afrique.

La principale raison de cette famine sans précédent durant les dernières décennies est la hausse constante des températures à la surface du globe qui, aujourd'hui encore, est loin d'être maîtrisée et ce malgré les débuts de solution apportés ainsi que les efforts collectifs réalisés aux quatre coins du monde. Visiblement, ce qui a été fait jusqu'à maintenant ne suffit toujours pas.

Selon les experts de l'Agence française de développement (AFD), la situation est grave. Ils estiment que d'ici la fin du siècle, les températures auront augmenté d'au moins 3°C en moyenne à l'échelle planétaire. Pour les régions du monde les plus arides comme le continent africain, cela pourrait provoquer un déficit pluviométrique important, une forte baisse de la qualité et de la quantité des ressources hydriques disponibles, une dégradation des sols, une perte de fertilité des terres et par conséquent une très importante chute des rendements agricoles.

Le pire reste-t-il donc à venir? Pas forcément. Pas si la communauté internationale réagit.

Au-delà de la dimension environnementale du problème, un second facteur aggrave la situation: la faible mobilisation des pays occidentaux. Dans ce sens, Françoise Sivignon, présidente de l'ONG Médecins du monde, déplore que la répétition régulière des périodes de sècheresse et de famine en Afrique provoque une certaine lassitude, une accoutumance, une sensation d'impuissance perçue par le reste du monde face à l'ampleur de cette crise humanitaire.

La sensibilisation ne passe plus. La solidarité s'efface. Les investissements faiblissent. A titre informatif, pour le moment, seulement 20% des 4,4 milliards de dollars nécessaires pour mettre un terme à la guerre de la faim ont été mis sur la table.

Autre problème de taille: la pauvreté, les tensions sociales, les violences et l'instabilité politique déchirent certaines nations là où les populations sont affamées, là où les hommes de pouvoir sont bousculés par le peuple, là où des combats compliquent la libre circulation de denrées alimentaires, là où la faim est devenue une arme.

Apporter une solution à la crise alimentaire en Afrique, c'est s'engager pleinement dans la lutte contre le réchauffement climatique mais pas seulement. C'est aussi prendre position dans des conflits politiques locaux complexes qui diffèrent d'un pays à un autre. Dans de telles conditions, beaucoup de puissances occidentales choisissent de ne pas se prononcer, de fermer les yeux, de laisser faire...

Triste projection: en 2018, l'Afrique devrait être marquée par une crise alimentaire encore plus forte et répandue que cette année.

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