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COP23: la crise de l'eau au cœur de nombreux débats à Bonn

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cinoby via Getty Images
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ENVIRONNEMENT - Sous la pression de publications de nombreuses études environnementales très inquiétantes suite à la COP22 de Marrakech, les signataires de l'accord universel de Paris sur le climat se sont donnés rendez-vous cette semaine à Bonn, en Allemagne, pour la 23ème session de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP23). L'objectif de cet événement: mettre en place de nouvelles actions visant à lutter contre la hausse continue des températures à l'échelle planétaire.

Sur place, les discussions se succèdent. Les débats se ressemblent. Certains projets verront le jour. D'autres non. Et l'un des thèmes qui préoccupe de plus en plus d'experts et d'intervenants est l'insuffisance des services d'assainissement et le manque d'accès à l'eau potable entravant considérablement le développement de millions de personnes dans le monde.

En Afrique, alors que ce continent dispose de plus de 5.000 milliards de mètres cubes d'eau dans ses nappes phréatiques, environ 320 millions d'habitants ne bénéficient pas d'eau potable. Or sans cette ressource naturelle, maintenir une bonne hygiène de vie est impossible.

Face à ce constat accablant, les tensions sociales grandissent et la santé des Africains empire dans ces zones géographiques asséchées, isolées, pauvres et délaissées par les politiciens locaux.
Selon Christian Bolé, journaliste reconnu expert de l'actualité africaine pour de nombreux médias internationaux, 70% des lits d'hôpitaux en Afrique subsaharienne seraient aujourd'hui occupés par des personnes souffrant de maladies liées à l'assainissement ou à la mauvaise qualité de l'eau.

Aussi, selon une étude publiée par le Groupe intergouvernemental des experts du climat (GIEC), 19 hot spots dans le monde subiraient actuellement un stress hydrique anormalement élevé. En tête de liste, beaucoup de pays africains comme, entre autres, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, l'Egypte, la Libye, l'Afrique du Sud et de nombreuses nations de l'Afrique de l'Ouest et de l'Est.

Le réchauffement climatique, le déficit pluviométrique, la baisse des niveaux de l'eau dans les réservoirs naturels, la surexploitation des nappes phréatiques, la dégradation et l'envasement des bassins hydrographiques rendent de plus en plus difficile la gestion de la quantité et le contrôle de la bonne qualité des ressources hydriques.

De plus, au moment où la croissance démographique africaine explose, les grandes métropoles et agglomérations satellites accentuent la pression sur les ressources en eau dans le continent. Explorer d'autres pistes telles que les possibilités d'investissement dans l'exploitation des eaux souterraines, le recyclage des eaux usées et la collecte des eaux de pluie semble plus que jamais primordiale.

Dans le but d'alerter les autorités publiques et les institutions internationales sur cette situation, de nombreuses protestations populaires s'organisent un peu partout en Afrique. A titre indicatif, le mois dernier, des "manifestations de la soif" contre les pénuries d'eau ont eu lieu à Zagora, dans le sud du Maroc, et se sont terminées par de violents affrontements entre les forces de l'ordre et les manifestants. Au nord de l'Algérie, le problème d'accès à l'eau potable a suscité des tensions dans les rues de Sétif. En Tunisie, là où les habitants sont dépendants des pluies hivernales et du remplissage des barrages, des marches dans des zones défavorisées qui auraient mal tourné ont aussi été rapportées.

Guangzhe Chen, directeur principal du pôle mondial d'expertise en eau de la Banque mondiale, commente: "des millions d'individus se trouvent aujourd'hui inexorablement pris dans le piège de la pauvreté à cause de l'inefficacité des services d'eau et d'assainissement qui est un facteur du retard de croissance et d'affections débilitantes. Il faut davantage de ressources ciblant les zones à forte vulnérabilité et à faible accessibilité pour combler les déficits et améliorer ces services, ce qui donnera à tous des chances égales de réaliser pleinement leur potentiel".

En attendant une solution collective, l'or bleu qui se fait chaque jour un peu plus rare dans les régions arides du sud du globe préoccupe de nombreux experts qui comptent se faire entendre à l'occasion de la COP23 et ainsi récolter des fonds pour agir rapidement. Lors de cet événement, l'une des priorités de l'ONU est de rappeler au monde entier l'impératif d'accroître les efforts pour ménager les ressources hydriques et favoriser l'accès à l'eau potable aux populations les plus vulnérables.

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