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Changement climatique: de la sécheresse des terres à la migration d'un peuple

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GLOBAL WARMING
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Hausse inquiétante des températures, périodes de sécheresse prolongées, inondations à répétition, chute libre des rendements agricoles, baisse des denrées alimentaires, montée continue du niveau de la mer, dégradation des fonds marins, accès à l'eau de plus en plus limité... L'année 2016 a été la plus chaude enregistrée depuis le début des relevés contemporains en 1880 et ce phénomène a engendré de nombreuses conséquences catastrophiques à échelle planétaire. Mauvaise nouvelle pour tous: cette situation n'est pas près de changer.
Selon un récent rapport publié par l'Organisation des Nations unies, cette tendance devrait même s'aggraver dans les prochaines années et ce à un rythme effréné. Dans cette même étude, l'ONU pointe du doigt les premières victimes directes du changement climatique: la population africaine.

En Afrique, l'incroyable baisse de la production agricole provoquée par le réchauffement de la planète ainsi que l'explosion démographique que subit le continent devraient très probablement exercer une pression supplémentaire sur un système de production alimentaire déjà très fragile. Dans un tel contexte, si la situation perdure, les africains ne pourront subvenir qu'à 13% de leurs besoins nutritionnels d'ici à 2050, date à laquelle un quart de la population mondiale devrait naître sur ce continent. Face à ce constat pour le moins dramatique, la Commission économique pour l'Afrique (CEA) tire la sonnette d'alarme et explique qu'il existe un lien très clair entre le réchauffement de la planète, la détérioration des paysages ruraux et de l'agriculture, l'augmentation des problématiques hydriques et la croissance constante du taux de sous-alimentation. Elle affirme aussi qu'il suffira d'une augmentation de moins de 2ºC pour accroître d'entre 25 et 95% le nombre d'africains souffrant de graves problèmes liés à la nutrition (+25% en Afrique centrale, +50% en Afrique de l'Est, +85% en Afrique australe et +95% en Afrique de l'Ouest).

Devant cette insécurité alimentaire, les hommes de pouvoir tremblent. Leur principale crainte? Que cette catastrophe humanitaire débouche sur une instabilité sociale comme cela avait déjà été le cas par le passé. Rappelez-vous, il y a tout juste dix ans, plusieurs pays avaient connu des émeutes en réaction à une incroyable inflation des prix des produits alimentaires de première nécessité. Autre exemple à l'appui, en 2010, des centaines de manifestants étaient descendus dans les rues au Mozambique pour protester contre une hausse de 25% du prix du blé. L'augmentation soudaine de la valeur du pain avait alors provoqué des violences, des pillages, des incendies, et même des morts.

Les conséquences climatiques sur la sécurité alimentaire favorisent les tensions sociales et incitent naturellement les populations en quête d'une vie meilleure à quitter leur pays d'origine. Selon un rapport récemment publié par l'International Displacement Monitoring Centre (IDMC) et le Norwegian Refugee Council (NRC), dans les trente prochaines années, nous devrions comptabiliser un peu plus de 250 millions de réfugiés climatiques vivant dans les pays de l'hémisphère Nord avec une forte concentration en Europe. Aujourd'hui, si le Vieux Continent en sent déjà les effets directs et indirects, Monique Barbut, secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), relativise et prévient que "l'ampleur de ces migrations va excéder ce que nous connaissons actuellement". Mais cette prévision n'est pas nouvelle. En mars 2008, un rapport du Haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité identifiait déjà les zones les plus susceptibles au changement climatique en cours. "Les changements climatiques risquent d'avoir, à l'avenir, des incidences sur la stabilité sociale et politique au Proche-Orient et en Afrique du Nord", précisait le rapport. Dans ce même document officiel, il était inscrit que les tensions liées à la gestion des ressources hydriques et alimentaires allaient s'aggraver à cause du réchauffement climatique. Dix années plus tard, l'actualité confirme ces projections.

Aujourd'hui, l'Afrique se retrouve donc dos au mur. Sa mission presque impossible, selon de nombreux sociologues et économistes locaux, consiste à freiner cette crise humanitaire qui ne cesse d'empirer au fur et à mesure que le temps passe et que les températures continuent d'augmenter. Le peuple africain se voit désormais contraint de lutter de manière active et permanente contre le réchauffement climatique planétaire, une bataille contre la montre qui coûterait plusieurs milliards de dollars par an. Concernant l'Europe, l'objectif est clair: apporter des aides financières et accompagner l'Afrique dans son combat environnemental afin de limiter des flux migratoires très denses que le continent ne saurait supporter.

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