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Une soirée enrichissante: Azar, l'Algérie s'enracine

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"Azar, l'Algérie s'enracine", le 26 mai 2016 au Riadh el Feth, salle Zinet, une projection d'un film réalisé par Nejma Rondeleux et son frère Mehdi. Une soirée enrichissante autour de ce film en trois épisodes, résultat d'un voyage dans différentes régions de l'Algérie.

Une soirée intime pour un public privilégié qui a eu le mérite d'aborder des thèmes quelque peu méconnus en Algérie. Ces thèmes plus actuels en Europe sont pourtant urgents pour l'Algérie. Nejma Rondeleux, journaliste basée à Alger, a organisé cette soirée de projections autour d'initiatives écologiques d'un très grand intérêt.

Le film présenté, une oeuvre de Nejma et Mehdi Rondeleux, forçait à provoquer des prises de conscience et des réflexions sur notre amie "la terre" qui nous est gracieusement prêtée, sur les diverses problématiques des comportements sociaux face aux déchets, sur l'exploitation agricole intensive utilisant pesticides et chimies nocifs à la santé humaine, sur la raréfaction des ressources, sur l'abandon des cultures ancestrales.

Des réponses à ces grandes questions en Algérie ? Oui !

Le premier épisode se passait en Kabylie et relatait cette artisane Ouardia Sokri de Beni Yenni qui utilisent les noyaux d'olives pour en faire des perles qu'elle peint en rouge, et avec lesquelles elle confectionne des bijoux kabyles. Une alternative au corail traditionnellement utilisés par les bijoutiers amazigh d'Afrique du nord. Le corail, cela n'est pas un secret, est en voie de disparition.

Le deuxième épisode dans les environs d'Alger et Blida relatait l'expérience de cette ferme bio dans la réserve naturelle de Chréa, qui fait dans l'agro écologie, le compost et le biologique, respectueux de l'environnement et de la santé. A la base de cette expérience, le collectif Torba qui a co-investi dans la ferme de Bouinane.

Cette ferme propose à l'achat à ses visiteurs un beau panier de fruits et légumes bio, cultivés à la ferme. Le but est de valoriser les produits du terroir et d'œuvrer pour un retour à la terre nourricière. Il cherche à promouvoir l'utilisation du compost. Torba met en avant cette question impérative : "Quelle terre allons-nous laisser à nos enfants, et quels enfants allons-nous laisser à notre terre ?".

Le troisième épisode se situait dans le sud-est de l'Algérie et relatait le drame de la région quasi abandonnée d'Oued Souf. Une région aux multiples palmeraies enfouies dans des creux de dunes, les "ghout", où l'on cultivait les dattes depuis des centaines d'années. Une région unique en Algérie, voire dans le monde. Le drame vient du fait que les jeunes abandonnent ces palmeraies et la culture du palmier dattier périclite et disparaît lentement dans les sables du désert. La beauté de ces palmeraies, vu du ciel, est inégalée et constitue avec la protection de cette culture agricole traditionnelle un défi pour l'avenir.

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Nejma Rondeleux, pour la prise de son et Mehdi Rondeleux pour les images et le montage, en choisissant ces trois points de l' "au dehors" d'Alger, la capitale, nous montrent des expériences étonnantes qu'on a presque des difficultés à y croire tant elles sont innovantes. Dans son introduction de bienvenue, Nejma Rondeleux a souligné que ce film voulait parler de l'Algérie de l'intérieur, peu mis en valeur. Ce n'est pas un hasard si le titre Azar a été donné à ce film. En effet "Azar" signifie "racine" en tamazigh.

Suite à cette projection, ce fut une salle intéressée, dont plus d'un avait d'excellentes notions des thèmes abordés qui alimentèrent la partie questions/réponses de la soirée. Un dialogue riche et agréable s'est instauré entre les personnes compétentes ou relatées dans le film, montées sur scène et les personnes présentes dans la salle.

Quant à moi, peu versée dans ces questions, j'ai été épatée d'entendre le professeur Abdenour Nouiri qui a cité Pierre Rabhi et son livre "Vers la sobriété heureuse", publié aux éditions Babel.

Ce français d'origine algérienne du grand Sud de l'Algérie est une personnalité remarquable sur la question de l'environnement et de l'agriculture biologique. Lire son livre est un must. C'est une philosophie dont chacun devrait de s'inspirer.

Le professeur nous exposa aussi son expérience du compost. Il en fait chez lui. Car, dit-il, à un public médusé et étonné, il y a de l'or dans nos poubelles. Il nous décrivit comment on fabrique du compost et nous apprit que le faire sur son balcon est chose facile.

Le compost, voilà une idée nouvelle, non pas que cela n'a jamais existé. Bien au contraire, mais il s'agit d'un usage abandonné, oublié et redécouvert grâce à des Pierre Rabhi et autres personnalités, sur le devant ou l'arrière de la scène, férues d'environnement, d'écologie et de désir de protéger notre planète. Devenir l'ami de la planète, un but qui, pour se faire, exige de nous de changer notre mentalité, notre approche de la consommation, de la gestion des déchets ... et plus encore.

Manger sain, produire sain, tout naturellement on glisse à nouveau vers l'expérience du collectif Torba qui fait de la Parma-culture et qui œuvre à former des citadins à recycler leurs déchets ménagers et à cultiver des produits maraîchers à moindre frais sur des balcons et des terrasses, au pied d'immeubles d'habitation, sur des toits de parking ... dans les villes, car 70% de la population algérienne vivra dans les villes d'ici 2025.

La réflexion se portait aussi sur la disparation d'une ressource causée par une consommation à outrance comme avec le corail ou sur les conséquences d'un abandon d'une richesse ancestrale comme les magnifiques cultures de palmiers dattiers dans le sud est algérien immortalisées par le photographe Yann Arthus Bertrand, qui risquent de disparaître faute de relève et d'entretien. Une région à sauver impérativement aussi pour la beauté de ces minuscules oasis vertes qui parsèment le grand erg oriental.

Réfléchir sur sa consommation journalière. Réfléchir au bienfait de privilégier les produits biologiques cultivés sans pesticides chimiques et nocifs et sur la force du consommateur qui, par ses choix d'achats, prend une position qui soutiendra la production saine. Tout bénéfice ira à sa santé!

La Parma-culture va plus loin encore et vise une production agricole durable, économe en énergie (autant en carburant qu'en travail manuelle et mécanique) et respectueuse des êtres vivants et de leurs relations réciproques, en laissant toutefois à la nature « naturelle et sauvage » le plus de place possible.

Nejma Rondeleux qui animait ce débat fait un travail de pionnière en Algérie en la matière. Petite blonde généreuse qui promet de donner beaucoup dans ce pays qui en a fort besoin.

AZAR - L'Algérie s'enracine from Touch Wood on Vimeo.

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