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Hassan, réfugié symbole de la part maudite de l'humanité

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Hassan, l'âme solitaire qui par le désir de vouloir vivre pleinement sa vie et par souci de s'arracher au désert d'une existence d'apatride s'est donné la mort. Quelle solution reste à un être privé de sol, de nationalité, et qui est encore animé par un désir d'attachement (patriotique ou de reconnaissance) national?

La solitude deviendrait-elle l'unique alternative pour celui qui vit et qui se trouve privé de toute nationalité? Qu'est-ce qu'une subjectivité en dehors des liens sociaux, affectifs et politiques?

N'est-ce pas cela la situation d'exil? Un être partagé entre le désir de devenir pupitre d'une nation palestinienne et le triste sentiment de ne pouvoir donner corps à ce rêve.

Le "sol" se dessine comme potentiellement toujours ailleurs au plus profond de soi pour un être privé de "sol". Or, le "sol", la terre, le "territoire" restent et demeurent des conditions de possibilité de réalisation de la vie de tout être humain. Une vie digne et qui vaut la peine d'être vécue!

Que sont des êtres qui en sont privés?

Mis en situation de quasi-inexistence par le statut de réfugié palestinien qu'il a hérité du hasard d'être né sur un sol qui, apparemment, ne lui en est pas un, Hassan cherchait par ses pas et par sa danse un sol solide qu'il n'a pas trouvé.

Vivre dans une aliénation économique et politique qui est malheureusement celle des réfugiés sans droits ni avenir, il a tout perdu dans le sens d'Arendt:

"La première perte que les 'sans droits' ont subie a été la perte de leur résidence, ce qui voulait dire la perte de toute la trame sociale dans laquelle ils étaient nés et dans laquelle ils s'étaient aménagé une place distincte dans le monde [...] Ce qui est sans précédent ce n'est pas la perte de résidence c'est l'impossibilité d'en retrouver une [...] Personne ne s'était rendu compte que le genre humain, [...] avait atteint le stade où quiconque était exclu de l'une de ses communautés fermées [...] se trouvait du même coup exclu de la famille des nations" (Arendt, 1951 : 276).

Situation de désolation puisqu'elle ne lui permet pas non plus d'avoir ailleurs un "sol"; et par là même en jouir des droits. Il est donc privé de tout droit à avoir des droits. Il symbolise la situation de toute une population.

Comme disait Arendt, cette perte atteint la construction même des identités de ces réfugiés: "La perte de leur citoyenneté ne privait pas seulement les gens de protection, mais elle leur ôtait également toute identité nettement établie, officiellement reconnue" (Arendt , 1951: 266).

Gentil, aimable, doux, il est, humilié, opprimé, par la force des choses.

Que peut-il devenir? Fou? Violent? Que veut dire fou? Que veut dire violent?

Toutefois, le statut des réfugiés palestiniens ne constitue pas encore l'objet d'une théorie universitaire enseignée, comme l'a montré Frantz Fanon pour l'Algérien.

La prétendue soif de violence des réfugiés palestiniens a été évoquée dans plusieurs thèses, ils sont le bouc émissaire d'une idéologie sioniste qui hante le monde entier.

Qui accuse-t-on de leur état? Les lois? Les régimes politiques? La société? Le Liban? La Syrie? Israël? La communauté internationale? Les pays arabes?

La thèse privilégiée est celle des réfugiés palestiniens violents! Héréditairement violents!

Il y a chez eux une impossibilité à se discipliner, à canaliser leurs pulsions. Oui, les Palestiniens sont des impulsifs congénitaux. Mais oui, aussi et surtout, leur éradication territoriale et symbolique, aujourd'hui, a brisé le temps et leur lien au monde.

Les réfugiés palestiniens se mettent hors la loi, ils sont des violents de naissance diraient certains, mais ils ne diront jamais que la loi les a mis hors d'elle et hors d'eux-mêmes. Entre la désolation, la difficulté d'être soi et la perte du monde, que vaut la vie?

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