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Toi, l'Arabe que je ne vois pas comme un étranger

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Lorsque l'on se regarde en chien de faïence, que l'on ne se comprend plus, que l'on ne s'entend plus, que l'on ne se voit plus, que l'on s'ignore ou que l'on ignorerait ce que sont nos dénominateurs communs... Est-ce ainsi que devrait fonctionner l'humanité? Est-ce ainsi que les hommes devaient se comporter?

أنت قلب حياتي، مصدر أفكاري

Tu es le cœur de ma vie, la source de mes pensées...

Si tu diffères de moi par la langue ou l'écriture, cela ne m'atteint pas, cela ne me dérange pas.

Parce que ton écriture est aussi belle que la mienne. Parce que tes mots résonnent et chantent en mon cœur. Ils ont cette poésie et cette beauté intérieure. Ton écriture forme comme d'élégants dessins et petites spirales, des arabesques, dit-on, qui vont et viennent lorsqu'elles serpentent de droite à gauche.

Que je rêverai alors d'être un grand calligraphe, de posséder l'écriture cursive ou coufique, ainsi j'écrirai l'amour en langue arabe et je pourrai te dire en arabe et en français ce que de toi, j'aime et espérer que de moi, tu aimerais aussi.

J'écrirai : كم هي جليلة تلك اللحظات التي سمت بأرواحنا ونحن نسافر معا بين طيات سماء حبنا النبيل ....

Comme il est merveilleux cet instant royal où on voyage sur le ciel de notre amour noble et je regarderai tes yeux...

J'entendrai aussi tes sonorités, tes mots, tes verbes, tes phrases.

Je serai assis devant tes murs blancs, pas loin de tes oliviers, de la mer qui nous sépare et dont les rives sont encore trop éloignées, à côté d'une petite mosquée, toute de blanc vêtue, pas loin de ma synagogue tunisienne.

Regardant au loin, ce que tu es pour moi.

Tu n'es pas l'étranger, nous avons le même père. Tu n'es pas l'étranger, tes mots soufflent au vent comme les nôtres. Tu n'es pas l'étranger, tu ris et souris comme nous. Tu n'es pas l'étranger, parce que je ne serai pas musulman, tu aimes tes enfants, comme nous aimons les nôtres. Tu rêves d'un monde meilleur, je l'espère. Nous aussi.

Tu n'es pas l'étranger, notre monde est semblable, notre Terre est nourricière, nous voyons le même ciel, approchons du même soleil, regardons les mêmes nuages, chérissons les mêmes couleurs de la vie, espérons en la joie et en la gaité de cœur. Tu n'es pas l'étranger, toi dont j'entends les pulsations battre.

Et je te dis ou j'espère que tu entendras ma supplique: "Qu'il est bon et agréable d'être assis ensemble comme des frères" (Psaume 133, v.1).

Je rêve, je continuerai de rêver de tes paysages d'histoire, de ton cœur, de tes minarets, de tes palais enchantés, de tes grâces multiples, de toutes les nuances du djebel et de ton désert, de ta/tes médina(s), de tes vieilles villes, de tes palmeraies, de tes briqueteries, de tes tissus, de tes bijoux, des yeux de tes femmes, des apparats, des sons et lumières, de ton accueil bienveillant.

Tu n'es pas l'étranger et je ne peux pas te détester, car le Lévitique (19) me rappelle que ... "Si un étranger vient séjourner avec vous dans votre pays, vous ne l'opprimerez point" (19.34).

Le Lévitique me rappelle que "Vous traiterez l'étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous; vous l'aimerez comme vous-mêmes, car vous avez été étrangers dans le pays d'Egypte. Je suis l'Eternel, votre Dieu" (19-35).

Tu n'es pas l'étranger.

Parce qu'il faut vouloir voir au-delà de ce que nous sommes, de ce que nous vivons. Imaginer d'autres vies, d'autres lieux, d'autres pensées, d'autres vécus et ne pas, ne plus croire que nous serions, sommes le centre, l'épicentre, le delà et l'au-delà. Comme si nos petites vies, nos héritages et notre culture formaient un tout. Alors, que de partout s'éveillent d'autres vies, se disent les choses, se vivent les moments, se pensent et s'aiment tant de gens que nous ne voyons pas et qui ne nous disent rien. Absolument rien, hélas.

Tu n'es pas l'étranger car je ne puis ignorer que de nos veines coulent le même sang et que mon/notre sang est semblable à celui d'un autre ; que mon cœur, notre cœur, nos cœurs, battent comme n'importe quel autre cœur en ce bas monde. Qu'il n'y a aucune différence entre les fibres, en notre peau blanche, jaune et noire, et que tous les êtres humains forment une chaîne, qui devrait être solidaire, belle et aimante.

Tu n'es pas l'Arabe si différent de moi le Juif, et je prie pour qu'il "soit bon et agréable un jour d'être assis ensemble comme des frères".

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