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Michel Boujenah, frère de Tunisie

Publication: Mis à jour:
BOUJENAH
Bertrand Rindoff Petroff/Getty Images
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Il y a là quelque chose de particulièrement désespérant et de profondément choquant lorsqu'en lisant la presse tunisienne et en surfant sur les réseaux sociaux, j'apprends qu'en Tunisie, l'artiste franco-tunisien Michel Boujenah fait l'objet d'une campagne d'intimidation, de boycott et d'insultes, parce qu'il pourrait se produire à Carthage.

Sous le fallacieux prétexte qu'il serait un ami d'Israël, des meutes déchaînées s'en prennent à l'artiste, le ton est particulièrement véhément, à croire que nous pourrions revenir au temps du bûcher. Ceux-là mêmes qui s'enflamment si ouvertement choisissent de mettre en avant l'opinion personnelle de l'artiste, disons son ressenti. En oubliant que chacun, tout un chacun peut et doit exprimer librement ses opinions. N'est-ce pas cela le propre de la démocratie? Par ailleurs, on peut être un ami d'Israël et militer pour la paix et la reconnaissance entre le peuple israélien et palestinien et œuvrer pour une franche reprise du processus de paix. Et, je n'ai jamais entendu que Michel Boujenah ne veuille autre chose que la paix règne enfin entre israéliens et palestiniens, en cette région tourmentée du monde. J'ai aussi entendu combien Michel Boujenah respectait les musulmans où qu'ils soient.

Ceux-là mêmes qui s'égosillent, oublient-ils que la Tunisie s'est battue pour que chacun puisse exprimer, s'exprimer en toute liberté, dans un processus qui serait démocratique? Dans une démocratie, le débat n'est pas éludé, la rage folle ne se substitue pas au débat et les tenants du débat -quelque fusse par ailleurs le sujet- ont et doivent avoir le droit d'exprimer leur point de vue, sans craindre d'être insulté et boycotté. Par ailleurs, que serait une démocratie, s'il fallait systématiquement boycotter et jeter l'anathème sur... sous le prétexte que l'on n'aimerait pas une politique, un pays, une idée, un genre, une loi, un mouvement, une forme...?

Justement, en cette forme nouvelle d'inquisition, peut-être trouve-t-on des gens qui ne supportent pas les juifs, fussent-ils tunisiens? Et si tel était le cas, je dirai qu'ils devraient avoir honte. Ce n'est pas cela la Tunisie.

Et quelle image veulent-ils donner de la Tunisie? Une Tunisie recroquevillée sur elle-même? Intolérante? Faisant la chasse aux artistes? Et quelle image cela donne-t-il de la Tunisie, dont nous savons à l'étranger, qu'elle est un pays d'ouverture, de tolérance, de bienfaisance et dont nous vantons les uns et les autres l'hospitalité et la gentillesse de son peuple.

Mais en plus, il y a là quelque chose d'incroyable.

Il n'y a probablement pas en France de meilleur ambassadeur de la Tunisie (mis à part, son propre ambassadeur) que Michel Boujenah, parce qu'il porte en lui tout l'amour de ce pays.

Qui mieux que Michel Boujenah a chanté et célébré son peuple? Sa grandeur, sa beauté? Qui mieux que Michel Boujenah a pleuré lorsque les tunisiens pleuraient et a ri lorsque les tunisiens riaient? Qui mieux que Michel Boujenah a défendu la Tunisie, se désolant de notre indifférence à l'égard de ce pays, prônant l'investissement, célébrant son amour? Boujenah a récemment déclaré: "Je me bats beaucoup pour que l'on aide la Tunisie. Je trouve que c'est dingue, insensé, irresponsable, fou... de la part des gouvernants européens, français, américains, de ne pas aider la Tunisie financièrement" a-t-il ajouté. "Ce qui est fou, c'est que la Tunisie, c'est ici. La distance Nice-Tunis est plus courte que celle séparant Nice de Paris. Il faut aider la Tunisie". Boujenah a conclu son ode pour son pays natal en affirmant que "La Tunisie, c'est le berceau de l'Humanité".

Que voulez-vous de mieux? Cela ne suffit-il pas?

Cela ne mérite-t-il pas le respect et l'humilité? Qu'il faille que des coquins privent Michel Boujenah de sa Terre, de son essence, de son sol, de son chant, de sa musique, de ses parfums, de sa beauté, de sa grandeur et de son peuple? De sa tunisianité?

Veulent-ils vous recroqueviller, sans le moindre allié, le moindre ami, sans le sourire de l'autre rive, du franco-tunisien qui dit et redit avec force qu'il ne fait aucune différence entre les enfants d'une même Terre, qu'ils fussent musulmans, juifs ou chrétiens? Et qui ajoute que le Tunisie est le berceau de l'Humanité? Encore que, pour être un berceau, il faut entrouvrir son cœur et non le fermer. Car, le fermer, ne serait-ce pas se fermer au monde et perdre son essence, sa fleur, sa beauté, son humanité?

La Tunisie, Terre pacifique de rencontres et de paradoxes, doit le rester. Ne pensez-vous pas?

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