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Mes chers amis de Tunisie, ce que j'ai Ă  vous dire

Publication: Mis Ă  jour:
TUNISIA PROTEST
SOFIENE HAMDAOUI/AFP/Getty Images
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Pourquoi devrais-je/ou pourrais-je avoir un avis sur vos vies, puisque je ne vis pas au milieu de vous? Suis-je ou serais-je à votre place, lorsque les prix augmentent, que la vie est difficile, que vous devez joindre les deux bouts, que le chômage mine la jeunesse, que le pays aux mille senteurs connaît des difficultés et que la jeune démocratie chancellerait? Que puis-je comprendre de Paris, de mon très plein d'occident de vos difficultés ? Que comprendre de votre classe politique, de vos combats, de votre souvenir/mémoire de la révolution ? De vos revendications? Et lorsqu'à Tunis, vous défilez, que la colère gronde, que le monde semble crouler sous vos pieds, vos manifestations. J'en entends parler. Je lis, je m'instruis.

Pourquoi pourrais-je écrire sur le sujet? Parce que j'aime votre pays. Parce que résonne en moi, cette douce musique de Tunisie, la couleur de son ciel, la blancheur de ses maisons, ses oliviers, sa terre, son eau, la mer, vos mères, la mienne. Ma mère a vécu 19 années de sa vie en Tunisie, ses premières années, elle m'a légué cet amour de votre pays. Qu'il est beau de dire votre nom : Tunisie. D'épouser vos lieux, de penser en ce lègue précieux: la tunisianité.

Sentir l'odeur du jasmin, le fil de vos vies, fut-ce de loin, car le fil n'est pas coupé.

Je sais que des manifestations ont lieu, elles sont autorisées en journées. Mais, je sais aussi qu'après vingt heures, des gens et des jeunes, prennent d'assaut la rue, coupent les routes, brûlent les pneus, pillent des magasins, veulent incendier des administrations... Cela me rappelle ce que nous avons connu à Paris, lorsque les défilés traversent rues et boulevards, arpentent les routes et que des bandes organisées de petits voyous, exploitent la misère des uns, pour brûler les abris bus, incendier les voitures, callassent les forces de l'ordre, avec une rage folle.

Est-ce une bonne manière de faire entendre sa voix? Que de se couper, que de vouloir couper d'une protestation, de ce que l'on aurait à dire, en choisissant ouvertement la violence comme expression? Et qu'est-ce à Paris ou ailleurs que cette expression de rage qui suinte de folie? Que cherchent-ils, cela? Si ce n'est de casser? Si ce n'est de brûler? Si ce n'est de vouloir en découdre avec le monde entier, à la place de construire? De s'unir? De donner? D'aimer? De faire? De penser?

Les préoccupations sont profondes et sérieuses, trop sérieuses, pour que l'on détruise. Les préoccupations sont profondes et sérieuses pour que l'on ne veuille semer que la violence et la pagaille. Votre pays est si beau, trop beau, pour qu'on le brûle, le viol de sa rage.

Je dois au moins vous dire, à quel point, je fus désolé que nos belles rues parisiennes, deviennent d'affreuses cibles, les uns jetant pavés et cailloux, voulant même brûler un hôpital.

Gardez-vous de ces réactions, de cette folie.

Je veux ajouter quelque chose qui me trouble profondément. Dans la soirée du mardi 9 janvier, des inconnus ont tenté de mettre le feu à une synagogue dans la Hara, quartier juif relevant de Houmet Souk à Djerba et à une autre. Tentatives échouées, durant laquelle des cocktails Molotov ont été utilisés contre la/les synagogues. Je ne sais pas si cela a un rapport avec les manifestations, dont nous venons de parler. Mais, depuis quand proteste-t-on en attaquant un lieu de culte et qu'est-ce que ce sacrilège?

La Tunisie, ce n'est pas le fer, le feu et le sang. La Tunisie a un nom qui est beau, qui est fier, qui prône l'amour de son prochain, qui chante, qui ensorcelle au son de l'oud, au vol des hirondelles, au bleu du ciel. C'est cette Tunisie qui est dans mon cœur, ce n'est pas celle qui pille, casse, crie, jette et veut lancer des cocktails Molotov.

Les difficultés se résolvent, le monde est troublé, les gens ont mal. Mais, devant la dureté et la difficulté, faut-il casser le pays? Ou bien, fraterniser?

Je suis loin, au loin mais je pleure de voir la Tunisie avoir mal et ce que j'ai à vous dire vient du cœur. Ce cœur bat au rythme du vôtre. N'en doutez pas. Sinon, prendrai ma plume pour vous dire ce que j'ai à cœur de vous dire?

Ne malmenez pas vos rues, pas plus que vous ne devez toucher aux Lieux saints.

Tunisie, je t'aime. Crois en toi et relève-toi, mais pacifiquement. Car tu es Tunisie et que tu portes un mot d'amour.

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