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Il avait déclaré qu'il y avait "trop d'enfants musulmans dans les écoles de sa ville"...

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ROBERT MENARD
RAYMOND ROIG/AFP/Getty Images
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En France, Robert Ménard, le maire de Béziers, proche du Front national, était poursuivi pour avoir publié sur Twitter le 1er septembre 2016 le message suivant: "#rentréedesclasses: la preuve la plus éclatante du #GrandRemplacement en cours. Il suffit de regarder d'anciennes photos de classe". Il est également visé pour avoir déclaré sur LCI (une chaîne d'information) le 5 septembre 2016: "Dans une classe de centre-ville de chez moi, 91% d'enfants musulmans. Évidemment que c'est un problème".

Ces propos procèdent de la "théorie" conspirationniste du "grand remplacement".

De quoi s'agit-il? L'essayiste, journaliste et romancier Frédéric Joignot l'explique dans un article du Monde (23 janvier 2014). Dans son livre autoédité "Le Changement de peuple", paru en 2013, l'économiste Renaud Camus détaille cette "théorie". Selon Renaud Camus, ce "remplacement" nous aurait fait perdre le sens de la patrie et de "l'épaisseur des siècles." Il aurait dissous la mémoire de notre histoire et de notre littérature, diluant les individus dans une "Grande Déculturation". C'est cette "hébétude" généralisée qui a permis aux élites corrompues d'orchestrer sans résistance une véritable "colonisation de peuplement" du pays par l'immigration maghrébo-africaine.

Bref, il s'agit bel et bien d'un fantasme qui ferait croire qu'il existerait un processus de substitution de population sur le territoire français métropolitain, dans lequel le peuplement européen serait remplacé par une population non européenne, originaire en premier lieu d'Afrique noire et du Maghreb. Ce changement de population impliquant, selon cette fumeuse "théorie", un changement de... civilisation.

Justement, les déclarations de Robert Ménard (citées ci-dessus) visent de manière expresse les musulmans dans leur ensemble laissant entendre qu'ils submergeraient les bitterois (non-musulmans). "Des propos qui tendent à susciter un sentiment de haine et de rejet à l'encontre des populations présentées dès lors comme une menace identitaire et collective pour l'identité française", selon Maître Stéphane Lilti, l'avocat de l'Union des étudiants juifs de France et de l'association J'Accuse. Deux associations qui se sont constituées parties civiles contre le maire de Béziers.

Robert Ménard a réduit ces enfants "à leur religion". "Peu importe qu'ils aient la nationalité française ou ne pratiquent pas", a déploré le procureur qui avait requis 1.800 euros d'amende contre l'élu et dénoncé que ce dernier ait choisi de "montrer du doigt des gosses". De fait, Robert Ménard a été reconnu coupable de "provocation à la haine et la discrimination raciale" ce mardi 25 avril 2017, par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Il ne faisait aucun doute que les propos poursuivis ont eu pour objet de désigner un groupe de personnes déterminées en raison de leur appartenance ou de leur non appartenance réelle ou supposée à une ethnie, une religion ou une « race » déterminée au sens des articles 24 alinéa 7 et 32 alinéa 2 de la loi du 29 juillet 1881.

Dans l'air du temps?

Plus généralement, ces propos sont bien dans l'air du temps, à un moment de forte lepénisation des esprits, de forte stigmatisation des minorités, des immigrés et des réfugiés et/ou d'antisémitisme. Parce que la situation politique en France est extrêmement complexe et périlleuse, en raison également mais pas seulement de la montée des populismes et de l'extrême-droite, qui veulent fermer, enfermer la France et renient les fondamentaux républicains.

Je rappelle et souligne ici que, dans le grand concert mondial des nations, l'identité de la France s'est en fait, au fil du temps, forgée parfois autour des grands principes de la République, pour constituer le socle d'un édifice républicain dans l'alliance de ces principales composantes énoncées dans la Constitution française: la Liberté, l'Egalité, la Fraternité, la Laïcité et la Démocratie. Ils se traduisent par des droits intangibles, à la fois politiques et sociaux, qui ont été reconnus aux citoyens par les différents régimes républicains.

Or, et en ce qui concerne le Front National, la matrice du FN est toujours constituée par le rejet DE ou D'UN ennemi de préférence très ethnicisé (hier le Juif, aujourd'hui: l'immigré ou le musulman). N'est-ce pas là la fameuse recette du bouc émissaire?

Pour Alexandre Dézé, Maître de conférences des universités en science politique à l'Université Montpellier, la dénonciation de l'islamisme occupe "une place de plus en plus importante" dans le discours du FN parce que cette thématique permet de dénoncer l'immigration d'une façon bien plus acceptable pour l'électorat".

Et de conclure : "L'arrière-fond xénophobe ne change pas. La manière de l'enrober, si." Marine Le Pen ne peut plus dire si ouvertement comme son père que les étrangers prennent le travail des Français ; aussi parler de laïcité lui permet-il d'éviter les accusations de xénophobie : ce n'est pas à l'immigré, à l'étranger que l'on s'attaque, mais à l'islamiste, au nom des valeurs de la République (cité par Abel Mestre, Le Monde, 20 septembre 2012).

Par ailleurs, le FN continue de proposer un programme qui a pour thème central la préférence nationale. De fait, les propos de Robert Ménard s'inscrivent dans cette stigmatisation et sont bel et bien dans l'air du temps.

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