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Pourquoi il faut casser le mythe du "bon coup" au lit

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GOOD SEX
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"Beauté, argent, pouvoir et célébrité, d'accord. Mais le sexe!? Comment peux-tu dire que c'est une illusion du bonheur ?". Voilà une réaction fréquente quand je parle de mon nouveau livre, Le bonheur sans illusions, où je mène l'enquête sur les bases d'un bonheur durable.

Mes interlocuteurs ont raison de s'étonner: qui pourrait nier que le sexe est une source de plaisir - l'une des rares, en plus, qui soit accessible quel que soit le niveau de vie? Même la recherche scientifique a montré que le sexe peut rendre heureux... jusqu'à un certain point toutefois: une fois par semaine - au-delà, la fréquence des rapports n'a plus d'effet sur le niveau de bonheur.

Alors, pourquoi traiter du sexe parmi les illusions du bonheur? Tout simplement parce que le sexe offre un exemple très fort de la différence entre bonheur et plaisir, et des risques que peut comporter une course effrénée aux plaisirs.

En matière de sexe, la quête de performances peut vite prendre le dessus. Etre "un bon coup" devient le graal: "Si seulement j'étais James Bond/Sharon Stone au lit, je serais clairement plus heureux"! Mais qu'est-ce que c'est, au juste, "être bon" au lit? Cela fait-il le bonheur?

Dans un environnement baigné de culture pornographique, il devient de plus en plus difficile d'identifier ce à quoi aspirent vraiment les hommes et les femmes. Rappelons que presque 70 % des jeunes Français apprennent le sexe à travers la pornographie, et que plus de 60% d'entre eux essaient de reproduire les scènes filmées - dont 88% contiennent de la violence physique. A l'échelle mondiale, une recherche sur cinq sur les mobiles a trait à la pornographie. Ajoutons les fantasmes véhiculés par les super-productions hollywoodiennes, de Neuf Semaines et demi à Eyes wide shut en passant par le désormais cultissime 50 Shades of Grey, qui finissent par devenir des "figures imposées".

Résultat? Les jeunes sont de plus en plus angoissés de ne pas être "à la hauteur" de ces références-là. 45% des hommes déclarent vouloir un sexe plus grand - alors même qu'en réalité, 85% des femmes se disent tout à fait satisfaites de la taille du sexe de leur partenaire. Un grand nombre de jeunes hommes pensent aussi que la durée de l'acte sexuel est d'une heure - alors que dans "la vraie vie", un rapport dure en moyenne 5,6 minutes. Du côté des femmes, 70% aimeraient avoir de plus gros seins - quand seulement 20% des hommes aimeraient que leur femme retouche ses seins*.

Maintenant, que désirent réellement les gens au lit? Interrogées sur la question dans de nombreuses enquêtes, les femmes parlent d'un homme qui fait attention à elles et qui prend son temps pour découvrir leurs corps. Les hommes, eux, évoquent une femme qui aime son corps, quelles qu'en soient les formes, et qui aime se faire plaisir. Et une grande étude menée par la marque de préservatifs Durex confirme que le mot le plus important dans les relations sexuelles est, à l'unanimité pour les hommes et les femmes... le respect!

Ce gap radical entre fantasmes et réalité, entre sexe et sentiment, aide-t-il à poser les bases d'un bonheur durable? On en doute: le sexe est souvent instrumentalisé, et la soif de performance nourrit complexes, dépression, sentiment de solitude ou d'incapacité.

Alors, quelle solution pour un "sexe heureux"? A mon sens, la prise de conscience et l'éducation avant tout. Les Danois par exemple ont décidé d'enseigner la sexualité sans tabous, y compris en montrant des films pornographiques - justement pour inviter les jeunes à bien faire la différence entre illusions et réalités. Cette approche décomplexée repose sur une philosophie de vie fondée sur la confiance, la liberté d'être soi-même, donc de parler de sa sexualité, de ses fantasmes, le moment voulu.

C'est aussi l'esprit de ce livre: investiguer, de façon très documentée, sur ces cinq ingrédients que la société nous a habitué à considérer comme des raccourcis faciles vers le bonheur -- beauté, argent, célébrité, pouvoir et sexe, afin d'identifier les bonnes batailles à mener pour être heureux.

Oui, le sexe peut être une grande source de plaisir. Mais l'accumulation de plaisirs - par définition fugaces, peut-elle construire un bonheur durable? Ne risque-t-on pas d'en devenir esclave? Peut-on fonder sa féminité ou sa virilité sur un nombre de conquêtes ou de positions?

Oui, une vie sexuelle épanouie, assumée et active participe au bonheur... à condition qu'elle rime avec respect et sincérité. Comme me confiait un ami, "C'est quand je suis tombé amoureux que j'ai compris la différence entre le sexe en soi, et faire l'amour avec une femme qui est tout pour moi."

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