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La Palestine d'abord, les "autres"... jamais?

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PALESTINE ISRAEL
James-Alexander via Getty Images
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INTERNATIONAL - Depuis quelques jours, l'opinion internationale s'emballe et les musulmans en particulier (à raison ou pas n'est pas le propos de cet écrit), suite à la prise de position de Trump reconnaissant Jérusalem comme capitale d'Israël. Trump, malgré les sentiments extrêmement négatifs qu'il m'inspire, n'a fait -au final- que confirmer la position étasunienne en la rendant "simplement" officielle. Que les Américains soient les alliés d'Israël n'est pas un scoop, voyons, un peu de bon sens, et le président du pays de l'Oncle Sam n'a fait que valider cette position de manière claire, contrairement à ses prédécesseurs qui n'ont pas "osé" par le passé. Courage ou pétage de plombs? Je ne saurais vous dire, mais passons, parce que la finalité est la même, quel que soit le lien de cause à effet.

Cette nouvelle, un vrai séisme dans le monde et c'est peu de le dire, a engendré bien entendu une levée de boucliers, des débats enflammés, des chroniques et autres articles visiblement énervés et un emballement de l'opinion publique pour le moins fascinant mais, ma foi, habituel. Bien entendu, les réactions qui m'intéressent plus particulièrement sont celles de mes compatriotes, les Marocains, qui ne sont visiblement pas très contents. Je vous rassure, je ne le suis pas non plus. Je n'aime pas tout ça même si peu concernée. Oui, peu concernée parce que géographiquement éloignée et accessoirement ignorante de l'histoire dont les versions des uns et des autres divergent. Tout ça me donne un mal de crâne! Si vous saviez! Moi, je suis partisane de la paix. La paix, c'est bien. Dans un songe candide, naïf et certainement déplacé pour certains esprits mal réveillés, j'aurais aimé que les protagonistes se réunissent devant un couscous ou une Dafina, restons clichés, et qu'ils fument un bon calumet de la paix. Mais passons. Là non plus, ce n'est pas le sujet.

Où est ce que je veux en venir? J'ai cru comprendre qu'une marche nationale s'organisait à Rabat "contre les propos de Trump". C'est bien. Je ne vais pas, cette fois-ci uniquement, vous dire qu'avec tous nos problèmes nationaux j'aurais aimé qu'on marche pour d'autres choses qui nous concernent plus "directement" (une fois n'est pas coutume, ne vous en réjouissez pas) mais j'ai envie de faire un truc. Il y a un truc qui me démange, qui est typique chez nous, que je trouve ridicule certes, mais je prends le risque du ridicule et imaginez que je vous pose cette question de manière enfantine, les poings sur les hanches: "Et les Rohingyas?" (on nous bassine bien avec les "et les Palestiniens?", même quand cette question atterrit dans des contextes bien éloignés!). Alors oui, et les Rohingyas?

Ces musulmans, autant que nos frères palestiniens et soyons communautaristes jusqu'au bout, subissent -dans l'état d'Arakan- des violences inouïes et un nettoyage ethnique en bonne et due forme. Ils sont chassés de chez eux, déportés, tués par milliers, brûlés vifs. Ils sont considérés (et c'est un grand mot, "la considération", dans ce cas) apatrides, n'ont pas le droit de se reproduire et ne sont même pas comptabilisés parmi les trente-cinq "races" composant la Birmanie. Ils n'ont pas accès à la nourriture en quantités suffisantes, ni aux soins, ni même à l'éducation. Walou. De plus, ils fuient vers les pays voisins en quête de sécurité et pour sauver leurs vies et celles de leurs enfants. Bref, ils sont une sorte de sous-race, du fait de leur religion essentiellement, qui subit les pires exactions dans une indifférence déconcertante. L'indifférence des "leurs" (les musulmans, j'entends bien, les mêmes qui se soulèvent pour Jérusalem aujourd'hui), de l'opinion internationale et de nous tous, les marcheurs du dimanche.

Oh! Je sais! Nous partageons les images de leur extermination sur Facebook en couronnant nos photos de profils de messages "forts". Je sais. Je sais que nous "pensons à eux". Je sais ce qu'est ce sentiment d'impuissance que l'on étale sur nos murs des lamentations virtuels. Mais pourquoi ne pas marcher pour eux? Pourquoi cette indignation très sélective? Les États-Unis sont aujourd'hui les "bourreaux" des palestiniens parce que partenaires d'Israël? Ok. Fine. La Chine, puissance économique qui n'a pas grand chose à envier au commun des mortels, est aussi partenaire de la Birmanie et ignore royalement les appels du pied -discrets j'imagine- de l'ONU qui l'interpelle afin de trouver une solution pour nos frères Rohingyas. La Chine n'en a rien à carrer aussi et reste premier partenaire économique de la Birmanie, malgré le génocide dont elle est coupable. Où est l'indignation? Où est l'appel au boycott des produits chinois? Où est le soulèvement des musulmans en soutien à leurs frères? À moins qu'il n'y ait des musulmans plus légitimes que d'autres, bien que j'en doute, mais si tel est le cas, vous excuserez alors ma chronique puant la concurrence victimaire à plein nez. Vous nous excuserez, moi et surtout ma naïveté que j'essayerai de mieux gérer dorénavant, je vous le promets.

Mouhim! Tout ça me fait poser une question, une dernière si vous me le permettez, qui me turlupine depuis plusieurs années: "Pourquoi ce sont les Palestiniens et toujours les Palestiniens qui ont l'exclusivité de nos protestations et de nos colères?". Je ne renie pas leurs souffrances que je condamne sans une moindre once de nuance ou de doute, mais quand je vois le mutisme et l'indignation à très moindre variante pour nos "autres" frères, je me demande si tout ceci, au final, est une question de "justice et de sensibilité" ou plutôt et simplement ce bon vieux conflit ancestral entre "juifs et musulmans" que l'on tait consciemment ou inconsciemment pour rester "religieusement et politiquement correct". Tout porte à croire que les Bouddhistes n'énervent pas autant les musulmans que les... "sionistes"? Je me le demande...

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