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"Ghir lmaghrib hada": la jeune relève

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SOCIÉTÉ - Je me demande souvent si je suis capable, en tant que jeune musulmane, marocaine, citoyenne d'un pays soi-disant "en développement", individu en cours d'apprentissage, être assez sensible en quête de savoir et de vérité, d'apporter ma propre critique lucide à ce monde-là, à l'environnement qui m'entoure et à la faire entendre.

Je me demande souvent si nous, citoyens du "tiers monde", avons les moyens de proposer un autre ordre du monde, sommes capables d'agir comme énergie de réforme, sans nous adapter seulement à l'état actuel du monde, de nous réconcilier d'abord entre nous, puis avec le reste du monde?

Des questions complexes, mais primordiales. Analyser le présent nous permettra de comprendre notre environnement, connaître ses failles, ses besoins, ses points forts et ses points faibles, bref, revenir aux sources des problèmes. Cela sera notre base afin de proposer des solutions.

Au Maroc, à titre d'exemple, notre système éducatif est dans un état lamentable, et plusieurs facteurs en sont responsables. Au lieu de nous attarder sur des solutions sans aucune base ou référence, au lieu d'apporter des avis et des opinions divers, de débiter des paroles ne servant à rien, de rester cloisonnés dans une vision d'un système éducatif liée aux différents gouvernements élus, il faut, plutôt, aller sur place, écouter, entendre, voir, analyser, mener une réflexion profonde.

Chaque pays est différent de l'autre, c'est pour cela qu'il faut cesser d'importer au Maroc ce qui est produit au-delà des frontières. Nous devons êtres fidèles aux principes, fidèles à notre réalité, et ne pas accepter de se placer, intellectuellement, en-dessous de ceux qui peuvent être définis comme "pays développés" et de se soumettre à des systèmes où les références peuvent nuire à nos projets et notre communauté, juste pour donner l'impression qu'on est un pays ouvert, gardant de bonnes relations diplomatiques.

En effet, cela peut toujours être le cas, tout en étant les sujets de notre histoire et non l'objet de la perception d'autrui. Ce qui compte, c'est que chacun laisse l'autre percevoir son futur à sa manière tout en restant ouvert. Ce terme assez souvent mal interprété dans nos communautés nous place dans l'embarras de ce qu'on appelle en arabe "Taqlid Al Aama", "l'imitation aveugle". Certains pensent que faire exactement ce que les autres font est un signe d'ouverture sur le monde.

Si "copier" peut bien évidemment être bénéfique pour apprendre des erreurs d'autrui, comprendre le processus suivi pour s'améliorer et se développer, malheureusement, nous cherchons souvent à copier des facilités et les adapter à notre réalité, ce qui nous mène à parfois à des contradictions. Et voilà que l'individu se perd, ne sachant plus à quoi il appartient.

Pourtant, tous les peuples aspirent à des principes communs: liberté, justice, égalité, autonomie... Et ce n'est qu'en reconnaissant aux peuples la capacité de produire, de croire en leurs habilités, et en cessant d'amputer les autres civilisations de leur potentiel créatif, notamment chez les jeunes, que ces derniers pourront changer le monde et que notre marche vers l'avenir se fera dans le bon sens. C'est aussi en commençant par soi, en devenant des citoyens responsables au sein de notre communauté, avant de réprimander autrui.

Il est d'autre part indéniable qu'au sein de nos sociétés, nous avons besoin de plus de démocratie, plus de liberté, plus de transparence. Cependant, continuer à répéter sans cesse que rien n'est bon et que le pays ne nous a rien procuré, à jouer à la victime et à demeurer les bras croisés en regardant les autres travailler fidèlement pour leur patrie, n'aidera en aucun cas à enclencher un processus de réforme.

C'est tout de même d'une banalité affligeante et désolante que de répéter sans cesse, pour justifier nos actes les plus déshonorants, honteux et indignes, "c'est juste le Maroc!", "Ghir lmaghrib hada!". Non! Ce n'est pas "juste le Maroc", mais c'est "notre Maroc", cette terre qui nous est toujours fidèle, si riche et si belle, d'une histoire si fascinante et unique! C'est bel et bien la terre qui nous a tout donné, et c'est à nous de la faire rayonner encore plus, à nous d'agir davantage, de travailler, d'être responsable, de nous mobiliser de façon digne et de nous battre pour briser les préjugés tenaces quant à la façon dont on considère notre pays et notre culture.

Nous ne sommes pas destinés par essence à vivre sous l'influence étrangère, démotivés, condamnés à répéter: "Que les autres le fassent pour moi!". Nous sommes bien capables de prouver nos capacités et potentiels.

Le jour où tu prendras les choses en main, prêt à être armé intellectuellement avant tout, à t'éduquer et à t'instruire par toi-même, à être une personne autodidacte dans un monde où la technologie facilite l'accès à l'information, à réaliser que certaines choses ne méritent pas tout le temps que tu leur donnes, notre cher pays sera alors armé de jeunes penseurs et intellectuels qui, par leur volonté, leur détermination et leur union le mèneront vers la voie de l'épanouissement.

Je ne peux avoir que 22 ans, je ne peux être qu'une simple étudiante encore en cours d'apprentissage, loin d'être armée suffisamment intellectuellement, mais je suis bien consciente que notre clé de réussite demeure en chacun de nous. C'est notre intelligence et notre volonté de développement et d'amélioration qui sera notre espoir avant tout.

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