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L'addiction au sport porte un nom et se soigne

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SPORT - Le sport est bon pour la santé. Mais lorsqu'il est pratiqué avec excès, il peut vite rendre "accro" et engager des effets similaires aux drogues. On parle alors d'addiction comportementale. Depuis quelques années, cette dernière s'avère en plein boum.

Bigorexie? Vous avez dit bigorexie...?

Etudiée par le Dr William Glasser en 1976, la bigorexie est la pratique excessive d'un sport (course à pied, trail, natation, musculation, cyclisme...) jusqu'à l'addiction. Peu d'études statistiques existent pour l'heure, mais la recrudescence des demandes en cabinet de consultations confirme qu'il s'agit d'un phénomène en plein essor. Si le sport est un formidable pare-feu contre certaines maladies cardiovasculaires, l'obésité et le diabète, il peut également devenir menaçant lorsqu'il est pratiqué à des doses particulièrement élevées (plusieurs heures par jour).

D'un point de vue neurobiologique

Le sport engage tout un cocktail chimique au niveau des neurotransmetteurs, lesquels distillent des sensations de bien-être, des effets antalgiques (anti-douleur) et anxiolytiques (anti-anxiété) notoires. Les endorphines, la dopamine, la sérotonine ou encore la noradrénaline sécrétées lors d'un effort vont activer le circuit de récompense et provoquer le désir de réitérer les sensations de plaisir. Le problème apparaît lorsque le besoin se substitue à l'envie et qu'une personne utilise le sport à haute dose pour lutter contre diverses souffrances et non plus pour effectuer une activité qui donne du plaisir. Le fait d'augmenter les entraînements pour ressentir les mêmes effets, d'organiser son agenda uniquement en fonction de la pratique sportive, de consacrer moins de temps à sa famille, au travail, aux loisirs au profit d'une focalisation sur l'activité physique doit mettre la puce à l'oreille.

Conséquences multifactorielles: la sexualité aussi est touchée

Les symptômes de la bigorexie sont identiques à ceux des autres addictions avec ou sans substances (drogues, alcool, sexe, boulimie-anorexie, travail, etc.) Par ailleurs, si le sport est un stimulateur propice à la santé sexuelle, il supplante fréquemment la libido lorsqu'il est pratiqué à dose extrême. Le corps étant épuisé par le surinvestissement sportif, il ne trouve plus les réserves nécessaires à l'excitation sexuelle. Il n'est pas rare alors d'accueillir en cabinet de consultations des personnes qui s'inquiètent d'une baisse inexpliquée du désir (ce qui est le cas par exemple pour certains traileurs qui parcourent des centaines de kilomètres en montagne le temps d'une course).

D'une manière générale, si la pratique sportive devient ritualisée, chronophage, obsessionnelle avec des symptômes de manque ou d'irritabilité en cas de non pratique et que la personne cherche à arrêter sans pouvoir y arriver, il est recommandé d'aller consulter un professionnel de santé.

Que faire? Qui consulter?

A l'instar de toute addiction, la bigorexie peut se traiter avec une prise en charge thérapeutique ciblée auprès d'un psychologue, médecin spécialisé et/ou addictologue. Le but ne sera pas d'arrêter totalement l'activité mais d'apprendre à retrouver du plaisir et à restaurer la liberté de choix dans la pratique. Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) avec leurs actions à large spectre, demeurent l'une des approches préconisées.

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