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Zoulikha Aziri, Latifa Ibn Ziaten: entre jihad et combat pour la paix

Publication: Mis à jour:
LATIFA IBN ZIATEN
ASSOCIATED PRESS
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Ci-dessus, émue, Latifa Ibn Ziaten recevant le Prix de la Fondation Chirac pour son oeuvre promouvant le dialogue interreligieux en novembre 2015.

Le procès d'Abdelkader Merah, jugé pour complicité des sept assassinats perpétrés par son frère Mohammed en mars 2012, est riche en enseignements. Il nous éclaire en un premier temps sur ce que veut dire être musulman en France, sur le rapport à ce pays, sur la violence, ainsi que sur le jihad et l'islam radical. En toile de fond, il y a là les douleurs, le deuil impossible, les sentiments d'injustice et de haine, etc. Ce procès, épuisant, qui dure depuis 4 semaines et dont le verdict est attendu pour le 2 novembre, a également mis en lumière l'attitude de deux mères et leur relation, l'une à une fratrie effritée et mortifère, l'autre à un fils intégré, tolérant, respectueux de l'autre.

Deux mères que tout oppose. Bien qu'elles portent le voile toutes les deux, bien qu'elles soient musulmanes, un abîme sépare Latifa Ibn Ziaten et Zoulikha Aziri, la mère de Mohammed Merah. Quand elle arrive d'Algérie en France en 1981, avec ses deux enfants aînés, Souad et Abdelghani, Zoulikha Aziri est accueillie par un mari coléreux, alcoolique et qui tape comme un cinglé. Trois ans après, elle prend ses 5 enfants et quitte son mari pour aller s'installer dans un foyer. Puis ce sont les enfants aînés puis les oncles qui entrent en scène pour prolonger la violence paternelle. La mère finit par y prendre part à son tour, allant jusqu'à corriger son fils Mohammed avec un câble. Cette violence grégaire et mimétique traduit un culte de la haine et du rejet de soi-même et de l'autre ; en fait, de tout ce qui est français et occidental.

zoulikha aziri

Zoulikha Aziri, quittant une audience à Paris du procès de son fils, Abdelkader Merah, le 2 octobre 2017.

Dans le cœur de la mère, se confondent l'amour et la haine. Par ailleurs Zoulikha Aziri a fait du déni et de l'ambivalence, ou plutôt du mensonge, une croyance. Un coup elle disculpe Mohammed Merah, se disant fière son fils qui a "mis la France à genoux", tantôt elle l'accable. Le pardon ne fait pas partie de son vocabulaire, ce qui la conforte dans la peau de la victime. Zoulikha Aziri est incapable de faire la différence entre le bien et le mal. Cette ambivalence, caractérise l'esprit et l'attitude de son fils Abdelkader Merah: lorsque l'une des avocates de la partie civile lui lit les écoutes réalisées en détention à son insu, et dans lesquelles il dit à sa mère "Mohammed a eu une belle mort, il est au paradis. Il a lutté contre l'ennemi, et l'ennemi c'est la France'', il se contentera de répondre: "Oui, j'ai dit ça, mais c'était sous le coup de la colère". Avec Zoulikha Aziri et sa fratrie, nous sommes dans le registre de la "pureté violente des origines".

Tout autre est le cas de Latifa Ibn Ziaten, mère elle aussi de 5 enfants. Elle arrive en France en 1977 pour rejoindre son mari, cheminot à la SNCF. C'est elle et non pas Ahmed, son mari, qui s'est saisie de son bâton de pèlerin pour sillonner la France et l'Europe pour ouvrir le dialogue avec les jeunes, les politiques et la société civile, sensibiliser l'opinion publique aux idées de fraternité et de tolérance. Son fils Imad a été la première victime de Mohammed Merah. L'association qu'elle a lancé en avril 2012, "Imad Ibn Ziaten pour la jeunesse et pour la paix", parrainée par Jamel Debbouze, est un formidable tremplin pour promouvoir le dialogue interreligieux.

Son histoire de Mère courage a fait l'objet d'un film réalisé par Olivier Peyon et Cyril Brody. Latifa Ibn Ziaten a le mérite d'abolir les cloisons entre juifs, chrétiens et musulmans. Dans ce procès, elle insiste sur deux choses essentielles: la vérité et la justice. "J'ai perdu plus qu'un fils, c'est ma moitié à moi qui est partie. Ce procès, cela fait cinq ans que nous l'attendons, cinq ans que l'on attend la vérité. Il faut que la justice soit rendue", clame Mme Ibn Ziaten. Le 2 novembre prochain, la justice lui donnera-t-elle raison en condamnant Abdelkader Merah à la prison à vie? C'est à suivre...

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