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Unesco: d'autres batailles attendent Audrey Azoulay

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AUDREY AZOULAY
Philippe Wojazer / Reuters
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CULTURE - Une femme succède à une femme à la tête de l'UNESCO et c'est une bonne nouvelle. Forte d'un programme réformateur ambitieux, bien qu'elle se soit lancée en retard, Audrey Azoulay avait tous les atouts et toutes les chances pour décrocher le poste et ce malgré les esprits aigris, les attaques et les combines de dernière minute. Femme d'expérience, de terrain et de combat, elle est consciente de l'énormité de la tâche qui l'attend. Elle est appelée non seulement à ouvrir de nouveaux chantiers culturels, mais également à transformer la culture politique d'une institution malade d'une histoire en dysfonctionnements structurels continus.

Le retrait des USA et d'Israël, qui assurent le quart du budget de l'organisation, vient compliquer davantage la mission d'Audrey Azoulay: les Américains et les Israéliens ont aiguisé des couteaux et les ont mis entre les mains des Égyptiens qui n'ont pas hésité, via leurs médias à "faire la peau" au candidat Qatari Hamad bin Abdoulaziz Al-Kawari. De toute manière, Audrey Azoulay n'avait pas besoin du soutien des Égyptiens pour créer l'unanimité autour de sa candidature. Elle s'est battue sur un projet et non sur des alliances. Cependant elle hérite d'une situation complexe qui appelle un travail aussi bien diplomatique que culturel. Les défis sont donc nombreux mais pas insurmontables quand on connaît l'énergie et la volonté de l'ancienne ministre de la Culture de François Hollande. Au nombre de ces défis :

- Maîtrise de la gestion.
- Créer de la cohérence en interne, en redynamisant les équipes et en communiquant davantage à l'intérieur et à l'extérieur autour des programmes établis.
- Retravailler l'image de l'UNESCO pour en faire une institution ouverte et portée par un projet multiculturel voire civilisationnel destiné à renforcer l'éducation, les cultures et les savoirs. On a trop souvent l'impression que L'UNESCO n'est qu'une "officine" chargée de répertorier et de valider les missions archéologiques; certes dans un contexte marqué par la volonté des intégristes de mettre à bas les traces du passé, les urgences vont à une mobilisation pour sauver le patrimoine, mais la mission de l'UNESCO dépasse en fait ce cadre étroit.

Audrey Azoulay, qui a fait ses preuves au Ministère de la Culture dont elle a assumé la charge entre 2016 et 2017, est capable de mener à bien sa mission réformatrice. Les quatre ans de son mandat, c'est court et c'est long, seront une opportunité pour donner forme à son programme. Elle a fait savoir que "la première chose à laquelle elle s'attacherait", si la conférence générale la confirme en novembre, serait "de restaurer la crédibilité" de l'organisation "et la confiance des
États membres".

Audrey Azoulay aura également à démêler l'écheveau archéologique qui est éminemment politique entre Israël et la Palestine. L'archéologie dans ces territoires n'est pas une science neutre, froide, mais une discipline chargée de passion et de fureur. La pierre est tachetée de sueur et de sang. La nouvelle directrice générale de l'UNESCO est consciente que dans cette région tout est politique, de l'air jusqu'à la poussière en passant par les cailloux. D'où le challenge et le défi qu'elle doit engager pour créer de l'harmonie et de l'espérance.

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