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Saad Hariri en Mahdi al-Muntazar

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SAAD HARIRI
Mohamed Azakir / Reuters
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Alliances et obédiences n'ont cessé d'impacter l'histoire récente et mouvementée du Liban. Aujourd'hui, le pays du cèdre n'échappe pas à cette logique où le tribal le dispute au confessionnel. Le 4 novembre dernier, l'ancien premier ministre, Saad Hariri, en a fait amèrement les frais. Homme lige, il a été convoqué par Riyad et, à sa descente d'avion, a été amené sous escorte à l'hôtel le Ritz. On lui confisque ses téléphones et on le conduit à une villa pour le placer derrière les caméras de la chaîne Al Arabiya. Il lit laborieusement un discours préalablement rédigé au cours duquel il annonce sa démission et vilipende le Hizbollah comme l'ennemi intérieur à abattre. Il n'a pas manqué au passage d'indiquer qu'il faisait l'objet d'une menace d'assassinat.

Dans le royaume, au même moment, "l'opération mains propres" bat son plein. Hariri n'avait donc d'autre solution que d'abdiquer et de se taire, d'autant qu'il est un sujet saoudien et que sa société de BTP, Saudi Oger, faisait l'objet d'une enquête pour fraudes. En toile de fond, se profilait avec netteté le spectre iranien et la volonté du prince Mohammed Ben Salmane, poussé par les Américains, de l'éradiquer.

Pour les deux parties, Hariri est le fusible à faire disjoncter. Les dernières frappes au Yemen contre les chiites Houtis, traduisent donc cette volonté de croiser le fer avec "l'ennemi chiite". En représailles d'un tir de missile balistique ayant visé Riyad, l'ordre a été intimé par Mohammed Ben Salmane de fermer les ports, les aéroports et tous les points d'accès routiers. Un blocus qui accentue la famine dans au Yemen. Selon le chef des opérations humanitaires de l'ONU, sept millions de personnes souffrent de la faim et un enfant meurt toutes les dix minutes de maladie.

Si le Yemen est le maillon chiite faible, le Liban avec le Hezbollah risque d'être un os plus dur. C'est par la pression et l'intervention d'autres intermédiaire que l'Arabie Saoudite compte mettre à genoux le Hezbollah. Elle verrait bien Israël jouer le rôle d'une "main froide" expéditive. Or, ce dernier n'est pas prêt à se lancer dans une aventure contre un ennemi insaisissable. D'ailleurs la réaction du Hezbollah ne s'est pas faite attendre. Son leader, Hassan Nasrallah, a déclaré à la chaîne Al-Manar: "l'Arabie Saoudite, en voyant tous ses échecs dans la région, se dit qu'elle peut réaliser des avancées au Liban, mais elle ne nous vaincra pas". Ce qui veut dire que le Hezbollah est prêt pour la guerre.

Sur le plan économique, le pays du cèdre, déjà fragile, risque d'être impacté par le départ forcé des ressortissants de l'Arabie Saoudite, du Koweït et des Émirats arabes unis, une manne touristique non négligeable. Aujourd'hui les Libanais vivent dans l'angoisse de lendemains sombres. Ils ne souhaitent qu'une seule chose, le retour de Saad Hariri. Le plus loquace dans cette situation, c'est qu'un sunnite en la personne de Saad Hariri, se transforme symboliquement en Mahdi al-Muntazar, dont le retour est l'unique salut pour le pays!

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