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Mohammed Ben Salmane Al Saoud n'y va pas de main morte

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MOHAMMED BIN SALMANE
Handout . / Reuters
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INTERNATIONAL - Après avoir accompli quelques gestes symboliques en direction des femmes saoudiennes en leur accordant le droit de conduire et d'assister à des épreuves sportives (la fréquentation des salles de cinéma est à venir), le jeune prince, Mohammed Ben Salmane (MBS), prince héritier et nouvel homme fort du royaume, vient de frapper un grand coup, fidèle en cela à ce qu'il avait déclaré: "Seuls les rêveurs sont les bienvenus".

À la surprise générale, Il vient de donner l'ordre, (évidemment après avoir consulté son père et les Américains), de procéder à l'arrestation de 11 princes et d'une trentaine de personnes dont des ministres accusés de corruption. Parmi les princes figure Al Walid Ben Talal, puissant homme d'affaires, propriétaire de Rotana et qui détient des parts dans de nombreuses multinationales telles que Citigroup, Four Seasons Hotels et Twitter.

La commission anticorruption, créée par décret royal, avait dressé un réquisitoire contre ces personnes dans le dossier des inondations de 2009 au cours desquelles une centaine de personnes avaient trouvé la mort. Ce n'est là qu'un prétexte sur lequel s'est appuyé MBS pour défaire le grand corps malade d'une dynastie forte de 20.000 princes et princesses de sang et dont 4000 princes de sang royal. Tout ce beau monde ne sait pas ce que travailler veut dire. Le jeune prince est donc décidé à bien secouer le "palmier royal".

On s'attendait à ce que les religieux soient les premiers visés, puisque bon nombre d'entre eux voient d'un mauvais œil les réformes qu'il a engagées, mais il a préféré ne pas aborder les clercs de front. Il connaît pertinemment leur puissance et leur pouvoir de nuire. Pour le moment, il les ménage en attendant des jours meilleurs. De toute façon, il sera obligé de croiser le fer avec eux. Car il y va de l'image de l'Arabie saoudite, accusée à l'extérieur d'être un nid d'intégristes et de fatawistes zélateurs.

Lors du Forum économique, appelé le "Davos du désert", auquel ont pris part 2500 décideurs, il a déclaré sans détours: "Nous n'allons pas passer 30 ans de plus de notre vie à nous accommoder d'idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant". La bataille sera longue, secrète et sans mercis. D'ailleurs, sur son compte Twitter, le conseil des religieux a vite réagi en indiquant, une façon d'abonder dans son sens, que la lutte contre la corruption était "aussi importante que le combat contre le terrorisme".

Il est encore tôt pour estimer l'impact de ces mesures sur les pays du Golfe et sur l'ensemble du Moyen-Orient. Mais on peut d'ores et déjà dire que la démission du Premier ministre libanais Saad Hariri, l'homme de Ryad, en est l'un des effets sismiques. Ce dernier a dénoncé la "mainmise de l'Iran sur le destin des pays de la région". "Le Hezbollah est le bras de l'Iran non seulement au Liban mais également dans les autres pays arabes. Ces dernières décennies, le Hezbollah a imposé une situation de fait accompli par la force de ses armes". Donald Trump ne dira pas autre chose. Une chose est sûre en tout cas, (Mohammed Ben Salmane est bien décidé à en découdre avec l'Iran.

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