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Les cimetières, lieux de jihad

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CEMETERY SYRIA
Bassam Khabieh / Reuters
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CIMETIÈRES - Dans les pays musulmans, les cimetières sont loin d'être des riads, pluriel de rawd qui signifie en arabe "jardin", et qui renvoie à rawda. La réalité, hélas, nous le prouve avec éclat. En effet, la majorité des cimetières musulmans ressemblent plutôt à des... décharges. N'y règnent que dévastation et désolation. La mort, de ce fait, en est le miroir apocalyptique. Les cimetières en Irak et en Syrie en sont de parfaits exemples.

Avec la guerre durable, le cimetière a perdu toute sacralité. Il est devenu un espace de confrontations, n'échappant ni aux attaques de mortiers ni aux bombardements. Les vivants et les morts cohabitent ainsi dans le même espace. En Irak, il est encore tôt pour faire le décompte et le bilan précis du nombre des morts après la défaite de Daech. Ce qui est sûr, c'est que ce dernier a laissé derrière lui des dizaines voire des centaines, non pas de cimetières, mais de charniers et de fosses communes.

Sur ces mêmes lieux, Daech dressait potences et lieux d'exécution. Il y aurait aujourd'hui plus de 120 cimetières en Irak. Quant au plus grand cimetière du monde, le cimetière chiite de Wadi-Essalam (la vallée de la Paix) à Nadjaf, qui s'étire sur 6 kilomètres et abrite plus de 5 millions de tombes, il n'a cessé de s'étendre dans l'espace, accueillant ces deux dernières années plus de 100 morts par jour.

Il faut rappeler que le gouvernement irakien ne publie pas les chiffres des victimes des combats de peur de démoraliser les troupes sur les fronts du combat. Aujourd'hui, après la reconquête des villes qui étaient aux mains de Daech, le gouvernement irakien est confronté à une mission ardue: découvrir les charniers, déterrer et reconnaître via des tests ADN les corps des victimes avant de les inhumer dignement. Ce travail nécessite des moyens financiers, des laboratoires et des experts en matière de reconnaissance des empreintes génétiques etc. Ce qui est loin d'être une priorité des autorités irakiennes.

En Syrie, les cimetières ont fini par "manger" l'espace urbain. Depuis 2013, rien que dans la zone d'Alep, plusieurs jardins publics sont devenus cimetières, comme le jardin Bustan Al-Qasr, le jardin des quartiers d'al-Firdaws, de Salaheddine et celui de Tariq al-Bab. On peut élargir le propos à d'autres pays en guerre, comme le Yémen, la Libye où les cimetières sont devenus, non pas des lieux de repos, mais de jihad au nom de l'islam. Dans ces pays, le cimetière n'est plus le lieu mémoriel où l'on vient prier, se recueillir, et se souvenir, mais un espace hanté par la mort.

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