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"Le philosophe de l'Élysée" à l'épreuve des lois de l'hospitalité

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MACRON ELYSEE
POOL New / Reuters
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"Un président philosophe", "un philosophe à l'Élysée", "le sage de l'Élysée"... D'aucuns ont vu dans l'arrivée d'Emmanuel Macron au palais de l'Élysée un "retour du président philosophe", capable d'asseoir la Polis, la cité, sur la pensée. On reconnaît à l'homme, et dès l'âge de 17 ans, un penchant pour la philosophie; il prépara d'ailleurs un mémoire sur Hegel et se revendiqua par la suite de son mentor, Paul Ricoeur, philosophe de l'herméneutique et de l'ontologie de l'agir. Dans certains de ses discours, l'ombre de ce dernier est omniprésente, agissant comme une voix-off. L'imprévisible comme l'un des moteurs de l'action: tel est le leitmotiv philosophique érigé par Macron en slogan politique. Ce dernier prend soin toutefois de ne pas étaler sa "culture philosophique" du fait que le niveau du débat d'idées en France manque parfois de hauteur. Ce sont plutôt les médias français et non les philosophes qui ont agité le débat autour de la figure "Macron philosophe", ce qui n'est pas le cas outre Rhin, où deux éminents philosophes, Jürgen Habermas et Peter Sloterdijk, ont réagi favorablement à l'élection de Macron.

Pour le premier, "Emmanuel Macron incarne l'antithèse même du quiétisme de ceux qui sont habilités à agir". Habermas ira même jusqu'à parler de "ce fascinant Monsieur Macron". Pour le second, Emmanuel Macron est "le seul à apporter un concept actif et positif de l'Europe", invitant ses amis français à "ne pas éteindre les Lumières".

Cette fascination reste toutefois européocentriste. Les trois hommes défendent cette utopie nommée Europe menacée par l'américanisme et par l'islamisme. Ils la veulent un référent civilisationnel fort et solide face aux USA, à l'Asie. Le Moyen-Orient, à leurs yeux, n'existe plus ou n'existe que comme source de problèmes et d'agitations. Il faut noter que cette philosophie tourne le dos à l'altérité, et à l'hospitalité aujourd'hui malmenées par la circulaire de Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, qui durcit les mesures de contrôle et d'expulsion, allant jusqu'à autoriser des "équipes mobiles" à entrer dans les églises et les centres d'accueil pour vérifier l'identité des réfugiés. L'idée du tri représente à cet égard la face éhontée de cette loi. Au regard de cette loi inique et inédite, c'est le principe fondamental avancé par Paul Ricoeur du "Soi- même comme un autre" qui se trouve bafoué par son disciple, Emmanuel Macron!

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