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Emmanuel Macron en Algérie, un président fringant à la rencontre d'un pouvoir paralysé

Publication: Mis à jour:
MACRON ALGERIA
Ramzi Boudina / Reuters
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INTERNATIONAL - Emmanuel Macron arrive en Algérie ce mercredi, 6 décembre, pour une visite éclair qui ne doit pas dépasser les 12 heures. Il s'envolera ensuite pour le Qatar. À sa descente d'avion, il sera reçu par le président du Conseil de la nation Abdelkader Bensalah. Avant d'avoir un tête à tête avec le chef de l'État Abdelaziz Bouteflika, il s'entretiendra avec le Premier ministre Ahmed Ouyahia. Macron sera accompagné par sa femme et tous deux s'autoriseront une petite virée touristique. Ne l'accompagnent donc ni chefs d'entreprises, ni hommes politiques. Aussi, pas de signature de contrats. De même qu'aucune mention ne se fera faite aux sujets qui fâchent, notamment les droits de l'homme en Algérie, la repentance et le passé colonial de la France.

Dans une interview accordée dimanche dernier à la chaîne Trace TV, le président français a, en effet, appelé à "dépassionner" la question de la colonisation. "J'ai souvent dit: ni déni, ni repentance. Il faut regarder les choses en face, c'est notre histoire commune", a-t-il ajouté, appelant à "regarder de manière très dépassionnée cette période". "Ce passé c'est notre viatique pour l'éternité, comme disait Jankélévitch. Mais ce qui compte, c'est notre avenir commun", a conclu le président français, dont les propos ont été rapportés par l'AFP. Sur la question du fait colonial, la position de Macron président a bien évolué par rapport à celle du candidat qui avait déclaré, le 15 janvier 2017 à une chaîne algérienne, que la colonisation était "un crime contre l'humanité". Des propos qui ont immédiatement déclenché l'ire de l'opposition, de la droite à l'extrême droite.

C'est donc la deuxième fois en l'espace d'un an qu'Emmanuel Macron se rend en Algérie. Ce qui retiendra l'attention des observateurs, des médias, et notamment des réseaux sociaux, c'est l'entrevue de ce dernier avec Abdelaziz Bouteflika. Au-delà de la bienséance qu'impose le protocole diplomatique, c'est le jeu de miroir entre un président jeune et un président sénescent. Cette séquence est génératrice d'un humour assassin. Les commentateurs se régalent de ce condensé d'absurde et de sisypho-kafkaïen. Face à Macron, l'Algérie devrait être représentée par un jeune président, dynamique et entreprenant, et non par un homme vissé sur son fauteuil roulant, le regard hagard, l'oreille lourde, le geste mécanique...signe d'un pouvoir paralysé.

Macron visitera donc l'Algérie non pas pour signer des contrats ou discuter de dossiers épineux, mais il arrivera avec des idées bien balisées sur la situation de ce pays qui souffre d'une crise économique consécutive à la chute des prix du pétrole, d'une vacance de pouvoir, d'une corruption endémique et virale, d'un taux de chômage galopant, du marasme de la jeunesse tentée par l'émigration et l'Hrig. Plus généralement, cette visite s'inscrit dans l'impulsion que Macron voudrait donner à la diplomatie française, que ce soit au Moyen-Orient, en Afrique ou au Maghreb. L'élan est enclenché, mais il faudra du temps pour voir se concrétiser cette ambition.

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