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Des débats au niveau du caniveau

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EDWY PLENEL RISS BHL DUPOND MORETTI
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INTERNATIONAL - En France, fini le temps des débats inventifs, fins et intelligents. Place aujourd'hui aux échanges galvaudés desquels ne se dégagent que le banal et le superficiel, le tout mâtiné d'un ton belliqueux et vulgaire. Pour preuve, les deux batailles en cours opposant d'un côté Edwy Plenel/Riss-Manuel Valls, et de l'autre Bernard Henri Lévy à l'avocat Eric Dupond-Moretti.

Dans ces deux confrontations, l'islam est l'enjeu principal. Comme quoi, cette religion est devenue, un peu partout en Europe et ailleurs, le sujet inflammable par excellence. Le premier clash a été provoqué par "l'affaire Tariq Ramadan". Sa défense par Edwy Plenel et par une large partie de Médiapart, n'a jamais été du goût de ce que ce dernier appelle les "laïcards", sorte d'éradicateurs qui saturent l'espace médiatique français.

Edwy Plenel fait partie d'une frange de journalistes-essayistes qui dénoncent haut et fort l'islamophobie rampante dans la société française; au nombre de ces intellectuels, on peut également citer Pascal Boniface, Edgar Morin, Raphaël Liogier, François Burgat, et bien d'autres, catalogués par leurs détracteurs d'"islamo-gauchistes".

Face à eux, des intellectuels et des communicants fort implantés dans les médias. Bien qu'ils divergent sur pas mal de choses, ils ont en commun le rejet de l'islam et des musulmans. Alain Finkielkraut, Bernard-Henry Lévy, Caroline Fourest, Eric Zemmour, Michel Houellebecq, les animateurs de Charlie Hebdo, Manuel Valls, Nicolas Sarkozy, en font partie.

L'affaire Tariq Ramadan a eu l'effet d'un détonateur. Elle est venue "jeter" les uns contre les autres. Valls et Riss accusent Plenel et Médiapart de "complaisance intellectuelle" envers le terrorisme. Ce que rejette Mediapart en écrivant: "Nous voilà la cible d'une campagne nauséabonde où se retrouvent la 'fachosphère', quelques journalistes chroniqueurs et éditocrates, des responsables politiques d'une partie de la gauche socialiste en ruines et de l'extrême droite. Tout ce joli monde est emmené par Manuel Valls".

L'affaire Tariq Ramadan n'est en fait que le symptôme d'un malaise archaïque portant sur la représentation et la place clivée de l'islam en France. La traînée néocolonialiste est visible dans le discours d'un Zemmour, d'un Finkielkraut ou d'un Houellebecq. Quant à Tariq Ramadan, il faut dire qu'il n'a pas rendu un grand service à l'islam et aux musulmans d'Europe. Au lieu de développer une pensée philosophique réformiste, il s'est lancé dans l'arène du politique, ce qui a fait de lui un polémiste courant les plateaux et les micros. On est loin de la stature du penseur qui prend son temps et réfléchit à son temps.

Il fait partie de cette élite délitée, accro aux prises de bec, aux règlements de comptes et au persiflage vulgaire. Le public préfère l'écouter au lieu de le lire. Le scandale du harcèlement sexuel est venu mettre à nu l'éthique de son projet réformiste et du même coup ternir un peu plus l'image de l'islam.

Le procès Abdelkader Merah a quant à lui donné lieu à un échange musclé et d'une rare vulgarité entre Bernard-Henry Lévy et Eric Dupond-Moretti. Le plaidoyer de ce dernier lors du procès n'a pas plu à BHL qui s'est empressé, le 13 novembre, date symbolique, de dire tout le mal qu'il pense de cet avocat "obscène" et "vaniteux", désigné sous le sobriquet "Acquittator" (l'homme aux 120 acquittements). La réaction de ce dernier ne s'est pas fait attendre: pour lui, BHL "n'est qu'une vieille pompe à merde". La régression du débat est bien visible. Il se situe tout simplement au niveau du caniveau!

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