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Arabie saoudite: gare à la grogne

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MUHAMMAD BIN SALMANE
POOL New / Reuters
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INTERNATIONAL - La surprise a laissé la place à l'étonnement puis à la crainte de voir la campagne de purge amorcée dès le 4 novembre se retourner contre ses instigateurs, notamment contre le jeune prince, Mohammed Ben Salmane.

C'est la princesse Amira Bint Aidan Bin Nayef, ex-épouse du prince al Walid Ibn Talal qui, la première, dans un entretien accordé au journal Le Monde, a tiré à boulets rouges sur le régime saoudien suite aux arrestations et aux poursuites, dont une deuxième fournée est en cours, puisque l'hôtel le Mariott est prêt pour accueillir une deuxième fournée de "locataires".

Amira Bint Aidan donne des détails croustillants sur les pratiques et dérives de ceux-là même qui mènent l'opération mains propres. La sortie d'une princesse, icône féministe et ex-épouse d'Al Walid IbnTalal, est une épine dans les pieds de Mohammed Ben Salmane, Mr Propre. Elle montre également la fêlure profonde du système.

Une autre princesse, Nouf Bint abdellah Ben Mohammed ben Saud, vient de briser à son tour le silence en condamnant l'arrestation du prince Motaab Ben Abdellah, l'ex-ministre de la défense et de son frère Turki. Le blocus imposé le 6 novembre sur ordre du prince Mohammed Ben Salmane au Yémen, à l'origine d'une catastrophe humanitaire, constitue le deuxième grave accroc dans la gestion du pouvoir par le jeune futur roi.

Son geste a fait sortir dans la rue de Sanaa, occupée par les Houtis, des milliers de Yéménites en colère appelant à la fin du blocus. Or, les chiffres avancés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sont sans appel: le conflit aurait fait plus de 8.650 morts et quelque 58.600 blessés, dont de nombreux civils.

Par ailleurs, les prix des carburants ont connu une augmentation vertigineuse avoisinant les 60% et ceux de l'eau en citerne les 133%. L'Arabie saoudite ne voit dans cette population qu'un appendice de l'Iran. Les rapports de voisinage depuis le début du conflit sont régis par une logique de force et de haine.

Au Liban, le retour de Saad Hariri a été à l'origine d'une ferveur quasi-mystique: le sport (le marathon de Beyrouth), la chanson, les réseaux sociaux etc., ont été mobilisés pour exiger le retour du Premier ministre. Cependant, dans la ville de Tripoli, des mécontents ont brûlé le portrait de Mohammed Ben Salmane, suscitant l'ire des autorités locales. Cet acte est une métaphore bien éloquente.

Tous ces éléments sont un pain béni pour les organisations humanitaires et de défense des Droits de l'homme qui n'ont pas hésité à épingler le jeune prince lui reprochant son penchant autoritaire et vengeur. Or si ce dernier veut réformer le royaume, il doit mettre une bonne dose d'eau dans son vin au lieu de trancher dans les conflits avec le bout de son épée.

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