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Pourquoi j'ai quitté le Maroc à 17 ans seulement

Publication: Mis à jour:
UNVERSIT ILE MAURICE
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Il était temps pour moi de quitter ma racine, la plus profonde, la plus attachante, mais surtout la plus authentique. Il était temps pour moi de couper ce cordon qui me liait atrocement à ce pays qui m'a vu naître, grandir, et évoluer.

Ce pays qui a surtout lié mon adolescence à ses causes sociales et politiques les plus révoltantes, ce pays qui a fait qu'à seulement 13 ans je trempais ma plume pour écrire les cris les plus sincères envers certaines injustices et folies que je voyais de mon œil d'enfant imaginant d'avance à quelle atrocité ou bonheur ressemblerait l'avenir de mon pays.

Il était temps pour moi de quitter le Maroc, mon Maroc, pas par volonté mais par obligation.

Je m'appelle Lyna, et au temps des faits, il y a 7 mois environ, j'avais 17 ans, et voilà que mes premiers pas vers la vie universitaire, étrangère et autonome allaient débuter. Je suis une exploratrice, les chemins très empruntés ne me ressemblent pas. Je m'explique: l'interdit, le nouveau et le difficile m'attirent.

J'aime mon pays, je l'adore, mais je l'ai quitté pour me construire, m'armer, et ensuite revenir le servir et y ancrer les valeurs que ma mère m'a inculquées et que ma nouvelle vie sans le moindre doute fera évoluer.

Je l'ai quitté à mes 17 ans de peur que cette soif de révolte et de changement finisse, tant bien que mal, par exploser. A ce stade, je suis très peu capable d'affronter la réalité du Maroc en étant incapable de réagir comme mon instinct de jeune citoyenne marocaine patriote me le dictait.

J'avais le choix entre Paris et l'Ile Maurice. Rêve parisien ou rêve paradisiaque? Telle était la question. La Sorbonne Paris ou African Leadership University? Université prestigieuse et de renommée internationale ou université qui veut faire de moi, jeune de 17 ans, rêveuse et ambitieuse, la fondatrice de toute une culture, un programme, un cursus dont rêverait la jeunesse du monde au fil des générations, auprès de 200 autres jeunes venus du monde entier.

Beaucoup choisiraient Paris, et comme je ne ferai jamais partie du "beaucoup", j'ai choisi l'Ile Maurice.

Venue l'heure de la séparation de ma patrie, ma mère, ma mère de cœur, et mon aîné. Terrible à mon âge, mais j'étais prête à plonger dans cet océan qui allait bientôt devenir la pâte à modeler qui formera les premiers instants d'une nouvelle vie remplie de rebondissements.

Je rêve. Je serai totalement décideuse de mon destin.

3 novembre 2015, après 18 heures de vol, fraîchement arrivée à l'aéroport mauricien. Dans ma tête, c'était "Lyna, tu as grandi. Tu vas maintenant respirer les premiers souffles de ta vraie vie, loin de ta famille, loin de ta zone de confort."

Je n'avais pas la moindre idée à quoi mes journées allaient ressembler dans une île au bout du monde, j'ai risqué et après 7 mois je suis tout autant excitée et curieuse, tout autant peureuse mais aventureuse.

Ce qui m'intéresse de prime abord, avant ces endroits paradisiaques, est plutôt l'humain et sa culture. J'ai connu peu de Mauriciens, mais la quasi-totalité de mes connaissances ont fait preuve d'une bonté qui échappe à toute description.

Au début j'étais "home-sick", le manque de maman et de la maison étaient de plus en plus pesant moralement. J'avais quasiment perdu mes moyens. Je me suis aussi faite opérer, en me réveillant après l'opération vers 3 heures du matin. Toute tremblante et peureuse, j'ouvris mes yeux dans le noir dans ma chambre de clinique, mais le pire était le fait d'être SEULE à ce moment-là.

Je cherchais avec mon cœur l'odeur maternelle qui me protégeait de tout malheur, crainte ou peur. Mon cœur criait "Maman j'ai atrocement mal, où es-tu?". Parce que d'habitude, quand il m'arrivait ce genre de chose, maman m'assistait.

Mais là, j'ai su que JE devais me relever seule, j'ai compris que maintenant débutait ma vraie vie, la vie où j'étais pilote et constructrice de mes propres expériences. J'ai compris que j'étais de nouveau née et qu'à cet instant précis je devais briller.

J'ai ainsi découvert à quel point les Mauriciens que je connaissais de différentes classes sociales, ayant différentes idéologies et religions, étaient un grand soutien pour moi. Ils ne cessaient d'apporter leur soutien du mieux qu'ils pouvaient afin que je puisse apaiser la douleur de la séparation, de l'opération et de mes nouvelles préoccupations. J'ai découvert un peuple divers, ouvert, chaleureux et très accueillant.

La vie ici est totalement différente du Maroc. Le stress ne prend place qu'à l'université, ce qui change de Casablanca et Marrakech. Les gens vont à leur rythme et vivent au jour le jour. Religieux et très tolérants.

Il ne m'était cependant pas difficile de m'intégrer au sein de cette société où le jugement d'autrui était absent. Je parlais fièrement de nos valeurs, nos coutumes, nos plats et j'étais tout autant excitée de connaître les leurs.

Cela fait 7 mois que je vis en Ile Maurice, et je n'ai découvert qu'une partie de l'immense culture de ce paradis. Je reviendrai certainement bientôt pour vous faire part du long voyage qui m'attend. Je vous confie qu'aujourd'hui j'ai décidé d'explorer l'Ile Maurice profonde.

Je revis après avoir quitté le cocon familial pour vivre dans une île et découvrir le plus profond sens de mon existence. La morale de mon voyage jusque-là, est que l'être à n'importe quel âge est capable de connaître qui est-il véritablement loin de sa zone de confort, car c'est à ce moment-là que se manifeste sa véritable personnalité.

Je suis Marocaine, je vis en Ile Maurice, et je rêve d'être citoyenne du monde.

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