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Monsieur le chef du gouvernement, la confiance est notre plus grand déficit. Voici comment la restaurer

Publication: Mis à jour:
YOUSSEF CHAHED
ASSOCIATED PRESS
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En souhaitant au gouvernement de M. Youssef Chahed la meilleure des chances, il est important de lui rappeler, en tant que 1er responsable de ce cabinet, du déficit omniprésent qu'il faudrait combler: la CONFIANCE.

Le parcours des cinq dernières années nous a conduit à un échec lamentable quant à la concrétisation de la plupart des attentes de la révolution de 2011, ce qui a affaibli de façon monstre le capital de confiance: La confiance dans le système semble être pulvérisée; la confiance dans les hommes politiques accuse un indice inférieur à notre taux de croissance annuel; la confiance dans les institutions censées être au service des citoyens a complètement disparue; la confiance dans la volonté et la possibilité des gouvernements successifs de lutter contre la corruption et de réformer une administration qui fonctionne mal n'est même plus envisageable .... En un mot, nous sommes là où nous sommes parce que personne ne fait plus confiance à qui que ce soit, ni à quoi que ce soit.

Rétablir cette confiance n'est pas une tâche facile, d'autant plus que, depuis 2011 et aux yeux de la majorité des citoyens, les choses ont empiré au lieu d'aller mieux.

Dans ce contexte, quelle serait la performance de ce "groupe" gouvernemental venant de divers horizons et valeurs politiques, avec divers backgrounds culturels et idéologiques? Est-ce que le succès d'un ministère pourra éclipser l'échec d'un autre? Est-ce que les questions d'ordre éthique ou moral, qui ne manqueraient pas de surgir, vont être gérées et traitées sur le plan communicationnel correctement ou vont-elles être balayées sous le tapis? Est-ce que les bonnes intentions de M. Chahed vont résister aux influences partisanes lorsqu'il s'agirait d'affronter un sous-fonctionnement administratif ou l'acharnement des lobbies illicites qui bataillent pour garder le statu quo d'une corruption gangrénée?

Il est clair qu'un discours bien écrit, taillé sur mesure et livré par des coaches ne suffirait pas, à lui seul, à reconstruire un lien moral et psychologique altéré et usé par tant d'échecs et de déceptions.

Une fois perdue, la confiance ne peut être regagnée que grâce à une stratégie méticuleuse de leadership authentique et participatif, où chaque membre de l'équipe confirme son engagement absolu à un comportement irréprochable et à une performance exceptionnelle.

La tâche de M. Chahed s'avère doublement difficile, car il se doit de rebâtir la confiance perdue dans l'appareil de l'état qui va lui permettre d'atteindre ses 5 grands objectifs, et créer la confiance dans son équipe taxée de groupe de politiciens avides de pouvoir et de projecteurs.

Pour surmonter cette crise, il a l'obligation d'être un chef de file très diplomatique avec une intelligence émotionnelle exceptionnelle, prêt à transformer une nation en donnant lui-même l'exemple par une planification minutieuse et une détermination inébranlable. Il doit de même être un gestionnaire autocratique exigeant face aux individus dotés de différentes fortes personnalités et diverses affiliations, et même, agendas.

Un fonctionnement idéal de cette équipe gouvernementale exigerait, tout d'abord, que tous ses membres démontrent une expertise de domaine, ou s'entourent d'experts, et délèguent correctement et efficacement. Pas une tâche facile quand les égos sont en jeu.

En second lieu, la crédibilité doit être à l'ordre du jour. Chaque ministre doit communiquer son/ses attentes ouvertement et sans "agendas cachés". Ils auront à affronter ouvertement des circonstances difficiles afin de créer une véritable confiance dans leurs relations avec toutes les parties prenantes.

Une communication claire, simple et précise est obligatoire pour instaurer un climat d'apaisement et des prémices de confiance entre le Tunisien et son gouvernement. Les citoyens ont besoin de savoir "qui, quoi, quand et comment" dans la limite du possible. Les Tunisiens sont fatigués des "scoops" portant sur des cas d'évasion fiscale, des cargaisons d'armes illégales dans nos ports, et d'autres cas rendus tristement célèbres par les médias sociaux, mais dont personne ne sait ce qui est advenu des protagonistes, ou si même il y a eu identification des responsables de ces crimes. On entend parler de juges corrompus, de ministres commettant des actes sexuels avec des jeunes filles mineures, mais les bulles médiatiques finissent par se faner sans qu'il y ait aucune conclusion tangible.

La confiance du peuple dans cette équipe passera obligatoirement par l'identification des coupables et l'application juste et rigoureuse de la loi pour et sur tous, pas seulement sur le propriétaire du café du coin, ou l'employé du bureau crasseux: Gagnez notre confiance en identifiant ouvertement les plus grands ennemis de la Tunisie, ceux qui marchent sous nos cieux, respirent notre air et boivent notre eau.

Troisièmement, nos ministres doivent faire preuve d'écoute empathique afin de bâtir une véritable connexion avec tous les citoyens, et ce n'est certainement pas à travers les médias ou les réseaux sociaux que cela pourra se faire. Etre au contact du citoyen, l'écouter réellement, interagir avec ses soucis, développer la capacité d'étudier et d'apprendre des cas individuels, c'est ce qui permettra à nos ministres (et politiciens) de créer une réelle connexion avec le peuple, loin des shows télévisés et des speechs creux.

Quatrièmement, le chef du gouvernement, et toute son équipe derrière, doit veiller à garder sa fiabilité en respectant au maximum ses promesses et ses programmes annoncés. Bien évidemment, on n'est jamais à l'abri d'aléas de parcours qui pourraient entraver le maintien de certaines promesses, il est alors indispensable de prendre le temps d'expliquer les faits et rendre des comptes aux citoyens, loin de la symphonie habituelle des excuses creuses.

Accepter la responsabilité dans une telle crise socio-économique implique une profonde confiance dans son plan de sauvetage, le peuple est avide de quelques signes d'espoir, il faudra éviter de lui infliger plus de désespoir.

Quant à la gestion de la crise de confiance dans les institutions, cela restera tributaire de la performance d'équipe, et pas des prestations individuelles. M. Chahed doit reconnaître les erreurs commises par ses prédécesseurs et en tant que chef du gouvernement, il doit orienter le doigt accusateur vers la Kasbah et les institutions qui la représentent.

Il aura aussi à gérer avec fermeté les tendances de certains ministres à la sur-médiatisation personnelle, le manque de performance de certains, la léthargie et le manque de responsabilité d'autres, et tout comportement qui entacherait l'exemplarité du gouvernement. Il doit rappeler à son équipe qu'ils sont au service du citoyen et qu'ils doivent le démontrer par l'action.

M. Chahed, maintenant que vous êtes à la tête du gouvernement et que vous avez accepté cette position peu enviable, il vous incombe de rétablir ce lien de confiance rompu, il y va de votre succès et du salut de la Tunisie. Je suis convaincu que notre nation est indulgente et prête à commencer la reconstruction du pays, main dans la main avec un gouvernement déterminé à rétablir l'ordre, la confiance et les valeurs perdus.

La scène est à vous Monsieur le Chef du Gouvernement, abrégez les préliminaires et que le spectacle commence.

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