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Le protectionnisme: La solution idoine pour notre économie

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LM
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Il est indéniable de dire, aujourd'hui, que la question économique est au centre des difficultés que rencontre la Tunisie. De sa résolution dépendent la stabilité économique et sociale de notre pays et l'ouverture sans cesse différée des chantiers de réformes dans des domaines aussi cruciaux que l'Enseignement, la Santé ou la Justice. C'est un postulat sur lequel s'accorde toute la classe politique.

Essayons de comprendre la source de la crise afin d'y apporter les bons remèdes.

Aux origines de la crise économique

La crise économique actuelle en Tunisie trouve, certainement, une part de son explication dans des facteurs exogènes liés à la recomposition du paysage politique qui a fait suite au changement de régime après la révolution. La gestion et les anticipations qui ont été opérées n'ont pas toujours été judicieuses. Certaines décisions monétaires et politiques ont ouvert la porte à une inflation qui a trouvé, par la suite, des conditions propices pour durer. Néanmoins, ces différents éléments, aussi délétères soient-ils, ne sauraient à eux seuls expliquer l'installation du pays dans un état de récession qui se répercute sur le climat social et assombrit les perspectives d'avenir, au moins sur le court terme.

Aux origines le modèle économique sous Ben Ali

En analysant la situation actuelle, nous oublions souvent de souligner d'où vient la Tunisie.

Généralement, nous ne retenons que la moyenne de croissance de 4.4 sur vingt ans dont se prévalait le régime de Ben Ali et nous négligeons de relever que les dix dernières années n'ont pas été les plus glorieuses. Les différents accords signés par le régime, en 1995, n'étaient entrés pleinement en application qu'après dix années. Ce qui explique leur impact sur la dernière décennie Ben Ali.

Les années 2000-2010 étaient des exercices marqués par une croissance molle, incapable de résorber le chômage et de répondre aux attentes des jeunes et en l'occurrence des diplômés. La décennie du libre échange n'a pas tenu ses promesses en flux d'investissements étrangers, de création d'emplois et en croissance soutenue. La révolution est alors venue signer le constat d'échec d'une politique que le pouvoir n'avait pas eu la lucidité ni le courage de remettre en question.

Or, au lieu de prendre acte de la péremption de ce modèle, voire de son agonie, les pouvoirs postrévolutionnaires se sont obstinés à le maintenir en vie. Par une politique volontariste de relance, ils ont tous, sans exception, opté pour une expansion budgétaire et des dépenses publiques au prix d'un endettement extérieur galopant. Une fois encore, aucun des gouvernements postrévolutionnaires n'a eu la clairvoyance de s'interroger sur les raisons de l'échec de la relance. Et voilà, qu'à son tour, le gouvernement actuel, en mal de levée de fonds, organise un congrès international pour renflouer les caisses de l'Etat et ce, au prix d'un surendettement devenant réellement insoutenable.

Deux questions s'imposent dès lors:

  1. Pourquoi en sommes-nous arrivés à cette situation intenable?
  2. Que faire pour y remédier?

Une économie malade de sa balance commerciale

Les premiers éléments de réponse sont dans la lecture de l'évolution de notre balance commerciale. A partir de 2009, s'opère une envolée effrénée de nos importations officielles et le phénomène est certainement plus ample si nous y incluons l'envolée, sans précédent, de l'économie informelle dont nous ne savons pas grand chose.

Est-il besoin de rappeler que lorsque les importations atteignent 20% des produits consommés par les ménages, le coefficient multiplicateur du budget chute à 2. Notre coefficient actuel est dans le meilleur des cas à 1. Cela veut dire que les dépenses publiques n'ont eu, jusque là, aucun impact sur la relance de l'économie. Ce qui explique la faillite de toutes les politiques économiques conduites depuis 6 ans.

Tout se passe comme si la dépense publique, censée augmenter le pouvoir d'achat des Tunisiens, se transforme, du fait de son report sur des biens de consommation étrangers, en une subvention des économies étrangères et par ricochet de leurs emplois. Conséquence: nous n'en récoltons que davantage de chômage et de dettes.

Il est même impossible pour nos entreprises (PME), dans l'état actuel du moins, de faire face à la concurrence des marchandises étrangères nettement plus compétitives, soit au niveau des prix soit au niveau de la qualité. Or, des entreprises tunisiennes qui peinent à s'affirmer sur leur marché naturel et vital, qui est le marché local, ont-elles la capacité d'investir ou d'embaucher? La réponse est: NON

Peut-on alors attendre du secteur privé qu'il joue le rôle de locomotive de l'investissement qui est le sien? D'autant plus qu'il est composé à 80% de PME qui ne trouvent ni financement ni soutien.

Le déséquilibre de la balance commerciale a entraîné dans son sillage une dépréciation du dinar appauvrissant les ménages et réduisant leur consommation. Ce qui les contraint à se reporter sur des biens de consommation étrangers, plus compétitifs sur le prix, aggravant les difficultés des entreprises tunisiennes.

Quel traitement dans l'urgence autre que le protectionnisme?

Que faire alors? La réponse découle de source: corriger le déficit de la balance commerciale. Comment? Par le protectionnisme.

A l'UPR, nous l'appelons de nos vœux, depuis plus de quatre ans. Que n'avons-nous pas entendu? Entre ceux qui rétorquent que le protectionnisme est une politique d'un autre temps et ceux qui nous rappellent que la Tunisie s'est engagée sur des accords internationaux, notre réponse: Et alors? Qu'est-ce qu'il nous interdit de mettre en cause aujourd'hui ces accords allant à l'encontre de nos intérêts? Si nous voulons une économie nationale, il faut une souveraineté nationale, celle-ci commençant par décider ce qui est bénéfique pour la Tunisie et pour les Tunisiens sans se soucier du reste. Car toutes les contraintes peuvent être gérées avec intelligence et de subtilité.

Le protectionnisme ne signifie pas autarcie. Nous souhaitons simplement protéger les secteurs d'activité que nous maîtrisons. Fort heureusement, ce sont souvent ceux qui requièrent peu de capitaux, de technologie et sont gourmands en main d'oeuvre. Nous continuerons, bien sûr, à importer des avions, des voitures et de la technologie. Nous maintiendrons l'enveloppe des échanges avec nos partenaires traditionnels auxquels nous lient des intérêts dépassant le seul volet économique. Il ne s'agit pas de réfuter la mondialisation, même si celle-ci bat de l'aile et s'annonce en berne avec l'élection de Donald Trump. Tiens encore un protectionniste! Mais force est de constater que nous nous sommes mal préparés à cette ouverture sur le monde qui a été adoptée de manière précipitée et sans stratégie aucune.

En conclusion: il s'agit aujourd'hui de protéger nos entreprises en protégeant des secteurs d'activité et non des personnes, installer entre elles une compétition qui permettra un gain sur la maîtrise des coûts et de la qualité, puis s'ouvrir avec prudence sur la compétition internationale avec de meilleurs atouts.

La sortie de crise OUI c'est possible, mais avec une autre politique économique.

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