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Nice, un an après l'attentat: La mémoire et les enseignements

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Je n'ai nullement l'intention de rajouter des couplets à la complainte sur la pitoyable prestation du gouverneur dépêché pour nous représenter, le 14 juillet à Nice et qui a fait couler beaucoup d'encre et suscité des échanges, des plus rugueux, entre compassion et condamnation. À croire que désormais, le Tunisien se cramponne aux positions extrêmes: hilare ou éreinté, il aime éperdument ou il hait viscéralement... Intrinsèquement et sans ressasser, je demande sans l'ombre d'une onction, juste un peu d'indulgence et de tendresse pour ce brave gouverneur, qui certainement, est très compétent dans la gestion de son département mais n'ayant pas fait khâgne et suivi le Cours Florent, n'a que ses petits moyens pour communiquer!

Il n'a probablement pas cherché ou demandé à se trouver à cet endroit, en si mauvaise posture et vivant un grand moment de solitude, acculé à égrener des phonèmes, dont il faut imaginer les signifiants et des mots dont visiblement, il a du mal à saisir le sens... Soyons compréhensifs et tolérants, on ne peut en vouloir qu'à ceux qui ont pris la décision de le balancer dans cette arène! Encore une erreur d'une diplomatie de débutants, tâtonnante et hasardeuse à laquelle, complètement désarmés, on finit par s'y accommoder!

Ce fait divers est juste un prologue au sujet qui me tient à coeur et à qui j'ai toujours voulu consacrer un billet et éventuellement susciter un débat: la place des langues et des humanités dans les programmes d'éducation en Tunisie. Inutile de rabâcher un constat connu de tous, de la misère et de l'étendu du désastre linguistique!

La lecture, des inscriptions dans toutes les langues, sur les devantures d'officines et d'échoppes, des annonces, des formulaires administratifs, des demandes rédigées, des notes et divers rapports, des commentaires et des échanges épistolaires sur les réseaux sociaux surtout ceux dont les auteurs sont les jeunes, utilisant plus des chiffres et des hiéroglyphes comme dans l'époque pharaonique que des phrases correctement construites; ainsi que l'écoute des interventions télévisées de politiques, de sportifs, d'artistes, d'étudiants et tutti quanti ou encore plus âprement, le décompte des zéros attribués aux compositions d'épreuves de langues au bac, clôturant l'année de la terminale qu'on gratifiait jadis du nom très révélateur, de classe de rhétorique! Ces constatations valent mieux qu'un long discours sur l'état des lieux... On tord allègrement le cou des langues et personne ne s'en soucie ou s'en émeut... Faire signaler poliment une faute de français à un quelconque interlocuteur ou même à un collègue universitaire dans mon cas, vous fait passer pour quelqu'un de lourd, pédant et même suspect, on est presque réduit à s'en excuser! Être soucieux de tenir un langage un peu soutenu, de trier ses mots et de vouloir placer les virgules au bon endroit dans les écrits, vous fait passer au mieux pour un vieil esthète, réac' et au pire pour un petit maniaque, "un enculeur de mouches"... Passons!

Cet état est l'aboutissement et le fruit de politiques et de réformes éducatives successives, intempestives et désastreuses.Tout a commencé avec la politique d'arabisation à outrance prônée par Mzali, mu par un élan de panarabisme fanfaronnant et lorgnant la sympathie des frérots!

Ensuite, le coup de Jarnac est venu de la part de Zaba, par sa politique de nivellement par le bas, de récupération rcdiste de certains intellectuels et universitaires et d'ostracisation des récalcitrants... Je crois qu'il faut impérativement redonner leurs titres de noblesse aux enseignements des langues et des humanités: la philo, les littératures classique et moderne, l'étude des civilisations, la poésie, l'art ... Je ne prétends pas détenir les clés pour sauver la situation mais, ô combien j'ai la certitude que la solution ne peut émerger que d'une profonde réflexion et d'une longue et large concertation, dans le cadre d'assises nationales dédiées à cette cause. Un défi énorme pour un chantier gigantesque où tout le monde peut apporter son caillou!

Commençons d'abord, par ne plus réduire la langue dans les filières scientifiques et techniques, au maigre rôle de vecteur de transmission des connaissances. Mettons fin à l'hégémonie des matières scientifiques et revalorisons les modules littéraires en supprimant ou tout au moins en réduisant l'écart entre les coefficients pour le calcul des moyennes et des scores! Quelle importance d'avoir des idées scientifiques si on est incapable de les formuler dans un langage clair et à travers une expression solide!

Faisons de la remise au goût du jour des réflexes de lecture et de l'ancrage de traditions livresques chez les élèves, une priorité absolue et un objectif majeur.

Ne faudrait-il pas penser sérieusement à appliquer dans le primaire, des mesures simples, concrètes et efficaces comme rétablir les bonnes vieilles, récitation, dictée, expressions, écrite et orale à la place de ces matières creuses, au contenu flou et à l'évaluation approximative? Mais d'autre part, a-t-on les enseignants, plus habitués à s'en tenir à ce qu'ils savent faire, pour suivre et mettre en application ces idées? Là, on revient à l'incontournable situation d'apprendre aux apprenants...

Tout ceci reste naturellement tributaire de questions de définition de vision et de stratégies, d'effectifs, de moyens et ... in fine de volonté politique.

Pour mettre un peu de gras, comme on dit, dans ce post et terminer sur une note souriante, je vais vous raconter une anecdote à propos d'un collègue de fac, enseignant comme moi les maths, mais au français charcuté et à l'accent horriblement déglingué. Il faisait un cours sur ce qu'on appelle "les fonctions mesurables" (pour les intéressés, mon collègue et néanmoins ami Moncef Lahzami avec ses grandes qualités de vulgarisateur, pourra mieux que moi, vous en donner un bref aperçu). Au début du cours et faisant bien attention à la prononciation, ses fonctions sont mesurables mais vers la fin du cours et en se relâchant un peu, le naturel reprend le dessus et elles finissent par devenir "misérables" et pour chacune, il existe un élément x "inique" tel que ...

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