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Vite fait, bien fait notre limogeage de l'Instance Vérité et Dignité

Publication: Mis à jour:
IVD
Facebook/Instance Vérité et dignité
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Nous sommes le vendredi 14 octobre 2016.

Deux contre neuf dans l'arène de l'Instance Vérité et Dignité à abattre bien avant leur entrée. Les dés ont été jetés bien avant, tout le monde le sait depuis le jour où elle a été quémandée (censée être des plus indépendante) la bénédiction de certains partis puissants comme à l'accoutumée.

Une seule voix se doit de se lever. Une seule couleur à décider. Tous ceux qui ne sont pas pour, sont contre et auront leur tête mise à prix.

Basta a été notre décision à deux. La mascarade n'a que trop duré. En allant à l'Assemblée des Représentants du Peuple, ils nous ont mis aux arrêts.

En allant à la télé, ils nous ont exécutés sans appel ni pitié.

Un jugement à l'emporte-pièce sans fondement légal juste parce que nous nous entêtons à les contrecarrer, à dire non aux violations de la loi et appeler à être transparents dans les affaires de cette instance.

Le peuple du plus cultivé à l'illettré, du politicien à l'a-politisé, du puissant au plus faible a le droit d'être informé et de s'asseoir au même piédestal de la justice et de l'égalité.

L'Instance Vérité et Dignité (IVD) dès ses débuts a eu une sortie chaotique et a colligé bavure sur bavure, maladresse sur maladresse et manque de civisme en premier. Du timing des archives à ramener en trombe, juste au moment où un nouveau président venait à peine d'être élu pour démarrer une relation de malaise prémédité avec le nouveau gouvernement.

Plus grave encore, le manque de la moindre norme de sécurité pour des papiers si précieux contenant des secrets d'État depuis des décennies déjà.

Elle a crié au loup à maints incidents mais les problèmes étaient à l'intérieur avant d'être en extérieur.

Notre pays est en pleine mouvance. Des titans l'agitent et veulent le faire plier. Des forces obscures le raclent de toute part. Il tangue fortement sans qu'ils puissent le couler. Une protection divine et mille saints seraient comme diraient mon peuple dans un dialecte si doux et si naïf.

L'Instance Vérité et Dignité est par la loi indépendante et sans droit de regard de la part de quelconque autorité.

Un lapsus certain de la part de la constituante qui a donné, confiant, autant de latitude à une instance gérée par des humains qui peuvent se tromper ou litiger.

L'IVD s'est donc autorisée à travers le noyau dur de ses membres à voter l'in- votable, à prendre des décisions sans respect du quorum, à valider, décider en catimini sans revenir aux autres membres d'un conseil fortement amputé.

Nos voix ont été largement confisquées ouvrant la voie à la tyrannie et à la dictature d'une majorité pré-écrite mais surtout au non droit et aux actes houleux.

Sa présidente a fait de notre résistance de la chair à canon et du droit de réserve un épouvantail auquel elle nous a attachés. Elle a depuis sévi sur nos statuts de membre nous emprisonnant dans ce ghetto qui se veut l'Instance de la vérité et de la dignité.

Depuis, ce ghetto est devenu notre mouroir puisque les grandes idées nous ont été interdites et nos interventions presque impossibles.

Nous nous sommes vus arrachés nos ardeurs et nos rêves d'antan, d'écouter, de réparer et de faire partie de ce lot d'élus pour écrire l'histoire de nos aimés- les victimes, s'effilocher au fur et à mesure chaque jour un peu plus.

Mon cœur, on a essayé de l'arrêter pour qu'il ne batte plus au rythme des miens, ces gens pour lesquelles j'avais quitté ma blouse de médecin pour mieux les représenter.

Dans cette Instance, j'ai été des plus malheureuses. Je crois que je n'y ai jamais autant pleuré.

Pourtant, chaque jour que Dieu a fait, j'ai pris mon courage à mille mains et j'ai foncé m'enfermer avec mes aimés - les victimes pour les écouter. J'ai été pour eux au plus loin de ma personne, une oreille amie avec une main portée sur leur cœur, sur leurs vies brisées. J'ai essayé de leur souffler à chaque fois que les mots se mourraient qu'il n'y a plus rien à craindre et que l'enfer s'est éteint.

Leurs larmes ont souvent salé les miennes et je me suis retournée à chaque fois que le temps pour eux s'est arrêté, pour m'essuyer.

J'ai revu avec eux leur prison et leurs démons. J'ai entendu leur douleur au plus fort que leur voix puisse porter. Mes yeux ont rencontré alors les leurs et nous nous sommes confondus ne sachant plus que s'aimer.

Je suis certes une femme dotée de science et de pas mal de malice mais jamais devant autant d'horreur racontée, de vies volées, je n'ai pu résister.

La glace n'a jamais eu de place ni dans mon corps ni dans ma tête tellement torturée.

La présidente et son noyau dur comme j'aime à appeler ont allongé leurs interdits jusqu'à assécher mes sources de tiédeur dans ce climat froid et glacial qu'est devenu leur IVD.

Ils m'ont interdit aux victimes et depuis ma vie dans ce ghetto s'est opacifiée.

Plus rien n'a pu désormais passer. La fin a alors été irrémédiablement entamée.

Une cascade de sanctions sans fin et pour un soi-disant grief, avant d'avoir été "punis" mon
collègue si Mustapha Baazaoui et moi.

Nous sommes en fait plus que deux encore à dire non j'espère, mais fièrement les seuls à être les plus courageux pour avoir affronté le titan et lui dire NON avant d'être limogés.

Il n'a jamais été question de céder ni de tergiverser parce que à nos yeux, mon collègue et moi n'avons pu permettre l'entrave à la loi et les dépassements.

Envoyer aux poubelles des décisions du tribunal administratif n'a été que la pointe de l'iceberg qui annonce l'écroulement d'un empire bâti sur beaucoup de faux et de suspicion.

Oui, faux quand la loi décide et que madame la présidente et son noyau dur partent dans le sens contraire.

Oui, faux quand la constituante écrit et ordonne des textes législatifs clairs et fermes que madame la présidente et son noyau dur transgressent et s'autorisent à devenir de simples exécuteurs de ces textes en nouveaux législateurs non consignés.

Ils se sont autorisés donc en maîtres des lieux de rayer les dates légales de fermeture des inscriptions et d'ouvrir une date large et jamais consignée dans le journal officiel.

Oui, ils se sont autorisés d'élargir ce délai non pas aux victimes de la répression mais juste pour ceux qui les ont violés et lapidé leur argent du temps du dictateur.

Le 15 juin 2016 a été un délai juste pour le pauvre et le démuni, le violé et le réprimé mais jamais pour celui qui a corrompu et affamé le peuple.

Dans cet écrit, je n'appelle pas à nous venger de ces gens précis. Non et non et encore non: "C'est pour le péché que le pardon existe!"

Juste, je veux que tous, victimes et 'perpétrateurs' s'alignent à la même ligne de départ.

Je voudrai que sous le toit de cette Instance, seule l'équité prime. Pas de poids et de mesure. Juste la vérité et la tolérance. Est-ce trop demander?

Les dépassements ne s'arrêtent pas à ces faits graves uniquement mais la porte a été défoncée et nous les récalcitrants, nous avons été jetés aux oubliettes et nous avons ignoré tout-je dis bien tout- des moindres décisions du conseil restreint de madame la vénérée.

Lorsque j'ai rencontré l'homme d'affaire comme je l'ai dit sur un plateau télé, je ne savais rien absolument rien de l'accord avec lui. Nous avons été plus d'un membre à ignorer jusqu'à ce que
"I Watch" précédemment remerciée dans notre communiqué, s'en saisisse et le rende public.

Du coup, je n'ai plus crié au loup mais j'ai vu le loup.

Pour tout cela, j'ai décidé de vous écrire et de vous en parler.

Par notre ultime démarche de faire la vérité et de tirer la sonnette d'alarme, nous avons décidé de saisir les autorités suprêmes de ce pays pour faire valoir la loi mais surtout de saisir l'opinion publique à laquelle je ne suis pas en droit de cacher la vérité.

Qu'ils me limogent ou me balaient, je continuerai à hurler à la Galilée : "E pur si muove" (" Et pourtant elle tourne")

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