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Tout est régi par la force: soit on l'accepte, soit on s'y oppose. Tel est mon sort à l'Instance Vérité et Dignité

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Prométhée-le prévoyant a vu bon de protéger les humains nus et sans défense en leur accordant l'art du feu.

Zeus, le Dieu de tous s'est déchaîné pour se saisir du pouvoir de ce dernier.

Prométhée ne cède pas car il sait que Zeus ne peut le faire mourir. Il est condamné à être torturé par un aigle qui lui dévorera éternellement le foie, celui-ci se régénérant sans cesse.

Depuis, tout a été tranché par les dieux. Ceux qui seront adeptes du pouvoir et toujours aux côtés des plus forts et ceux qui seront compatissants toujours du côté des torturés et des plus faibles.

Ces derniers seront une minorité mais à qui incombera toujours le devoir de renverser l'ordre social. Ne dit-on pas que "la plupart des changements sociaux sont l'œuvre des minorités".

Tout sera régi dès lors par la force: soit on l'accepte, soit on s'y oppose et on devient la minorité.

Déjà, dans le ventre de ma mère, j'en fus une. Une fois dehors, j'ai décidé de m'opposer.

En rejoignant l'Instance vérité et dignité, j'ai eu comme la conviction de rejoindre un monde que je ne connaissais que trop. Celui des victimes, ceux- là même à qui le monde s'est toujours fermé.

Il m'incomberait dès lors avec tous les autres membres de les écouter et d'en faire la voix la plus élevée, qui portera au plus loin partout dans le monde, mon cœur battant depuis si longtemps au rythme des leurs.

Je ne savais pas en y entrant qu'il me fallait plus que mon bagage de femme médecin affiliée aux souffrances de l'humain.

Je ne savais pas qu'il me fallait plus que mon assistance aux droits de l'homme si longtemps tus ou bafoués.

Je ne savais pas qu'il me fallait plus que ma science dans ma cuirasse et plus d'un parti comme allié.

J'ai essayé d'y faire mon trou. J'ai usé de tous les vieux conseils des anciens. J'ai fais le dos rond et plat. J'ai fait la pluie et le beau temps. J'ai essayé d'être à l'écoute et de me fondre à mon peuple mais j'ai échoué.

Non pas par manque d'idées mais parce que les courants sont forts et les tempêtes sans relâche.

Je me suis usée pendant voilà deux ans puis j'ai compris que le plus gros problème dans cette Instance, est un problème de confiance. Du coup, j'ai aussi compris que le manque de confiance est un problème national.

Le peuple entier manque de confiance envers l'autre: que ce soit envers son voisin ou son prochain mais surtout envers son État. La vraie crise est une crise de confiance et particulièrement dans cette Instance.

L'instance depuis sa création a été taxée de beaucoup de discrédit. Fondé ou non, là n'est pas le vrai problème. Le hic est de conquérir la confiance de ce peuple en cette institution particulièrement et par conséquent en toutes les institutions de l'État.

L'Instance vérité et dignité a pour mission majeure de révéler la vérité en témoignant du passé des violations faites sur ce peuple pendant des décennies mais surtout en mettant les mécanismes pour que cela ne se répète pas.

L'Instance a pour mission noble d'apaiser ce peuple de ses tourments mais surtout d'asseoir un terrain de paix et de confiance.

Seule la transparence est garante d'une mission réussie. Elle assurera aux victimes qu'aucun d'entre eux ne sera opprimé ni oublié ni happé par une machination quelconque.

Tout un chacun se retrouvera et retrouvera ses droits entiers et sans l'ombre d'un doute ou d'une crainte.

Seule l'application de la loi est garante d'une mission accomplie. Elle assurera que nul n'est au-dessus de la loi, pas même les politiciens ou encore les présidents des partis ou de l'État.

C'est seulement si ces deux conditions sont respectées à la lettre que nous pourrons affirmer que l'IVD a été menée à bon port.

Elle aura alors doublement honoré sa mission et apaisé ce peuple meurtri qui recommencera à avoir confiance en ses institutions.

La peur, l'instabilité, les nerfs à fleur de peau, les révoltes et les insoumissions disparaîtront d'un coup de baguette magique parce qu'ils n'auront plus lieu d'être.

Le terrorisme nouvellement ancré dans ce pays ne sera plus subi comme une terrible fatalité. Il disparaîtra de la même façon qu'il est venu.

Nous pourrons seulement alors nous lever pour la féliciter d'avoir été ce pont qui a assuré la transition de cette nation d'une dictature bannie par tout un peuple sans vindicte ni effusion de sang à une démocratie bénie par tous les Tunisiens sans exception.

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