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Serions-nous victimes des démocrates comme l'a été Socrate?

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Socrate est né un homme libre et exécuté en homme libre par ses contemporains.

En le condamnant à mort au puissant sirop de cigüe, ils le condamnèrent à entrer dans l'immortalité dans toute l'histoire de l'humanité.

J'aime trouver dans sa sentence un ultime rapprochement du nôtre, mon collègue Mustapha Baazaoui et moi.

Vous traiterez ma démarche pompeuse et ma personne prétentieuse.

Pourtant, je continuerai à penser que la majorité qui a voté ma radiation ainsi que celle de mon collègue de l'Instance Vérité et Dignité (IVD), est pareille à celle qui a voté la mort du maître et philosophe de l'humanité.

Une ambiance de chasse aux sorcières où courriers, graffitis et commentaires sur les réseaux sociaux sont capturés et où la liberté d'agir se fait avorter à chaque tournant de page.

Un "Dis ce que tu veux, il ne se fera que ce que veut cette majorité" a totalement ravagé notre quotidien à l'IVD.

Une majorité qui s'est dressée en permanent justicier s'octroyant le droit d'appropriation sur tout, souvent au détriment d'une démocratie en construction que tout le pays paye cher à installer.

Fossoyeurs de cette même démocratie pour laquelle la plupart se sont soulevées un certain 14 janvier 2011, je suppose.

La justice transitionnelle n'a eu dès lors de fondement que le leur et de stratégies que celles pré-dictées par des expériences similaires certes mais non obligatoirement conformes à notre vision des choses ou pire encore aux attentes de notre peuple et particulièrement de nos victimes.

Mon pays et moi sommes un cas unique, spécial. Je me suis insurgée contre le copier-coller.

Une descente musclée d'exclusion et d'interdits a eu gain de cause sur toutes nos actions et libres pensées.

Je me suis pendant plus d'un an recluse dans un mutisme douloureux m'interdisant le moindre mot à l'extérieur sur ce projet conçu par des humains pour des humains.

Je me suis empêchée pendant longtemps d'accoucher du moindre caractère, moi qui dans mes écritures cherche en permanence la délivrance et la paix. Ma principale erreur a été dans ma naïveté.

J'ai respecté à la lettre la consigne de mes aînés. Ceux qui pour moi ont toujours été des ténors de la liberté et des droits de l'homme.

Je n'ai aucun instant pensé à "razzier" comme il a été dit par la présidente une quelconque responsabilité. Les feux de la rampe n'ont jamais été mon attrait.

Juste, j'ai rappelé que les décisions se prennent avec tous réunis et jamais préétablies.

Je n'ai cessé de répéter que la voix des victimes doit primer et que ces derniers font partie intégrante d'un peuple avec toute son histoire.

J'ai refusé d'en faire des sujets de chantage et de rançonner leur dignité à travers quelques billets. J'ai constamment appelé à la sagesse et au référendum et non à l'unilatéralité et au monopole. La sagesse étant dans le juste milieu et jamais dans les extrêmes.

Certes, l'instance est la seule habilitée par la loi à contenir victimes et perpétrateurs. Il lui revient par obligation d'être juste, neutre et sans équivoque.

Il lui revient aussi d'honorer le passé en s'activant avec les meilleurs spécialistes de la mémoire et de beaucoup de sciences.

Certes, le travail de cette instance est une première dans l'histoire de notre pays. Nous avons toujours manqué de véritables et courageux historiens pour la reprendre.

L'IVD se doit de le faire au mieux pour que chacun se retrouve.

Chaque minorité doit y trouver sa place parce que dans le passé, toutes ont joué un rôle même si elles se sont tues ou décidées de fuir pour se sauver.

J'ai eu le malheur d'irriter par mes constantes rebellions dans une quête de la liberté les ennemis de la liberté, ceux- là même qui autrefois se posaient en ses défenseurs. Terrible et dramatique constat.

Il n'y a pas pire que le sort réservé par les autrefois "résistants" à leurs compagnons. Ils s'autorisent à s'imposer le droit de bien tenir le peuple avant de lui accorder sa liberté.

Une forme de sous- traitance de la liberté de sorte que rien ne sortira de chez eux et la liberté sera à jamais confisquée. Cela a toujours été de règle et ce depuis la nuit des temps.

De plus, je n'ai pas de parti comme "armée". Sans soldats, tu dépends toujours des autres. Voilà ce que j'ai appris à l'IVD. Un jour ou l'autre, ils te feront payer ce manque.

J'ai payé pour mon "manque d'infanterie" et j'ai été radiée pour mes constantes insubordinations.
Fière et tête haute, je n'ai aucun regret. Socrate a irrité par deux fois ses juges. La première fois en refusant de lire un discours de défense écrit par ses amis pour adoucir la sentence. Il a affiché la légèreté et l'absence de regret. La seconde en raillant leur procès tout en refusant de s'enfuir par respect à ses principes et à la loi.

Nous avons refusé par pure conviction de nous faire accompagner de défenseurs tout en abordant la même légèreté et le non regret. Nous n'avons pas fui aussi et nous nous ne sommes pas dérobé à un conseil postiche et sans intérêt.

Au final, je préfère perdre sans eux que gagner avec eux car j'aurai tout essayé. La vérité et la dignité, je saurai les trouver avec ou sans l'IVD.

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