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Ruminations post-ARP

Publication: Mis à jour:
TUNISIA ASSEMBLY
Zoubeir Souissi / Reuters
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Je reconnais ces regards faisant semblant de s'intéresser alors que les pensées sont rivées sur autre chose que l'Assemblée.

Je reconnais ces mimiques et ces jeux de rôle grotesques, ces pantomimes de bas étage où l'ingéniosité et le respect de l'autre sont absents.

Je reconnais ces faux sourires complaisants emplis de pénibles augures et de mauvais sentiments.
Je reconnais ces lèvres faussement pincées qui déversent le contraire de ce qu'elles pensent.
Je reconnais cette lâcheté et ce regard véreux qui abat de sang-froid l'homme qu'il avait il y a un instant porté au sommet.

Je reconnais aussi ces yeux qui se cherchent pour abattre l'épée mimant le hasard, l'accident et l'incrédulité.

Je la reconnais cette voix trouble-fête et trouble tête qui s'égosille plus aiguë que jamais pour ne rien dire mais tout faire foirer.

Je la reconnais cette autre qui joue à la sainte ni touche pour dévier les débats et égarer les esprits saints.

Je reconnais aussi ce temps de fracture où les nerfs sont mis sur le vif et les vies entre les mains de terribles plaisantins.

Je reconnais également cet air qui manque, ces frustrations dévorantes parce que la voix de la raison et de la vérité gagnent peu sous le joug de la majorité.

Je reconnais surtout ces sueurs profuses de l'autre qui peine à convaincre pour plaire ou se faire écouter alors que les dés sont jetés en dehors de sa volonté.

Je le reconnais cet autre tellement impuissant et pourtant si vrai, mon alter ego.
Je le reconnais à sa voix tantôt défaite tantôt emportée, galopant derrière une révolution mirage qui ne le porte plus.

Le plus triste dans tout cela, c'est ce jeu de rôle grotesque auquel plus personne ne croit car nous savons tous que tout a été décidé d'avance dans une comédie burlesque tracée dans le sang des innocents.

A croire encore que l'Assemblée est un grand théâtre où de nombreux pantins s'amusent à malmener l'intelligence de ce peuple. Loufoquerie et pantomime vulgaire.

A quoi bon suivre ces commissions à l'ARP, puisque les bras se lèveront au moment opportun pour répéter comme un perroquet ce que leur chef leur a dicté.

J'ai mal, terriblement mal.
Mal pour ma personne et mes indépendances.
Mal pour mon peuple et ses rêves perdus.
Mal pour ce pays que j'aime par-dessus tout.

Mon Dieu ce que la majorité et ce vote utile n'ont pas fait depuis cette révolution qui a tout emporté!
J'ai peur de finir par haïr l'une et l'autre parce que les deux s'ingénient à tuer en moi toute espérance en voix libre et éclairée.

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