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Nous sommes fatigués d'être pris pour des cons

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TUNISIA REVOLUTION
Christopher Furlong via Getty Images
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Nous sommes fatigués d'être pris pour des cons.

Il faut beaucoup de génie pour nous faire passer le travers de gorge ou la pilule des Trabelsi.

Juste un rappel de ces passages à tabac de notre intelligence et de nos émotions qu'on a pendant six ans malmenés sans gêne aucune lorsque les décideurs dans notre pays veulent nous faire avaler ou passer un stratagème.

Des balles parties sur des manifestants, des coins de rues, d'au dessus des terrasses, des ambulances de jour ou comme de nuit avec des morts et des blessés d'un côté et des snipers jamais retrouvés de l'autre. Puis plus rien. Juste une phrase pour bien se moquer: "celui qui trouve un sniper me le ramène!".

Des candidats au pouvoir préparés dans la connivence des ambassades et la complexité des compromis avec des partis prêts à l'emploi et des élections payées chères de notre intelligentsia et de notre pauvre élite. Puis plus rien. Juste quelques bribes par accident dans nos plateaux télé et quelques photos.

Des mises en scène diaboliquement médiatisées de l'arrestation massive des Trabelsi à l'aéroport en passant par la saisie de la caverne d'Ali Baba dans le palais de Ben Ali avec des tonnes de lingots et de cannabis. Puis plus rien. Juste une commission disparue avec la mort plus ou moins suspecte de son président, et le pécule évaporé.

Des coups de maître ou de traître de monsieur Farhat Rajhi and co sans oublier les fameuses barbes postiches des Ligues de Protection de la Révolution (LPR) d'occasion ou aguerries pour l'occasion en passant par les hordes de salafistes et leur drapeaux noirs branlés pour nous terroriser. Puis plus rien. Juste un ministère qui saute et un ministre qu'on démet.

Des coups de klaxons dans la nuit, des paquebots de pétards sans fêtards, des commandos en exercice ou des exercices de commandos pour ces jeunes qui s'exercent dans nos maquis, nos montagnes ou sur nos plages désertes. Puis plus rien. Juste une phrase comique d'un porte-parole déluré: "Ce sont des jeunes qui s'entraînent pour faire fondre le cholestérol!".

Des départs de plus en plus massifs de nos enfants en douce vers la Libye ou la Syrie. Nos filles et nos femmes enrôlées à leur su ou insu pour le fameux "Jihad Niqah" dans ces pays de troubles et de guerre. On compte cent tunisiennes en Syrie dont une femme médecin, nouvelle mariée qui a laissé son époux sous le choc ahuri et une autre, nouvelle maman qui a laissé son bébé en couche. Tous partis à travers une organisation mafieuse qui veut mettre notre pays à feu et à sang. Qui? Comment? Pourquoi? Que des questions. Puis plus rien. Juste de la poudre aux yeux, des démentis fallacieux mais surtout un silence liquéfiant.

Deux attentats politiques Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Des attentats terroristes contre nos soldats, nos policiers et des étrangers. Des mains qu'on coupe en préambule, des excisions dans l'air et des discours radicalisés en prémices dans nos mosquées et dans nos rues, dans nos universités et dans nos débats télévisés. Violence, incurie, dépression et attaques du corps d'une jeunesse perdue dans les complexités politiques et éperdue d'une liberté qu'on leur a volé. Des sit-in à leur actif, des manif, des élections boudées. Puis plus rien. Juste des procès avortés, des terroristes en liberté et des jeunes, pour un joint, en captivité.

Des trompe-l'œil, de la voyoucratie, de l'immondice, de l'injustice à la pelle et maintenant de la justice transitionnelle à bas prix pour des repentis de tous bord: de l'ancien et du nouveau régime. Des "instances de vérité et de dignité" à défaut, mieux encore à gogo.

Un seul objectif: un pays qu'on veut machiavéliquement vider de ses enfants et du souffle de Dieu pour y régner en maître absolu.

Oui, nous sommes fatigués d'être pris pour des cons.

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