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La révolution monstre...

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Il n'y a pas mieux que de faire un bilan en ce jour de nouvel an religieux de l'hégire.

Sept années entières bientôt où le religieux et la politique font bon ménage.

Le religieux est devenu une arme à double tranchant. Il a beaucoup perdu de son attrait, pire il est devenu troublant voire effrayant. Notre pays a connu de graves tournants fatidiques à connotation religieuse où les enfants de ce pays se sont au fil de ces sept années transformés brutalement en véritables monstres. Le sacré est devenu objet de chantage avec des passages à l'acte purement terroristes. Nous avons été confrontés au sang et le sang n'a été lavé que par plus de sang encore.
Nous avons perdu les meilleurs de nos hommes par des mains sanguinaires purement tunisiennes: Chokri, Brahmi, des policiers, des soldats et des civils tel les frères Soltani et la petite Sarra de Ben Guerdane.

Nous avons supporté la folie de ces meurtriers avec colère et douleur.
Nous avons supporté de côtoyer leurs meurtriers rendus libres par une justice étriquée.
Nous avons supporté de subir l'hypocrisie sociétale dont les politiciens nous ont gavé généreusement jour et nuit appuyée d'une législation à la carte à interprétations multiples et contradictoires.
Nous avons supporté la fuite de notre élite et de nos jeunes vers d'autres cieux parce que leur pays n'arrive plus à porter leurs rêves et ambitions.
Nous avons supporté la flambée des prix, la léthargie de l'administration, la saleté de nos rues et la corruption dans toute ses formes.
Nous avons supporté des médias vendus qui font la pluie et le beau temps camouflant la laideur en fausse beauté.

Nous avons...
Nous avons...
Nous avons jusqu'à ne plus pouvoir compter.

Seulement lorsque le mal s'attaque à nos petits, nous ne sommes plus en droit de nous taire. Nous devons nous soulever pour dénoncer et éradiquer le mal qui tente de "métastaser" toute notre société.

Au début de la révolution, des écoles coraniques ont fusé de partout dans un "laisser-faire" des autorités. Des robes afghanes donnant des impressions de "morts parmi les vivants" ont fait leur apparition dans ces écoles tant parmi le cadre enseignant que parmi les enfants. Harcelée par une société civile vigilante, la ministre de l'Enfance de ces temps s'est mollement manifesté en fermant quelques-unes de ces institutions. Complicité arrangée ou incompétence de mauvais initiés.

Les élections ramènent les attentes de ce peuple au summum et il va sans dire comment elles sont immenses au pied du nouveau président, vieux mais pas sénile. Malheureusement, ses pas sont de plus en plus spastiques et accrochent à chaque tournant.

Les désillusions de plus en plus nombreuses s'agrafent au pilori du désenchantement et du désaveu.

Le président de tous les Tunisiens n'est plus d'actualité. Président à revirements plus ou moins comiques avec des tiraillements multiples dont la principale plaie est son fils aîné qui lui aussi veut coûte que coûte devenir président.

Le Tunisien ne peut plus tenir entre les soubassements d'une politique hirsute et malsaine pliant chaque jour sous les charges d'une vie rendue de plus en plus difficile. Les issues deviennent rares. Partagé entre la peste et le choléra, le choix devient impossible. Seulement le mal s'attaque de manière de plus en plus insidieuse et perfide et je m'en voudrai de me taire et de ne pas démasquer par l'écriture cette affaire de floraison d'écoles privées louches un peu partout dans le pays.

Des tenues à l'afghane et des petites filles entièrement voilées refont leur apparition. Un enseignement de l'islam rigoriste est servi en parallèle au vu et au su de tous dans un silence complet des autorités concernées qui cette fois sont sous la cape des modernistes.

Nous faisons courir à nos enfants un grand danger en les laissant livrés pendant des heures entre les mains d'enseignants non contrôlés dans des structures privées.

Le terrorisme n'est pas uniquement dans une attaque au couteau ou à la bombe ou au camion bélier mais il commence par là. Il campe dans ce changement rigide des mentalités qu'on opère à bas bruit depuis cette révolution du 14 janvier pour produire des ennemis à la vie. Des monstres parce qu'ils se veulent délibérément mort-nés.

Une révolution monstre, je dirai.

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