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La majorité silencieuse comme complice de Daesh

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ISIS FLAG
Stringer . / Reuters
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Je suis depuis trois ans sur un travail scientifique étudiant le profil médico-psycho-social des terroristes, les jeunes et particulièrement Tunisiens. Dans ma collecte des données, je découvre un panel large de profils de terroristes.

Un trait commun les rassemble: une surenchère claire de la religion avec des signes biscornus de religiosité tant vestimentaire que comportementale.

Ils se posent alors en sauveurs de l' "Omma" ("la communauté") avec des jugements dépréciatifs et d'inacceptation de l'autre qui leur est différent.

Ces "surmusulmans" comme les cite si bien le professeur Benslama me dégoutent, me font vomir, m'empêchent de dormir et surtout m'amènent à des réactions extrêmes.

Je regarde les infos, et tous les jours les mêmes images de terreur sur toutes les chaînes n'en finissent pas.

Des images de sang. Des corps d'enfants allongés, écrasés par le camion bélier de ce fou furieux sorti de nulle part. Des recoupements, des témoignages des survivants terrorisés et sous le choc.

L'abîme sans fin qui reste béant emportant la joie d'un 14 juillet et ses feux d'artifice.

Ouverture à quelques jours près sur un autre abysse: celui d'un curé qu'on égorge de sang froid dans sa propre chapelle lors de la messe matinale par un gamin du coin.

Entre les deux surgissent encore et encore des images du soldat turc que ses concitoyens décapitent sur une grande place dans une folie meurtrière à Istanbul.

Tout cela marinant fort par des nouvelles d'attentats en Syrie, en Afghanistan, en Irak, en Allemagne, etc...faisant des centaines de morts et de blessés. Tous revendiqués par l'État islamique.

A croire son appellation, nous imaginons un État où il y a appel à un islam autre que le nôtre, et ses hommes, des musulmans autres que nous le commun des musulmans. Un islam qui se veut plus rigoriste, plus fondamental, rigide et sans faille. Pas de demi-mesure. Pas de permissivité. Pas de faute. Pas de péché mignon. Pas d'art. Pas de chants sauf ceux qui prônent l'après-vie. Pas d'amour. Pas d'amitié. Pas de lumière. Beaucoup d'obscurité et de non- dits. Des crimes et des châtiments. Des tribunaux et des sanctions. Du sang. Beaucoup de sang.

Ceux qui le déversent tiennent le langage rigoriste et dur, tuent en plein jour, décapitent et mutilent les corps dans une jouissance cannibale et une revendication médiatique des plus sauvages sous la couverture de ce "surislam" idéaliste.

Ils se posent dès lors en "surmusulmans" s'octroyant le droit de vie et de mort sur leur prochain qui leur est différent ainsi que les garanties du paradis. Une hystérie collective dangereuse se nourrissant des personnes vulnérables psychologiquement et socialement mais aussi d'autres, mélangeant les profils rendant les cartes inextricables.

L'État Islamique se comporte comme un état mafieux, parallèle sans aucune légalité, bravant tout, s'abreuvant de tous les commerces juteux et illicites.

Drogues, trafic d'armes, de femmes et d'enfants. Des esclaves sexuels ou des "bacha bazi" qu'ils s'offrent "pour jouer avec les garçons" sur le modèle taliban.

Leurs idéaux sont fous et leurs tentacules s'allongent de jour en jour pour ravir nos enfants et nos jeunes. Ils arment les enfants à la "Boko Haram" et en font de la chaire à canon.

Le hic: c'est que ce sont toujours les enfants des autres. Les leurs sont tenus toujours loin dans des Eldorados occidentaux.

Ils lavent les cerveaux en alimentant un dénigrement de la personne, de ses valeurs et de son corps. Ils s'abreuvent de drogues plus ou moins connues qui les tiennent à la marge, déconnectés de toute réalité avec une perte de l'affect et de l'émotion.

Un passage rapide aussi fou de l'acte crapule et assassin au sourire béat et non affecté. Ils tuent et attendent tranquillement l'arrivée des policiers pour être tués. Pas de fuite. Pas de pourparlers. Pas de tentative de sauver sa peau. Ils tuent pour récolter la mort.

Un état d'exaltation extrême. De super-excitation où tout s'emballe avec démesure ne le diminuant en rien de leur responsabilité. De jubilation extrême avec "ce sourire béat" comme s'ils sont hypnotisés par quelque chose. Ce quelque chose dont le terminus sera sa fin, qui l'emmènera vers le paradis rêvé. Un état de surpuissance auquel ils aspirent pour certainement défier le monde et ses superpuissances.

Ces "surmusulmans" se nourrissent de nos conflits entre nous. Chaque jour, ils deviennent plus forts et réussissent leurs actes. Leur appétit croît de jour en jour au rythme de nos déchéances et de nos impasses. Ils vivent en parasites aux dépens de nos guerres et de nos fragilités, de nos dissensions et nos amalgames, des manquements de nos gouvernements et leur schizophrénie, de la marginalisation et des frustrations.

Ils squattent le vide que nous laissons par nos abandons et nos bras baissés, nos défaites et passivité. La majorité de nos peuples est silencieuse laissant faire des gouverneurs fous.

Cette majorité silencieuse est complice de Daesh sûrement à son insu occupée par des guéguerres sans fin et la quête de son gagne-pain de plus en plus dur.

Elle lui prête malgré elle main forte en s'écartant du vrai combat. Celui de la lutte contre les inégalités, le refus des injustices, le soulèvement contre les écarts et l'insurrection contre des régimes totalitaires et incultes.

La violence n'est pas le meilleur choix, mais le boycott non plus.

Nous devons remplir nos vides. Réoccuper nos bancs, cerner nos manques, redistribuer les cartes en envahissant les lieux de culture, de culte s'il le faut pour enseigner la vraie religion et permettre le libre arbitre. Nous avons une mission d'éducation et de protection envers les jeunes générations. Des moyens de lutte contre la radicalisation et toute forme d'islamisation doivent impérativement être mis en place dans nos écoles et à chaque coins de rues. I

ils nous frappent par la main de nos mômes, contrecarrons leurs actions! Rien n'est encore définitivement perdu.

Les terroristes perdront inévitablement parce qu'ils ignorent qu'il y a un temps où la surenchère ne marche plus. Ils ignorent à leur malheur qu'une terre trop stérilisée aux pesticides devient infertile et que le fruit exagérément traité aux insecticides est vite boudé par les fourmis.

Aussi levons nous tous et mettons un terme à leurs lubies!

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